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easy 8 février 2011 16:48
easy

Pour Antonio,

L’effet Milgram.
La partie la plus connue de ses expériences est celle où l’on constate qu’un individu pris au dépourvu, face à une personne d’autorité elle-même bien installée, capitule et exécute ses ordres sans plus solliciter sa conscience, interroger ses propres valeurs.

Ce que je traduis ainsi : Mis en situation inhabituelle, il faut le préciser, un individu manque de référence pour juger de la chose nouvelle et se fie, se plie aux jugements de ceux qui ont l’air de bien connaître l’affaire.

Exemple. Un ou deux amis te disent de les accompagner à un club où tu n’as jamais mis les pieds. Tu verrais ce qui s’y passe en étant seul, tu interrogerais tes repères, tes valeurs, tes habitudes pour essayer de trouver ce que tu dois faire. Mais là, tu te laisses guider par tes amis qui ont l’air de bien connaître les règles du jeu. Tu marches dans leur ombre et s’ils te disent qu’il est normal de te foutre à poil, tu te fous à poil...
Un soldat n’irait jamais à tirer sur un camarade mais si le colonel lui en donne l’ordre, il le fera


Ce principe ne s’arrête pas là.

Car il y a en gros deux sortes d’autorités. Celle qui émane d’un individu (uniforme, médailles, blouse blanche, costume bleu marine, voiture de prestige etc) et celle qui émane d’un groupe, d’une masse. C’est très puissant une masse et quoi qu’elle dise, ce qui compte c’est sa force acquise par le nombre.

La plus forte de toutes étant celle qu’on constate immédiatement devant le spectacle d’un individu seul qui hypnotise une masse. Car en lui seul, il représente là, immédiatement, les deux forces (l’effet d’immédiateté joue beaucoup car souvent, avec le recul, à tête reposée, chacun peut revenir à ses propres repères)

Un individu peut donc avoir une force de persuasion faisant autorité sur un individu moins habillé mais une masse aussi peut faire autorité sur un individu se sentant seul.
Si un type se trouve dans une salle où tous les autres disent que la couleur du plafond est rose alors qu’il le voit vert, il ira à dire qu’il est rose (sauf si la réponse à la question de couleur est posée à bulletin secret)

Les bancs de poissons, les nuées d’oiseaux, les suricates, les singes, assurent leur sécurité en suivant immédiatement les cris ou mouvements d’alerte. Nous avons hérité de cette habitude et si la foule se rue vers une porte bloquée, personne n’a idée de faire le contraire. Le mouvement, la voix, le jugement de la foule fait autorité et même un César doit en tenir compte, faire avec, la dompter, la maîtriser. S’il y parvient, il est le maître du Monde.


Quand Bigard fait son mariole devant 30 000 personnes, s’il a envie de se moquer d’un spectateur en brossant son crâne dégarni, il va y parvenir sans aucune peine et sa victime sera obligée de faire bonne figure. En dehors de la salle, Bigard ferait ça au même type, il se prendrait un pain.

Quand on sait que la masse des gens est sensible au miel du sentimentalisme, on a intérêt à jouer la carte de la confiserie. C’est ce qui fait que des émissions où tout le monde est dégoulinant de bon coeur, d’amour et de générosité marchent très bien. C’est surtout ce qui fait qu’il est difficile de dire à quel point elles occultent et déforment la réalité. On est en ce moment dans une période où la majorité des gens veulent croire que l’enfant est un ange (dans les bons quartiers en tous cas). Il est donc difficile de dire qu’il est déjà stratège à 7 ans sans se prendre une volée de bois vert.


A côté de l’effet Milgram où l’on examine les effets de l’autorité (d’une personne ou d’une masse) il y a le paradoxe d’Abilene.
Cette fois, ce n’est plus l’effet d’autorité qui joue mais l’effet pervers du manque de clarté ou d’explications entre les membres d’un groupe (qui peut être réduit au binôme, au couple) 
Par exemple. On organise une teuf chez soi ; Tout se passe bien. Vers 1 h du mat, il y en a qui rentrent. Mais il y en a qui traînaillent. Chacun de ceux qui restent se demande ce que souhaitent les autres. Plus de déconnade ? Plus d’alcool, plus de drogue ? Plus de quelque chose mais quoi ? Et il y en a un qui lance une proposition « Allons en boîte ». Au fond, chacun trouve qu’il est bien tard, que demain faut aller bosser...Mais tout le monde, y compris celui qui avait lancé l’idée histoire de se montrer d’initiative, croit que ça fait plaisir aux autres d’y aller et chacun s’oblige, se force. Ils vont tous se retrouver en boîte alors que personne n’avait vraiment envie d’y aller.

On peut retrouver dans ce paradoxe d’Abilene des effets Milgram mais ici, chacun sans exception, est piégé.


Dans la vie c’est 10 fois par jour que chacun de nous participe, profite ou subit un de ces effets qui font les groupes, les sociétés.




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