@masuyer
Pour m’être intéressé aux traditions populaires de basse-Bretagne, je pourrais vous parler de Marc’harid Fulup, chanteuse et compositrice trégorroise du XIXe siècle, aveugle et analphabète, capable "d’écrire" et de restituer des chansons de plusieurs dizaines de couplets avec comme seul cahier sa tête.
Il est exact que les personnes ont une capacité d’adaptation extraordinaire à toutes les situations pour compenser des manques naturels ou artificiels. C’est une manifestation essentielle de l’intelligence humaine.
De par leur discrimination universelle qui les prive d’outils de toutes sortes, les femmes ont du rivaliser d’imagination et d’ingéniosité aussi bien pour faire face aux exigences de la vie quotidienne que pour exprimer leurs talents. L’exemple que vous donnez en est une parfaite illustration.
Je citerai l’exemple des brodeuses ukrainiennes ou des tisseuses indonésiennes qui ont en mémoire des motifs très compliqués qu’elles reproduisent des centaines de fois à l’identique et qu’elles transmettent sans faille aux générations suivantes.
J’ai observé des femmes aborigènes reproduire au batik des "rêves" traditionnels sans notes, sans croquis, tout étant enregistré en mémoire dans leur tête.
Dans l’artisanat, il y a une trace. Pas dans les récits.
Le problème de la tradition orale est le niveau de la source. Un jeu de société consiste à chuchoter une phrase à l’oreille de son voisin et de lui demander de faire suivre. En bout de course, la phrase restituée n’a rien à voir avec la phrase initiale.
Il y a aussi les interprétations reconnues comme telles. Par exemple les contes de Grimm qui sont une interprétation -présentée comme telle- de contes traditionnels recueuillis auprés d’anciens de tradition orale qui peut d’ailleurs être comparée avec celles des frères Schott qui eux ne sont pas présentés comme écrivains..