• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Signaler un abus

easy 27 août 2011 21:58
easy

Pus généralement, sur la peine de mort.

Du temps d’Hammourabi, il existait plusieurs façons de répondre à un assassinat. Parfois en infligeant la mort en manière de Talion, parfois en laissant les parties trouver une solution plus profitable, différemment profitable, plus réparatrice, différemment réparatrice, pour la famille du tué.

A l’époque, les esprits étaient donc souples et ouverts à différentes formules.
Si cette habitude s’était perpétuée, nous serions tous aussi ouverts à différentes formules et nous ne serions pas choqués que celui qui a brisé les jambes de notre enfant passe sa vie à le transporter.


Au lieu de ça, je ne sais par quel biais ou facteur d’influence, nous avons perdu cette souplesse et nous sommes allés vers une considération plus romantique où trônent les infinis.
 

Dans le code d’Hammourabi, pour des faits très graves et moins graves, il y avait d’une part plusieurs formules de compensation-réparation envisagées et il y avait des exemples de cas (il n’y avait que des exemples de cas faisant comme jurisprudence) où le tarif était fixé en tous cas en sa limite supérieure. On n’y voyait guère d’infinis.
D’autre part, il ressortait qu’en cas de dommage causé à une personne physique, le coupable ne devait rembourser que la personne blessée ; Il n’y avait donc quasiment que du civil ; Le pénal n’intervenant que pour les dégradations de biens publics.

De sorte que 90% des problèmes se réglaient entre les gens (en présence d’un arbitre-juge) sans que la masse ait à s’en mêler ou à s’en passionner.



Ici, de nos jours (je dirais surtout aux USA) il y a plus clairement une voie de réclamation qui est ouverte mais elle n’est pas plafonnée, elle est quasiment tout le temps pénale et du coup, le peuple est invité à se saisir de tous les cas. Le peuple ne fait plus que juger des cas, surtout depuis la médiatisation. Nous passons tous notre temps à nous juger les uns les autres et selon un biais pénal.
Il est rarissime d’entendre l’un de nous dire qu’un méchant doit désormais nourrir celui qu’il a invalidé mais nous entendons tout le temps qu’un méchant doit subir une torture ou être pendu.
De sorte que l’intérêt véritable de la victime est récupéré et utilisé par la masse pour satisfaire sa passion pour le sentencisme, pour la condamnation de type pénal.

Les victimles actuelles, si elles refusent d’être utilisées par la masse romantique, si elles préfèrent être réparées par la livraison de 3 vaches,elles seront dénigrées par la masse frustrée.

Dans le cirque actuel, en aucun cas, jamais jamais, la masse n’appelle à la réconciliation des parties. Tout au contraire. 

C’est la foule de médiaspectateurs qui décide ou essaye de décider via toutes sortes de marches, de manifestations et de pétitions, comme dans les jeux du cirque, de la mise à mort d’un coupable ou désigné comme tel.

Forcément qu’un tel contexte conduit à des exécutions par pleines charrettes.

Et le peuple râle alors lorsque le Président use de son pouvoir de grâce.




Abolition de la peine de mort : 1981

En 1969, Gabrielle Russier, amoureuse de son élève, accusée d’avoir eu avec lui des relation sexuelles, bien qu’encore aimée par son jeune amant, se suicide.
Elle avait senti non pas le doigt accusateur de sa « victime » mais celui de la société (avec qui elle n’avait pourtant jamais couché). Elle avait senti que cette société réclamait une sanction infinie, sa mort. Elle s’est donc exécutée en considérant que Pompidou n’oserait pas s’opposer à la volonté de la masse.

Et elle avait bien vu. Car si Pompidou avait vraiment cherché à pister cette histoire et à voir comment il pourrait aider et qu’il a été surpris par la décision trop rapide de Gabrielle, il n’avait pas osé dire, après ce suicide, que les exigences de la société étaient délirantes, hystériques. 
Une fois que la société s’est coagulée autour d’un mot d’ordre de pendaison (ou de très longue peine d’emprisonnement, ce qui revient au même) plus rien ne peut l’arrêter, la censurer, la modérer


De la soi-disant démocratie, nous ne constatons que les hystéries de foule, tant devant une star que devant une nouvelle console que devant un fait divers.

La démocratie comprenait deux gros volet : un qui permettait à chacun de s’exprimer, l’autre qui faisait que 51% décidait.
Puisque l’expression individuelle est écrasée par la majorité quant aux décisions suprêmes, c’est la coagulation à des 51% qui devient déterminante quand on parle et chacun ne s’exprime alors plus que dans ce majoritisme.
Ce qui forme le mainstream, juge suprême.

Nous nous sentons tous mal dans cette société jugiste et pénaliste alors nous devons calmer nos angoisses par tous moyens.

Ce que nous appelons individualisme n’est pas du tout le sentiment de chacun de n’en faire qu’à sa tête et de manière égoïste, non, c’est plutôt une attitude tenant de la lâcheté devant la masse majoritaire. Tous les tests de Milgram qui seraient non probants sur des Papous, sont probants sur nous, les démocrates.

L’individualisme est en fait une attitude consistant à abandonner tout bouc émissaire à la foule hystérique, à ne jamais oser prendre parti pour quiconque serait pilorisé.

Louis XIV, Kadhafi, Saddam, faisaient peur aux individus.
De nos jours, la masse a remplacé ces monarques et c’est d’elle que nous avons peur. Nous avons donc peur quasiment de nous-mêmes.

Or les peurs conduisent les individus à se comporter en très méchants délateurs. Nous le savons tous. Alors nous avons encore plus peur.



Palmarès