Personnellement je suis capable de me fixer des buts en fonction de mes
intérêts, de manière rationnel, de faire des choix en utilisant des
critères objectifs, de mettre de côté mes émotions, de prendre du recul
par rapport à une situation ou à mon environnement. Il ne s’agit pas de
qualité exceptionnel, en réalité je suis persuadé que chacun de nous les
possède : c’est ce qui fait de nous des êtres humains adultes et
responsables. Non pas que l’environnement et les émotions n’aient
aucune influence sur nous, mais chacun d’entre nous est capable, en
plus ou moins grande mesure, de s’en détacher et d’utiliser sa raison.
Ce que vous affirmez sur le comportement humain ne possède aucune
justification scientifique : nous sommes tous, au moins en partie, des êtres rationnels.
Du point de vue d’un individu, la maximisation du profit est un but rationnel. Elle ne l’est pas du point de vue collectif, mais ce point de vue là ne concerne qu’indirectement l’individu. Il n’y a là aucune incohérence. Un individu raisonnablement égoïste, raisonnablement altruiste ne s’intéressera que moyennement à ce que les richesses de son pays soient bien réparties. Il acceptera cette idée en tant qu’idée juste dans la mesure où ça ne l’affecte pas trop négativement. Il s’intéressera par contre beaucoup plus à voir son propre pouvoir d’achat augmenter ainsi que celui de ses proches. Ca ne fait pas de lui un être irrationnel, bien au contraire, mais seulement quelqu’un de plus ou moins dénué d’idéalisme.
Par conséquent la redistribution des richesses ne peut pas être un but rationnel pour un individu raisonnablement égoïste, ça ne peut l’être que pour quelqu’un s’intéressant en priorité au devenir collectif, c’est à dire pour l’homme politique, dans la mesure où il assume son rôle social, celui d’oeuvrer pour le bien de tous. Et nous voyons bien, de nouveau, que les causes de la crise ne peuvent être imputées qu’aux hommes politiques, simplement parce qu’on ne peut reprocher à personne, dans un pays libre, de privilégier son intérêt propre plutôt que l’intérêt collectif... A personne, si ce n’est à un homme politique, dont c’est justement le métier, dont c’est la promesse, promesse sur laquelle repose implicitement toute élection démocratique.