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easy 21 avril 2011 18:46
easy

Le pire des dangers étant notre mort, il y a, en dessous d’elle, toute une hiérarchisation des autres dangers qui s’en approchent.

Il y a donc tout en haut le risque d’être tué en un quart de seconde et tout en bas, il y a par exemple le risque d’être affamé par des sauterelles. Sans en avoir trop conscience nous considérons toutes les choses en fonction de leur niveau de dangerosité.

Lorsqu’on n’en est pas à devoir se battre pour un grain de riz, on peut en être par exemple à se battre pour un emploi, pour une place à la crèche, pour un logement en HLM...

Chaque fois qu’on a à se battre, on considère les rapports de force et un gus seul n’attaquera pas 5 personnes de face. Chacun constitue et recompose en permanence ses réseaux d’amis en fonction des combats qu’il a à mener. Quand on sait qu’on va avoir un souci en Justice, on va fraterniser avec un avocat plutôt qu’avec un garagiste qui lui, sera approché quand on aura une panne de bagnole. Nous jouons de stratégie en fonction des risques et des gains

Lorsque dans une école française il y a un rital ou un négro, c’est trop marrant et parfaitement unificateur pour les autres élèves de jouer avec son isolement. Ils abusent de la faiblesse de l’isolé mais ils ne sont pas dans la peur, pas dans la haine car ils se sentent vraiment forts donc tranquilles. A partir de 2 ritals ou polaks ou chinetoques, ça devient dramatique et beaucoup plus violent.

Lorsque dans la même école déboulent soudain 30 gosses du village voisin c’est la catastrophe. 30 garçons du village de Cloches face à 30 garçons du village de Merles, que ce soit dans une école ou au bal du 14 juillet, ça vire à la grosse bagarre au couteau.
 
Avant 1960, il était très mal vu d’aller à la messe dans une petite église autre que celle de son village. On était ennemi d’un village à l’autre.

Avant 1880, chaque village avait une particularité coutumière, vestimentaire, linguistique (Au Népal, parmi les marchands qui vont de vallée en vallée, il y a encore des dialectes volontairement confinés à 10 personnes afin de parler affaire sans être compris des oreilles indiscrètes). Chaque bled de France tenait à sa dignité et chaque villageois, parce qu’il ne pouvait habiter que son village natal, était tenu d’en défendre les marques identitaires. Il fallait parler son patois. Ne pas le faire valait trahison. Chaque villageois devait se montrer prêt à mourir non pour la nation qui n’existait pas encore clairement, mais pour son village (les jeux Interville avec Guy Lux se sont fondés sur le villagisme). Chaque villageois devait également tout faire pour valoriser le crédit et la parole de son village. Il fallait tenir sa parole quand on commerçait avec d’autres villages pour faire honneur à son village.

Rien ne s’est jamais passé selon ces idéaux, il y a tout le temps eu des accidents et travers, mais chacun s’efforçait de marquer son engagement identitaire par le corps de sa famille et de son village. Lorsque deux soldats papotaient entre deux coups de feu, la première question qu’ils se posaient c’était « T’es d’où ? »

Longtemps, longtemps avant les chamailleries autour des questions de couleur de peau, les Français comme tous les peuples du Monde, pratiquaient une hiérarchisation de valeurs de Cercles identitaires. Tant qu’on ne voyageait pas trop, les premiers Cercles (Famille, village, classe sociale, profession) suffisaient, mais plus on a voyagé et commercé loin, plus il a fallu considérer les Grands Cercles, les grands repères identitaires (Région, nation, continent, réligion, couleur de peau qu’on appelait race, drapeau, langue, technologie, références classiques, écriture...)

Les chamailleries actuelles ne peuvent plus être de villages puisqu’ils sont vides et que ça fait 3 générations que les gens habitent n’importe où. Nous ne pouvons plus nous prendre de bec entre Français de souche puisque nous sommes de moins en moins nombreux à être de souche. Et voilà que depuis 40 ans arrivent une masse de plus en plus significative et visible de gens ayant plein de traits et caractéristiques très différentes.
Et bin voilà une superbe occasion de recommencer nos chamailleries mais plus entre clochers. Cette fois c’est entre nationalités d’origines, entre grandes régions du Globe, entre grands blocs religieux.


Le principe consistant à coaguler entre semblables, à faire le fier et à dénigrer les autres, c’est vieux comme le Monde. Quoi qu’on dise, quoi qu’on légifère, on n’y changera rien ; il y aura toujours des cercles de coagulation relatifs aux différents niveaux de danger puisqu’il y aura toujours le risque d’être tué.

C’est de l’enfantillage que de s’en prendre au racisme ou à la xénophobie en s’efforçant de démontrer que c’est infondé. Car c’est fondé, archi fondé et très sauvagement fondé.

Il y a toujours, toujours, toujours un risque d’être assassiné par quelqu’un, très brutalement donc. Or, par raisonnement, certes simpliste, on en vient très vite à considérer que le pire ennemi est le très différent. Que le pire ennemi c’est celui qui ne rigole pas des blagues qui nous font tous rire entre potes. Que le pire ennemi est celui dont on ne parle pas la langue, qui ne boit pas la même bière que nous, qui connaît des ruses qu’on ne connaît pas, qui ne respecte pas les trèves qu’on respecte...
Bien que ça vaille des mauvaises surprises, chacun, dans le monde entier, se sera fié d’abord à ses semblables, à sa famille, à son village, à ses nationaux, à ceux qui ont la même couleur de peau, à ceux qui ont la même religion ou la même ferveur laïque.



Le danger immédiat, pour les Français, tourne autour du manque de travail et de logement. C’est important car il y a le vital et en tous cas la dignité au bout de ces deux points. Il est donc logique que chacun regarde comment il peut former ou rallier un coagulât de lutte et quel est le bloc rival le plus avantageux et le plus facile à éliminer.

D’échanges en échanges, de tests en tests, de sondages en sondages, d’élections en élections, chacun bouge, cherche et se place.
Là il y a notre ami Chalot qui s’entête à vouloir fraterniser parce qu’il croit qu’il y a plus de solution par l’Alliance Absolue, que par la continuation du clanisme et du protectionnisme. Mais une grosse proportion des Français croit avoir déjà trouvé qui est le meilleur groupe à désigner comme ennemi. Dans ce groupe, il n’y a pas de Gates, de Bettancourt, de Tapie, de Pinault ou de Dassault, il y a des Akim, des Saïd, des Aïcha, des Mouloud et des Bakari

Parce que dans cette solution de catharsis, l’ami et l’ennemi sont distinguables à l’oeil et à la seconde, on se retrouve dans le cas de figure idéal pour former un bloc identitaire de combat.

Les blonds ou Blancs d’un côté (peu importe alors qu’ils s’appellent Bellini, Brighton ou Sarkozy), les frisés ou Noirs de l’autre, c’est parfait, la bataille peut commencer. 

Et quand une bataille rangée commence, personne ne peut plus réclamer sa neutralité au risque de passer pour un ennemi voire un traître et être alors exécuté sans procès (Dans la guerre de Sécession, entre Blancs, aucun d’entre eux n’a pu rester neutre). Ce principe d’impossible neutralité lors des bagarres fait que l’on passe très vivement d’une situation où quelques gens se chamaillent parmi une masse de gens neutres ou indifférents à une conflagration généralisée avec du sang à tous les étages.

Et à la fin des combats, l’ubuesque Histoire le prouve, c’est toujours la désolation, l’incompréhension et les cauchemars pour tous.



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