Thomas-Robert Bugeaud
Il faut une grande invasion en Afrique, qui ressemble à ce que faisait les Francs, à ce que faisait les Huns.
La guerre que nous allons faire n’est plus une guerre à coups de fusil. C’est en enlevant aux Arabes les ressources que le sol leur procure, que nous pourrons en finir avec eux.
C’est peu de traverser les montagnes et de battre une ou deux fois les montagnards ; pour les réduire, il faut attaquer leurs intérêts. On ne peut y parvenir en passant comme un trait ; il faut s’arranger de manière à avoir assez de vivres pour y rester le temps nécessaire pour détruire les villages, couper les arbres fruitiers, brûler ou arracher les récoltes, vider les silos, fouiller les ravins, les roches et les grottes, pour y saisir les femmes, les enfants, les vieillards, les troupeaux et le mobilier ; ce n’est qu’ainsi qu’on peut faire capituler ces fiers montagnards.
Plus d’indulgence, plus de crédulité dans les promesses. Dévastations, poursuite acharnée jusqu’à ce qu’on me livre les arsenaux, les chevaux et même quelques otages de marque... Les otages sont un moyen de plus, nous l’emploierons, mais je compte avant tout sur la guerre active et la destruction des récoltes et des vergers... Nous attaquerons aussi souvent que nous le pourrons pour empêcher Abd el Kader de faire des progrès et ruiner quelques unes des tribus les plus hostiles ou les plus félonnes.
J’espère qu’après votre heureuse razzia le temps, quoique souvent mauvais, vous aura permis de pousser en avant et de tomber sur ces populations que vous avez si souvent mises en fuite et que vous finirez par détruire, sinon par la force du moins par la famine et les autres misères.
Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sbéhas ! Enfumez les à outrance comme des renards.
L’idée de l’extermination eut longtemps cours en Afrique [du Nord].
Dans la falaise est une excavation profonde formant une grotte. Les Arabes y sont. On pétarada l’entrée de la grotte et on y accumula des fagots de broussailles. Le soir, le feu fut allumé. Le lendemain quelques Sbéahs se présentèrent à l’entrée de la grotte, demandant l’aman à nos postes avancés. Leurs compagnons, les femmes et les enfants étaient morts...Telle fut la première affaire des grottes. On n’en parla guère, parce que le colonel Cavaignac, aves sa prudence ordinaire, ne s’était pas étendu sur le nombre des Arabes morts lors de l’enfumade.
Moi-même, je fus amené à pareille extrémité. Me trouvant devant les grottes occupées par les Arabes qui me reçoivent à coups de fusils, je les somme de se rendre. [...] Je réitère les sommations, je préviens les Kabyles. Comme il n’y a pas de bois, je bouche l’entrée de la caverne avec des pierres. Si j’avais fait autrement, un grand nombre de mes soldats seraient tombés inutilement.
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