Merci pour cet article, à l’évidence rédigé avec sincérité et conviction.
J’aimerais néanmoins - à défaut de me trouver l’inspiration ou la force de me lancer dans une longue argumentation - rapporter ici une anecdote familiale, dont je n’aurai pas la prétention de décréter qu’elle fasse force d’argument, mais qui ne me semble pas dénuée de sens.
Assez fondamentalement, je dois m’avouer réticent face à cette sorte d’ébahissement devant l’ordre naturel, qui se trouve dans le discours prônant le "droit de l’enfant à avoir son
père et sa mère". Disjoindre l’engendrement - c’est-à-dire la biologie - de la parentalité, qui elle, est
morale, éducative, sociale, affective... cela me semble heureux. J’ai vu
une de mes jeunes cousines se faire lentement détruire à cause de cette
stupidité béate des services sociaux qui les amenaient à proclamer la
main sur le cœur que l’intérêt souverain de la gamine était de vivre
auprès de ma tante, une bipolaire alcoolique, méchante,
irresponsable et violente, au seul prétexte que celle-ci était sa génitrice. Ma mère, dès les premiers signes inquiétants, s’était
proposée d’accueillir la petite ; on lui a dit : "Mais comment ? Vous
voulez séparer cette fillette de sa mère ? Vous ne vous rendez pas
compte des conséquences ? Vous mesurez votre égoïsme ?". Les mêmes sont revenus vers ma mère,
quinze ans plus tard, pour lui demander si elle était toujours prête à
accueillir sa nièce parce qu’effectivement, il s’était avéré depuis que ma tante
était légèrement dangereuse (elle avait défoncé la porte de la chambre de ma
cousine à coups de hache ou de marteau, je ne sais plus bien). Sauf qu’entre temps, la gamine était devenue fugueuse, kleptomane, se droguait, etc. et que ma mère, avec
quinze années de plus, approchant la soixantaine, ne s’en est pas sentie
la force.
Voilà tout le bien que je pense du "droit de l’enfant à avoir
son père et sa mère".
Et voilà, au-delà, le bien que je pense de cette attitude consistant à fixer l’ordre naturel comme un exemple. L’ordre humain - tout ce qui
vise à élaborer une culture ou à proclamer des droits - est très
précisément une rupture de l’ordre naturel, car si l’ordre naturel
suffisait, s’il pouvait effectivement être érigé en modèle, alors précisément la
culture et le droit n’auraient aucune raison d’être. L’ordre naturel est
un ordre arbitraire et infâme, fondé sur l’adaptabilité et sur la
force. Le seul fait de proclamer l’idée d’un « droit », jusqu’au tout
premier - le droit à disposer de soi -, est une négation fondamentale de
l’ordre naturel.
Bonne journée.