La diversité de la pensée juive et la richesse de ses
opinions permettent de comprendre qu’un héros de la dimension de Marek Edelman,
qui vient juste de s’éteindre, ait contesté toute sa vie, l’existence de l’état
d’Israël.
L’appartenance de Marek Edelman au Bund (Union Générale des
travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie) explique son
opposition au sionisme et sa préférence pour une reconnaissance des juifs comme
un groupe ethnique ayant un statut légal de minorité nationale.
Du point de vue du crypto marxiste nourri au sein de la
pensée universaliste, les juifs, d’abord et avant tout citoyens de leurs pays
respectifs, ne sauraient prétendre à bénéficier d’un particularisme qui de près
ou de loin aurait à faire avec la religion.
Comme quoi, on peut être à la fois un héros digne d’éloges
et un homme ancré dans ses certitudes. Son rejet viscéral des religions et en
particulier de la religion juive lui faisait voir ce particularisme juif comme
de nature essentiellement religieuse, à tort.
S’il existe un vocable extrêmement difficile à définir c’est
bien le mot juif.
Les juifs sont-ils une ethnie ? Une race ? Une
religion ? Un peuple ? Une nation ?
Est-ce l’antisémite qui a crée, perpétué et renforcé la
singularité juive ?
De grands penseurs comme Karl Marx et Jean-Paul Sartre se
sont essayés à lui trouver un sens, alors que, selon l’angle de vue sous lequel
on l’examine, il en a une multitude.
Pour les uns est juif celui qui est israélite, pour d’autres
est juif celui qui se dit juif ou encore celui qui descend des Hébreux.
Par conséquent on peut être pour ou contre l’existence de
l’état d’Israël selon la combinaison et le dosage de chacune de ces tentatives
de définition du particularisme juif.
Alors qu’il a lui-même vécu l’insécurité de la condition
juive et qu’il ne pouvait ignorer qu’elle s’est exercée quels que soient le
lieu, le temps et le régime politique, comment a-t-il pu s’opposer à la
création d’un état-refuge, pour au minimum, accueillir tout juif qui se
sentirait en danger ?
Aucun régime européen fut-il démocratique comme l’était
celui de l’Allemagne sous la République de Weimar ne s’est dispensé d’infliger,
à un moment donné, des persécutions à ses ressortissants juifs. (Jean-Claude
Milner - Les penchants criminels de l’Europe démocratique, Verdier,
2003)
Aucun groupe d’individus n’a subi une telle continuité dans
la persécution pendant le long cours de l’Histoire et n’a été aussi souvent considéré
comme étranger dans son propre pays, selon les circonstances.
L’indicible ayant été atteint avec la Shoah, les nations ont
alors fini par accorder une terre d’exil à ceux qui avaient échappé aux
massacres, faisant de ces morts-vivants, un peuple et une nation.
Depuis, les juifs des pays musulmans, victimes de
discriminations et de pogroms incessants ont trouvé à leur tour le refuge d’une
terre d’accueil.
Quant à la question de l’implantation de cet état
juif dans une région surpeuplée de musulmans hostiles à son existence, il
s’agit d’un autre débat.