Cher Edelweiss, je constate effectivement que les arguments sont loin d’être tous juridiques. Le sujet, lui, l’est exclusivement puisqu’il s’agit de débattre d’une loi et d’une institution.
J’entends parfaitement votre préoccupation : je n’ai pas vu non plus d’études qui démontrent que l’homoparenté soit nocive ou au contraire avantageuse pour les enfants. Ce n’est pas un débat juridique, mais la réponse juridique vous intéressera peut-être : la famille est un espace sanctuarisé où l’état, la puissance publique et, d’une manière générale, les tiers n’ont pas à interférer.
Je suis le premier à trouver dégueulasse qu’on laisse des ivrognes, des débiles, des violents, des drogués, des crapules avec des antécédents d’agressions et de violences conjugales concevoir et élever des gamins. Heureusement, pour ce qui est d’en adopter, il y a assez de contrôles pour exclure ces salopards. Pourquoi ne peut-on empêcher de tels merdeux avoir et « éduquer » des gamins ? Pourquoi ne contrôle-t-on pas que des vieux réacs révisionnistes engoncés jusqu’à la débilité dans leurs idées les plus rétrogrades puisse pourrir les esprits innocents de leurs enfants ? Simplement parce qu’en démocratie, cet espace familial est sanctuarisé, et que les tiers doivent se contraindre volontairement à faire confiance aux gens pour gérer leur famille dans l’espace préservé de leur intimité.
Sans même parlé des hétéros qu’on sait indignes et qu’on laisse quand même procréer, nul ne peut se substituer à une personne porteuse d’une maladie héréditaire pour savoir s’il prend le risque de faire un enfant, avec les risque qu’il soit porteur d’un handicap. Personne ne peut se substituer aux parents d’un enfant autiste dans la décision de lui donner un petit frère ou une petite sœur, sans qu’on sache vraiment quels facteurs héréditaires ou quels facteurs environnementaux entrent en jeu dans cette maladie, et sans savoir si on pourra l’épargner au bébé. Nul ne peut leur interdire de prendre le risque. Nul ne peut leur en vouloir, non plus, de préférer n’en prendre plus aucun. On respecte leur décision, parce que c’est à eux de la prendre.
D’un point de vue juridique, on doit aussi se contraindre à cette confiance, malgré les risques, parce que toute attitude inverse inviterait la puissance publique à s’autoriser un contrôle de l’intimité, et au delà, des esprits, des opinions, des pensées, des orientations politiques, des tendances religieuses, des comportements, de la consommation, des pratiques sexuelles, des goûts et des couleurs...
Après toutes les atteintes du mandat précédent portées contre ces libertés, après les fichages, les fléchages, les contrôles, les espionnages, les filmages, les flashages, les caméras, la traçabilité sur Internet, et jusqu’aux lois obligeant à montrer son visage, il est plus que salutaire qu’on réaffirme ce droit à une vie privée.
La démocratie peut compter ses amis parmi ceux qui reconnaîtront que si des risques existent, il n’appartient qu’aux parents de les mesurer, de les évaluer, puis de prendre leurs décision d’avoir un enfant en conscience et en liberté, de la même façon qu’on reconnait ce pouvoir et ce privilège aux couples de sexes opposés, fussent-ils les pires ordures.
Bien à vous,
L’Ankoù
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