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claude 30 mars 2009 15:33
claude

je crois qu’aucun argument rationel n’arrivera à vous convaincre tant vous êtes persuadés par la théorie du complot.

ce, malgré tous les élements portés à votre connaissance, il est plus facile de croire qu’une puissance se comporte comme un démiurge tirant toutes les ficelles.

il a consacré 2 ouvrages à la question : un chercheur s’est penché sur le problème Pierre-André Taguieff,  :

  • La Foire aux illuminés. Ésotérisme, Théorie du complot, Extrémisme, Paris, Mille et une nuits, 2005. (ISBN 2-84205-925-5)
  • L’Imaginaire du complot mondial. Aspects d’un mythe moderne, Paris, Mille et une nuits, 2007. (ISBN 2-84205-980-8)

voici un entretien qu’il a éccordé à http://1001nights.free.fr/article.php3?id_article=727 :


Comprendre les théories du complot
Une lecture de La foire aux illuminés, de Pierre-André Taguieff
lundi 21 novembre 2005.


Dans cet article, nous entendons apporter quelques arguments aux lectures un peu simplistes des chercheurs actuels qui, même s’ils ont le mérite de s’intéresser aux « croyances », les abordent par une rationalité inflexible et par conséquent se mystifient - et nous mystifient - quant à leur objet.

Le livre de Taguieff

Pierre-André Taguieff, politologue émérite au CNRS, s’est intéressé dans son dernier livre [1] aux théories du complot, depuis les grands complots connus comme le « complot juif mondial » ou « l’assassinat de Kennedy », en passant par les « complots francs-maçons » ou « extraterrestres ».

Certes, les théories du complot ont toujours fasciné les gens, persuadés que le mensonge était partout et que les motivations réelles de l’histoire ou de grands événements énigmatiques étaient détenues par quelques groupes secrets et ésotériques. Taguieff revient sur les inventions en matière de théorie du complot, en parlant notamment des « protocoles de Sion » par exemple, mais aussi en évoquant la construction de la réputation des Illuminatis, secte anti-chrétienne à la base d’un best-seller à succès.

Si Taguieff est honnête et montre correctement les implications de ces théories en démontant leur conséquences, il reste impuissant à trouver les bons arguments permettant d’expliquer pourquoi ces théories tiennent encore debout, pourquoi le succès de théories du complot est si grand dans le monde entier, cela quelque soit le niveau d’éducation des gens.

Une vision simpliste du succès des théories du complot

En bon athée scientifique, il invoque alors des mots vides de sens comme « croyance », impliquant en filigrane que le monde se divise en deux catégories :
 les faibles d’esprit qui croient aux balivernes,
 les forts d’esprit qui sont vigilants à ne pas se laisser endoctriner et qui ont eu la chance, pour tout un tas de raisons, d’avoir cette force en eux.

Le fait que des personnes y soient sensibles et d’autres non, cela quelque soit leur éducation, est une affirmation très ésotérique, et là encore non démontrable qui souligne bien l’ambiguïté de ce genre de débats. Quand Taguieff parle de l’assassinat de Kennedy, il reconnaît qu’il y a eu complot, mais que la vision actuelle d’un complot en liaison avec les extraterrestres est fausse et que l’on peut démontrer l’ineptie d’une telle théorie. La frontière entre complot non résolu et fausse rumeur est donc très ténue.

Cette approche, si elle est très politiquement correcte et très répandue dans notre société actuelle, est incapable d’appréhender le sens même de l’existence de ces théories du complot.

Toute volonté de mettre en lumière « la » vérité scientifique alors que cette dernière n’est pas complète (et que souvent des groupes de personnes n’ont pas intérêt à ce que cette vérité se sache) est dès lors susceptible d’être contestée ou relativisée. En effet, si Taguieff est parfois aussi accusé de comploter pour répandre de fausses informations par les adeptes des théories du complot qu’il démonte [2], et si ces accusations peuvent sembler un peu absurdes, on pourra néanmoins lui reprocher de n’avoir peut-être pas côtoyé les milieux dans lesquels la politique est la règle de fonctionnement.

Esotérisme et politique

Combien de milieux industriels, de milieux financiers ou religieux sont habités par les démons de la politique, par les danses habiles de gens planifiant leurs alliances et leurs coups longtemps à l’avance pour perdre quelque autre personne, gagner quelque poste, quelque contrat, quelque influence ou quelque pouvoir ? Qui donc, parmi ces acteurs, voudrait que le monde entier médiatique soit au courant de ces manipulations ?

La scène politique est partout, et non seulement dans la politique que nous pourrions qualifier d’étatique. En ce sens, nous profiterons de cet article pour saluer un précurseur absolu de la « politique ésotérique », Jacques Sourmail [3], qui a, lui, exhibé le premier les liens entre politique et ésotérisme. Peut-être nous faut-il, à cette occasion, rappeler que l’ésotérisme est la science des « choses cachées », et que la politique est une des arènes dans lesquelles on doit cacher le maximum de choses, à commencer par ses motivations exactes ou celles du groupe que l’on représente.

La démarche de l’ésotériste part donc toujours d’une simple question, très métaphysique pourtant :
pourquoi est-ce comme ceci au lieu d’être comme cela ?

Il y a donc bien des mouvements politiques majeurs dans notre monde quotidien, des mouvements qui ne sont pas publics et qui protègent les motivations de personnes ou de groupes pour qu’une chose plutôt qu’une autre se produise. Si l’on appelle cela le lobbying dans certains milieux, et que ces pratiques sont « presque » publiques, il ne faut pas se voiler la face et accepter que le lobbying soit une pratique qui dépasse largement le cadre de l’influence des lois.

Crédibilité et crédulité

Que ces pratiques cachées puissent influencer le cadre historique est avéré, dans un certain nombre de cas célèbres appartenant à l’histoire. Que dès lors, l’imagination s’emballe et se repaisse de fausses rumeurs est naturel.

Le paramètre important que l’on a du mal à admettre lorsque l’on voit un monde formaté par une lecture scientifique puriste dans laquelle les notions de bien et de mal ont disparu est le suivant :
les théories du complot ont du succès car elles sont crédibles  ; et non parce que les gens sont crédules, ce qui est totalement différent.

La plupart des personnes vivant en proximité de milieux très actifs politiquement (sociétés privées, institutions, organisations religieuses, etc.) comprennent intuitivement que des complots puissent être menés à plus large ampleur.

Un chercheur athée en quête de « la » vérité peut démonter des théories du complot fausses, mais il est souvent incapable de trouver la raison de la construction de ces théories, car sa nature de chercheur le rend insensible aux enjeux ésotériques de ces constructions. Le chercheur est un intellectuel qui, donc, repousse toute interprétation non intellectuelle des faits.

O combien cette lecture est restrictive ! Ainsi, si Taguieff parle de l’instrumentalisation du « complot juif mondial » par les nazis, il n’en comprend pas la nature profonde qui est probablement liée la représentation ésotérique du monde faite par les nazis [4]. Ce qu’il dit est donc vrai, mais il ne peut expliquer de manière crédible, ni l’apparition récurrente de ces théories, ni leur succès. C’est toute l’ambiguïté de ce genre de recherches : le message de Taguieff peut donc être, lui aussi, mal interprété, car on peut y lire « toutes les théories du complot sont des mensonges », ce qui est faux, et l’histoire le démontre.

On pourrait comparer la position de Taguieff avec celle d’un historien athée étudiant l’histoire de Saint-Bernard et des cisterciens. En passant outre la spiritualité cistercienne, les conclusions de cet historien seront celles d’un athée, et seront donc fausses dans leur esprit, mais vraies quant aux références historiques et aux faits. Que cet historien se risque à interpréter les motivations des diverses parties, et il proposera une lecture emprunte de grands contresens.

On pourrait se demander si Taguieff, au CNRS, n’est pas dans un des seuls endroits de la planète non soumis aux manigances politiques, où si, faisant un choix personnel, il a décidé de ne pas faire de « politique » et donc a supprimé cette dimension de l’homme de son espace de représentations.

Conclusion

Ne jetons pas la pierre aussi facilement à la « croyance » ni au « bon sens » au sens où les choses ne sont pas « démontrables ». Relisons Bloch sur le problème des faux historiques [5] et entendons bien les nuances de son propos sur le pourquoi des faux.

Sachons aussi que pour s’intéresser au pourquoi des motivations d’autres personnes ou groupes, surtout quand celles-ci sont pilotées par un profit personnel ou collectif (et pas seulement un profit d’argent qui n’est qu’un moyen et, souvent, un des moins importants), il faut se mettre à la place de ces personnes et envisager leur raisonnement particulier. Le plus gros danger de l’historien dans ce genre de cas est de projeter son esprit scientifique du XXIème siècle sur les motivations de personnes du passé, ou sur les motivations de personnes du présent en niant une partie de leur nature profonde (leur nature ésotérique par exemple).

C’est là que le bas blesse dans l’establishment de la recherche, cela de manière structurelle : on ne peut étudier et comprendre certains phénomènes qu’en étudiant la logique qui les sous-tend, et donc en se compromettant par rapport à ses pairs. En méprisant cette logique, on est condamné à une apparence et à une représentation simpliste des choses. C’est le cas de l’approche scientifique de l’ésotérisme, ainsi que de l’approche de beaucoup d’historiens sur des faits difficiles à expliquer.

Aujourd’hui, le choix est la connaissance ou la reconnaissance. Faisons comme Sourmail et espérons qu’un jour, la connaissance primera en dépit de la reconnaissance.

[1] La Foire aux "Illuminés",
Ésotérisme, théorie du complot, extrémisme,
Edition des Mille et une nuits,
23€.

[2] Cf. Petite leçon d’argumentation miroir.

[3] Cf. Initiation à la politique ésotérique,
Jacques Sourmail,
Editions du Tournemire.

[4] Cf. Le matin des magiciens, de Pauwels et Bergier.

[5] Cf. Apologie pour l’histoire, Marc Bloch.

 




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