Je constate avec un certain effarement que certains utilisent le juif contre le musulman, comme si par une logique qui m’échappe combattre l’antisémitisme passerait par l’affirmation d’une islamophobie revendiquée et décomplexée…Islamophobie qui dépasse de loin la peur ou crainte de l’islam et n’a pour comparaison que l’antisémitisme tant la mécanique et les discours s’approchent.
Soit…cet article parle de Mein Kampf. Je me suis intéressé au « livre » d’Hitler autant que je me suis intéressé aux personnalités nazies, et à leurs idéologies, parcours. Certains arguent donc d’une proximité entre Mein Kampf et le Coran, histoire de justifier leur islamophobie et disons leur haine des musulmans. Or il s’avère que si effectivement l’islam a pu susciter une certaine fascination auprés de Hitler, son « livre » lui témoigne plus de sa fascination pour l’Eglise en tant que système, mais aussi de sa reconnaissance dans le Christianisme. La lecture de Mein Kampf se doit d’être complétée par celle des conversations privées qu’Hitler entretint avec Albert Speer qui elles aussi témoignent de tout le bien qu’il pensait du Christianisme et relativise l’idée d’un Hitler islamophile même si il reconnaissait dans l’Islam certaines vertus notamment d’ordre guerrière.
Je vais essayer de présenter rapidement quelques éléments sur les connexions qu’on peut établir entre la « pensée » d’Hitler, le Christianisme, l’Islam.
D’un sur le Christianisme : d’un l’évangile de Jean est celle évoquée principalement par Hitler, en qui il reconnaît le véritable christianisme avec sa foi « apodictique » : voilà quels sont les mots utilisés tels quels dans Mein Kampf : rappelons qu’est dit apodictique ce qui présente à la fois un caractère d’universalité mais aussi de nécessité absolue : il est difficile partant de là de considérer qu’Hitler était un païen islamophile. D’une manière plus large ce qui fascine Hitler dans l’Eglise est selon ses propres mots l’intolérance fanatique qui permet de créer la foi apodictique : de là cette capacité de l’Eglise à ne renoncer à rien, même et surtout face à la science quand celle-ci contredit sa vérité ou s’attaque à ses dogmes, il imagine aussi un avenir au-delà de tout ce qu’on peut imaginer à l’Eglise en raison de sa « plasticité » ; il admire aussi sa pérénnité malgré les aléas et le comportement de certains religieux et en raison de tout cela Hitler initie, ni plus ni moins à prendre des leçons de l’Eglise Catholique. Donc le mythe qui voudrait que la fascination d’Hitler ait été islamocentrée est contredit par ses propres mots et sa volonté de se construire un empire calqué sur celui d’un Constantin avec l’énergie de cette intolérance fanatique qu’il retrouve dans l’Eglise.
Bien entendu, j’attends d’emblée les arguments arguant que Hitler s’inspirait de l’Eglise et non du Christianisme : et bien non, il se revendiquait aussi du « vrai christianisme » celui du « grand fondateur de la doctrine » à savoir Jésus. Par contre, Hitler n’évoque pas le Jésus qui tend l’autre joue mais celui qui entre en colère et chasse au fouet les marchands du Temple. Un fouet qui dans la psyché hitlérienne a une forte symbolique et aura les conséquences qu’on connaît : qui Jésus chasse-t-il avec son fouet ? des non-chrétiens, des gens qui font du commerce, du change…bref dans son esprit des Juifs. Pour les autres raisons chrétiennement valables quant au sort imparti aux Juifs, l’Evangile de Jean ainsi que le Nouveau Testament qui vouent les Juifs à la Géhenne, ou les considèrent d’engeance diabolique, ou peuple déicide, sont pléthore et permettent à l’antisémitisme d’Hitler de se retrouver dans son « vrai christianisme ». Mais Hitler s’est aussi inspiré de la Torah, en décidant d’inscrire sur les ceinturons des « soldats du Reich » la deutéronomique devise « Dieu marche avec nous » traduite en « Gott mit uns » formule biblique non anodine puisqu’elle évoque les paroles divines à l’attention des Juifs partant combattre l’ennemi égyptien, ennemi voué à la promesse divine d’une extermination sans détail : ce qui est somme toute explicite et pas une récupération nazie faite au hasard. Rappelons aussi qu’Hitler institua l’obligation de la récitation d’une prière à Jésus dans les écoles allemandes : donc vouloir nier le fait qu’Hitler se reconnaissait bien chrétien est contredit par ses propres mots que ce soit dans son « livre » ou dans les conversations privées qui nous sont parvenues.
Quant à l’islam, Hitler ne s’y réfère pas explicitement dans son « livre », mais ces conversations permettent de comprendre quelle type de fascination cette religion exercer sur lui : fascination qui se fondait sur l’aspect viril, guerrier, martial et conquérant. Bref, compatible avec sa vision d’un Reich millénaire, complètant son « vrai christianisme » sans doute pas assez « militaire » à son goût.
Maintenant, sur le fait que Mein Kampf soit un best-seller en pays d’islam, c’est un fait ; mais cela ne permet pas d’impliquer les musulmans dans la Shoah et d’en faire des associés a posteriori du nazisme, l’antisémitisme qui a permis le nazisme et la Shoah trouvait ses racines dans la culture chrétienne européenne pas ailleurs. Je rappelle sans vouloir relancer l’éternel débat sur les rapports ambigus entre Eglise et nazis, que Mein Kampf ne fut jamais mis à l’Index par l’Eglise Catholique, qu’Hitler ne fut jamais excommunié : qu’après la défaite le cardinal Bertram ordonna une messe de Requiem en la mémoire d’Hitler.
Bref…il y a un moment où il faut cesser de mélanger genres et situations, la lutte contre l’antisémitisme ne put justifier l’islamophobie, l’islam pas plus que les musulmans n’ont le monopole de cette haine du Juif, elle me semble avoir été démontrée de la manière la plus abjecte et avec la complicité active ou tacite de populations tout ce qu’il y avait de chrétiennes.
Donc, le sujet de cet article étant Mein Kampf restons-en à ce « livre »…
Cordialement,
p.s : histoire d’éviter tout procés en islamophilie de type dhimmique, je tiens à préciser que je suis de culture juive. Précision inhabituelle de ma part sur un forum, mais l’atmosphère ambiante est si détestable qu’elle me semble nécessaire.
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