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easy 21 mai 2012 15:22
easy

Les Etats Unis d’Amérique sont très jeunes et la population européenne qui les a fondés s’était répartie sur le territoire en un mélange uniforme. Ils se sont pourtant affrontés à mort sur la question de l’esclavage et selon une logique de ressources géographiques et climatiques.
Il a fallu qu’une moitié écrase l’autre et y impose sa loi pour qu’une unité en ressorte.
Mais la solution d’unification est passée par un concept d’Etats indépendants + un Etat fédéral, ce que son drapeau rappelle. Et d’autre part, il n’est plus du tout concevable pour les sudistes de revenir à leur situation antérieure. Le principe de l’esclavage ne pouvant plus du tout être accepté, même pas sur un plan économique (alors que celui de l’apartheid peut trouver des amateurs pendant encore longtemps)


L’Italie en tant qu’Etat central est également très jeune.
Mais contrairement au cas des EU, les peuples des différentes régions s’étaient affrontés depuis des millénaires.
Et le plus grave, c’est que toutes les raisons qui justifiaient leur séparatisme séculaire restent toujours aussi valables sinon plus.
Seul l’irrédentisme, le foot et Verdi peuvent les réunir.


En France, il est possible d’évoquer Charlemagne pour raccorder tous les Français à une même histoire, à un même drame, à une même pièce (Alors que pour la succession de son empire, il avait paradoxalement perpétué le principe franque de la division des possessions entre tous les fils. Alors qu’il aurait été plus européen qu’hexagonal).

Certes la France n’a pas été toujours définie par les frontières actuelles mais quel Rochelais ou Bordelais aurait l’idée de se revendiquer Anglais ?
Probablement que Henri IV, Louis XIII-Richelieu, Louis XIV, Bonaparte, Napoléon III avaient profondément oeuvré pour constituer un sentiment national de plus en plus hexagonal et que Jules Ferry-Lavisse-Vidal de La Blache et plus tard De Gaulle ont su exploiter ce fonds réel pour augmenter encore le sentiment de fraternité historique, familiale entre nous.
Quoiqu’il en soit, nous, les Français, n’avons pas en tête de nous être disputés régionalement (pour des motifs religieux et politiques oui, mais pas régionaux)
.
Contrairement aux Italiens, nous n’avons pas eu besoin d’invoquer l’irrédentisme (linguistique) pour nous sentir un fonds commun, d’autant que nous parlions plusieurs langues régionales. 

Cela dit, si Bonaparte n’avait pas aussi fortement associé la Corse à la France dans l’esprit de tous les Français, l’autonomisme rampant qui y règne serait beaucoup plus marqué.



Mais en Italie, comment évoquer le Vatican sans réveiller à la mémoire ses Etats pontificaux et ses guerres aux autres ?
Comment évoquer Spartacus, l’enlèvement des Sabines, les fouches caudines, les guerres puniques (Carthage incluait la Sicile actuelle, la Sardaigne et la Corse) sans hérisser des poils ?
Toute évocation de l’Histoire dresse les Italiens les uns contre les autres. L’histoire n’est pas pour eux un sujet consensuel.

Demander à un Milanais s’il faut investir pour préserver Pompéi ou les palazzio de Palerme c’est s’essuyer le plus souvent un sarcasme. Pareil si l’on demande à un Calabrais s’il faut sauver Venise des flots.


Ce qui nous semble, en tant que modernes, ne relever que d’une question de mafias chez les Italiens, contient en réalité des questions de fonds historique bourré de contentieux entre les uns et les autres.
Le risorgimento (Renaissance) Italien du milieu du XIX siècle porte très mal son nom. Il ne pouvait pas y avoir de renaissance alors qu’il n’y avait jamais eu de naissance. 




Ca a été une grande chance ou opportunité pour Jules Ferry d’exploiter notre fonds français plutôt favorable à un concept d’unité hexagonale.

Ca a été une grande chance aussi pour les Anglais de pouvoir effacer de la conscience collective qu’ils viennent des Angles, des Saxes, des Normands, des Hollandais (par Guillaume d’Orange). Ils ont eu à repousser des envahisseurs comme l’Espagne, la France et l’allemagne, ça les a unis. Même leur défaite contre les Américains a contribué à leur union sacrée. 
 
Ce concept d’union était plus difficile à trouver pour les Allemands qui avaient été très longtemps habitués à un fédéralisme superficiel et à un émiettement des fiefs selon le principe de Charlemagne. Mais les deux gueres mondiales les ont isolés des autres donc unifiés

Les Grecs, originellement divisés, ont bénéficié de très grandes figures unifiantes dont Leonidas qui est encore glorifié même à Athènes. Ils ont donc pu ressentir une union

Les Italiens n’ont que de bonnes vieilles raisons de se diviser et donc de concevoir leur organisation autour de cryptos pouvoirs régionaux. (Pouvoirs concrétisés par une alliance souterraine entre chefs de clans mafieux violents et présidents des principaux partis politiques). 

Et comme Berlusconi s’est comporté en dictateur, il a renvoyé les Italiens aux heures antiques donc aux rivalités régionales.


Je crois que les Italiens s’unifieront davantage autour d’un président romantique.
Mais il existe deux sortes de romantismes politiques.
Un en Ferry « Nous avons le devoir de civiliser les races inférieures ».
Et un en Hugo « Nous avons le devoir d’aider les plus faibles » 

 



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