Oui.
Alexandre le Grand se pointe devant Diogène de Sinope.
Alexandre lui dit
- « Demande-moi ce que tu veux, je te le donnerai
Il y a un déplacement. C’est Alexandre qui se déplace vers le déjà célèbre Diogène. Il se déplace vers lui pour...quoi faire au fond. Pour se mesurer à lui, d’une manière ou d’une autre.
Diogène n’a rien à faire d’Alexandre qui se sent concurrencé par la réputation du cynique et qui tient à établir sa supériorité.
Mais Alexandre dissimule le profit qu’il espère tirer de cette rencontre. Avec sa bouche, il inverse les rôles et invente un besoin que Diogène aurait et que lui pourrait résoudre.
T’as un gus qui n’attend rien de personne et t’en as un autre qui cherche à établir qu’il lui indispensable, sauveur, archange.
Diogène lui répond
— Ôte-toi de mon soleil (’Littéralement « Tiens-toi un peu à l’écart de mon soleil »).
Ce qui veut exactement dire que tout allait fort bien avant l’arrivée de ce soi-disant sauveur mais que ça va plutôt moins bien depuis que l’archange déploie ses ailes entre le « ça va bien naturel » et une cible qui doit devenir « dans le besoin ». Ce phénomène existe entre parent/enfant et aussi entre conjoints (où il est tout de même plus symétrique). L’archange, l’interventionniste s’intercale. Parfois, rarement c’est pour faire un généreux rempart de son corps et protéger vraiment la veuve et l’orphelin mais le plus souvent c’est sans frais et seulement pour gagner en éclat. Etre vraiment sauveur, quand on a vraiment sué et saigné pour ça est si admirable que rien n’est plus tentant de s’inventer sauveur.
Alexandre :
- N’as-tu pas peur de moi ?
Ainsi, lorsque l’archange ne trouve pas la personne en train de se noyer sans lui, il envisage de le noyer lui-même. Cette phrase trahit non la spontanéité d’un geste salvateur généreux mais tout au contraire, une perversité.
Diogène
- Qu’es-tu donc ? Un bien ou un mal ?
Le cynique prouve qu’il connaît parfaitement la nature humaine et à l’instant même où il pose cette question il enferme l’archange dans son propre piège.
Alexandre
- Un bien
Forcément. Alexandre ne pouvait que répondre ça.
Diogène
- Qui donc, pourrait craindre le bien ? »
Désormais, Alexandre est coincé vis-à-vis de Diogène, il ne pourra jamais rien contre lui et le sage n’aura besoin d’aucune aide, pas même du plus puissant des empereurs.