@Masuyer,
par
exemple un juif maghrébin peut passer à la catégorie occidentale alors
même qu’il vient de débarquer de sa Tunise natale, par
contre l’Algérien, de culture musulmane, né sur le sol français est un
arabe
cf le lien donné plus
bas, où l’on voit que dès 1889 les Juifs d’Algérie et les « étrangers »
étaient citoyens français, quand les populations « musulmanes »
restaient indigènes.
Encore faut-il préciser que si l’Administration française n’avait que
très peu d’intérêt à naturaliser en masse les « indigènes » algériens,
ces derniers répugnaient dans leur grande majorité à demander le
bénéfice d’une naturalisation qui aurait eu pour conséquence de les
soustraire à la loi musulmane. Ce que A. Girault a d’ailleurs très bien
formulé :
« L’indigène éprouve une répugnance
compréhensible à solliciter une naturalisation qui, ayant pour résultat
de le soustraire à la législation dérivée du Coran, est presque
toujours une apostasie et le fait considérer par ses coreligionaires
comme un renégat. D’un autre côté, l’Administration se souciait peu
d’accueillir les demandes de naturalisation formées par certains
indigènes instruits et élevés à l’européenne : en devenant citoyen
français, ils échappaient au régime de l’indigénat et ils acquerraient
une indépendance et une liberté de langage qui pouvaient gêner son
action » (Source : Arthur Girault, Principes de colonisation et
de législation coloniale, Paris, Librairie du Recueil Sirey, 1938,
p.359-360.)
On comprend d’ailleurs à quel point la naturalisation était condamnée
par une partie de la société musulmane lorsque l’on sait que certains
ulémas allaient jusqu’à provoquer des émeutes, en Algérie comme en
Tunisie, lors de l’enterrement des musulmans qui avaient opté pour la naturalisation.
Cette incitation à l’émeute s’est d’ailleurs surtout développée après
que le Projet Blum Violette ait été avorté, qui prévoyait d’accorder à
tous les « indigènes » la citoyenneté françaises tout en leur
garantissant le maintien de leur statut personnel (ce qui impliquait par exemple que le mariage entre musulmans serait régi exclusivement par la loi coranique et non par le droit civil français).
(Source : J.H. et P.P Kaltenbach, La France : une chance pour l’Islam,
Ed. du Félin, 1991, p. 30).
Bref, tout ceci pour dire que la cristallisation sur la période coloniale est à mon sens
un argument à double tranchant.