Tu te faisais terriblement critiquer, à la grande époque de l’Union de la gauche, quand tu disais et écrivais que le rêve des classes populaires était d’accéder à la petite bourgeoisie, que dans sa vie de tous les jours le prolo ne cessait de singer le bourge, que ses idées même et sa morale étaient profondément conservatrice et qu’en somme il n’existait pas de culture ouvrière au sens où l’entendaient les intellos marxistes de l’époque. Ceux-là croyaient dur comme fer que l’ouvrier se complaisait dans sa situation de bête de somme, qu’il en faisait une idéologie, que l’idée de conscience de classe le nourrissait comme Popeye ses épinards.
Alors qu’il suffisait de grandir dans un milieu populaire les yeux grand ouverts pour se convaincre du contraire...
Thatcher avait misé juste dans l’épisode que tu cites. Et s’il y a quelque chose qu’on ne peut pas enlever à Sarko, à la base, c’est la perception pointue qu’il avait de ce qui se trame dans la tronche du prolo : il veut des sous, pas l’égalité. Il veut une baraque à lui et une grosse cylindrée et payer le moins d’impôts possible. Il est attaché aux « vertus » du travail, aux valeurs religieuses, à l’idée d’ordre et au respect de l’autorité. En fait, il ne lui manque qu’un semblant de culture et le pognon qu’il n’a pas pour faire un parfait petit bourgeois. Si Sarko a parfaitement compris ces choses-là, même s’il n’a pas su les exploiter, cela a totalement échappé aux cocos, à l’extrême-gauche et aux syndicats prétendument ouvriers.