Pour info.Le MOnde du 13.
Francis Fukuyama : il y a chez George Bush une « incapacité à reconnaître la réalité » LE MONDE | 13.01.07 | 11h55 • Mis à jour le 13.01.07 | 17h25
« La »nouvelle stratégie" du président Bush en Irak est-elle vraiment nouvelle ou est-ce l’ancienne dans un nouvel emballage ?
C’est la vieille stratégie appliquée à une situation nouvelle et c’est pourquoi elle ne peut pas marcher. La considération à la base de cette politique est que vous avez, à Bagdad, une sorte de gouvernement démocratique, au-dessus des clivages religieux, qui est attaqué par diverses forces religieuses. L’objectif est donc de soutenir militairement ce gouvernement. Cette politique est tout simplement erronée. Le gouvernement Maliki est partie prenante de la question religieuse. Il représente une des communautés en lutte pour le pouvoir.
L’objectif inavoué du plan annoncé par George Bush est de venir à bout du clan Moqtada Al-Sadr. Le problème est que ce groupe représente peut-être la communauté la plus puissante en Irak. Il est difficile de s’en prendre militairement à une grande partie de la population.
Diriez-vous qu’il y a en Irak une guerre civile ?
Nous avons, aux Etats-Unis, un débat stupide sur la définition technique de la guerre civile. Je crois qu’il s’agit d’un conflit multidimensionnel, une lutte pour le pouvoir selon des lignes de partage religieuses et ethniques.
Comment expliquez-vous que le président et ses conseillers semblent ne pas comprendre la véritable nature de la situation ?
Malgré les dernières élections, aux Etats-Unis, et les critiques adressées à l’administration, il y a une incapacité à reconnaître la réalité telle qu’elle est. Un des moments les plus significatifs a été la réception donnée pour Donald Rumsfeld quand il a quitté le Pentagone. George Bush a déclaré que l’invasion de l’Irak avait représenté un « raz de marée dans l’histoire de la liberté humaine ». On a l’impression qu’ils vivent dans un autre monde.
C’est une sorte d’aveuglement idéologique ?
Dans le dernier discours de George Bush, vous avez toute cette rhétorique sur la seconde guerre mondiale : « Il y a des forces démocratiques qui attendent que nous les aidions... »
Le sénateur Ted Kennedy a déclaré que l’Irak était le Vietnam de George Bush. A-t-il raison ?
En un sens, oui. L’Irak est sans doute le plus grand désastre de politique étrangère depuis le Vietnam.
On entend aussi, y compris dans les milieux libéraux américains, des comparaisons avec la guerre froide, entre le fondamentalisme musulman et le communisme...
Je crois que la plus grande erreur qu’aient faite les Etats-Unis, au lendemain des attentats du 11-Septembre, a été d’exagérer les enjeux et la menace. A l’époque, il n’y avait sans doute pas plus de deux à trois douzaines de personnes, dans le monde, capables de mener ce genre d’attaques terroristes contre les Etats-Unis et prêtes à le faire. Le résultat de notre mauvaise gestion a été une sorte de prophétie qui se réalise d’elle-même.
A présent, le parallèle avec la guerre froide me paraît douteux. L’islam n’est pas comparable au communisme, et le radicalisme islamique lui-même est plus compliqué, car c’est un phénomène culturel plus complexe à contrer qu’une menace idéologique. Ce type de discours est une manière de mobiliser l’opinion autour du président, mais c’est aussi une manière de saper toute compréhension du problème....."
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