Quels sont les arguments contre l’aide à mourir ?
Il y a les raisons religieuses. On trouve quelque part dans le Deutéronome : « C’est moi qui suis Dieu, qui donne la vie et qui le reprends. »
Les raisons religieuses sont valables et même inattaquables, mais nous vivant dans la tradition libérale, héritée du siècle des Lumières. Nous ne pouvons pas invoquer cette tradition religieuse pour interdire l’euthanasie au niveau de la société. Il faut trouver d’autres arguments. Il y a l’argument dite de la pente savonneuse : si l’on commence à légaliser l’euthanasie, jusqu’à où ira-t-on ? disent les catastrophistes. Le nazisme n’est pas loin ! Mais l’argument n’est pas excellent. D’une part parce que le rôle de la loi est justement de tracer les limites à ne pas dépasser, et d’autre part parce qu’il n’a jamais été question de pratiquer une euthanasie contre la volonté des personnes. Il apparaît difficile d’interdire ce qu’on estime bon au nom de conséquences mauvaises qui restent des hypothèses. Si l’on dépénalise l’aide à mourir en certaines circonstances bien définies par la loi, on n’oblige personne à faire quoi que ce soit. On donne une liberté négative. Avec des garde-fous. Aussi chaque médecin aurait le droit de refuser une aide à mourir pour des raisons personnelles.
Tout projet de loi stipule que le malade doit se trouver en phase terminale, que sa volonté de mourir doit être constante depuis un certain temps, que le médecin traitant et un deuxième médecin indépendant ainsi qu’une autorité judiciaire doivent approuver la demande. Sous ces conditions draconiennes on voit mal un danger d’abus. Difficile à comprendre aussi l’opposition catégorique d’une partie des praticiens et de la publique.
La majorité des malades même au stade terminal restent attachés à la vie, et les médecins sont attachés à la prolonger. Mais la chose essentielle c’est le respect de la volonté et de l’autonomie de la personne, du patient. Chacun a une évaluation personnelle des conditions sous lesquelles la vie est encore vivable. La respecter n’est-ce pas le plus important ? Paralysé, aveugle et sourd voulez-vous vivre encore ? A chacun de décider où sont ses propres limites par rapport à la perte d’autonomie, à sa capacité à se sentir encore digne, à se sentir vouloir encore vivre. Se voir poser des sondes, gastrique, urinaires, respiratoires, est-il envisageable, supportable, et si non, on fait quoi ?