L’homme a un gène de démerde en lui.
C’est un sens qui lui permet de trouver des solutions de survie dans bien des conditions difficiles. Mais ses capacités sont forcément limitées. Il ne peut pas tenir face à un rouleau compresseur géant.
Notre société, normaliste, utilitariste, industrielle, se défait de plus en plus de ceux qu’elle considère comme des boulets parce qu’ils ne lui servent à rien et même lui font concurrence.
Alors il faut en parler clairement. Voulons-nous éliminer toutes les sortes de Roms ou biffins qui survivent de bric et de broc, sans être forcément aussi honnêtes que nos ministres ?
Comprenons bien le principe qui tourne à plein pot et dans lequel nous sommes déjà engagés jusqu’au cou. Ce principe c’est celui de la normalisation de l’individu. Les vaches, les poules, leurs oeufs, tout doit être normalisé y compris le biologique, y compris l’homme. Nous concernant, non seulement l’école nous a normalissés pendant les 25 premières années de notre vie, non seulement nos CV sont normalisés comme nos cartes d’identité et notre manière de faire l’amour, mais bien entendu, l’industrie embauchera les plus normalisés d’entre nous (âge normal compris, sexe normal compris, adresse comprise, pointure de chaussure comprise, tour de poitrine et de fesses comprises, langues parlées comprises, masse pondérale comprise, disponibilité familiale comprise, aptitudes au clavier comprise, hobbie compris, casier judiciaire compris, religion comprise)
Si donc nous continuons à jouer le jeu de la normalisation de tout et de toute chose, si nous acceptons de considérer anormal que des gens vivent dans des yourtes ou roulottes, alors nous nous condamnons encore plus à devoir correspondre à la virgule près au bon standard.
Lequel d’entre nous est certain de correspondre toute sa vie au standard optimum qu’exigera tout le monde de l’ISO 9001, d’avoir tous ses enfants correspondre parfaitement à ce standard ?
Les hommes sont débrouillards, mais il ne faut pas que toute la population se rue sur un débrouillard pour le pendre ou le jeter à la mer.
Les hommes trouvent des solutions de survie mais il faut accepter qu’ils le fassent.
Il faut accepter que des gens bricolent pour s’en sortir sans demander l’aide de personne.
Il faut accepter de perdre de temps en temps, qui une poule, qui un vélo, qui un portefeuille, qui un nain de jardin. Il faut brailler quand on se fait voler. Mais il faut en rire deux minutes après et ne pas exiger de lois encore plus dures.
Là, il y a par exemple les Chinois de Belleville qui, parce qu’ils sont certainement trop harcelés par les voyous des rues toutes proches, exigent plus de normalisation, plus de Police. Très bien, ils ont raison dans un premier temps.
Mais à terme, ils y perdront. Oh, ils ont certainement déjà réfléchi à ce problème. Mais ce sont probablement les plus normaux, les plus jeunes, les mieux armés dans la vie, qui, très sûrs de leur stature et valeur marchande, réclament cette normalisation. Les anciens, ceux qui déclinent, qui se savent bien fragiles face aux exigences industrielles, ceux-là se seront très probablement abstenus de réclamer plus de Police. (Plus de Police ou plus de loi ou lois plus dure, c’est kif kif )
Nous élevons tous nos enfants dans le droit chemin, nous en faisons tous de bons républicains. Mais même dans la force de l’âge, ils peuvent chuter mille fois. Et la dureté que nous aurons exigé contre les faibles, les parasites, les profiteurs, les voleurs et les paumés, se retournera contre nos enfants, voire contre nous-mêmes.
En somme, voulons-nous nous équiper en prisons d’où il est absolument impossible de s’évader ?
Si c’est vraiment ça que nous voulons, je préfère partir.
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