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Joe Chip 7 mai 2015 23:56
Joe Chip

Cet article est tout à fait démagogique et montre bien les limites du souverainisme dogmatique.

Déjà, la première question, c’est de se demander si Renault est français comme Volkswagen est allemand, et Ford est américain. La réponse est : non. Renault a même tenu longtemps à se distancier de l’hexagone pour mieux s’inscrire dans la « modernité » et la mondialisation. Et je ne parle pas uniquement des délocalisations, mais de quelque chose de plus profond lié à l’identité de la marque.

Cette polémique bidon a été montée par des industriels « français » qu’il faut placer devant leurs contradictions, et mettre face à leurs responsabilités. Car il est trop facile de jouer la carte du patriotisme économique uniquement quand cela les arrange, c’est à dire quand Renault espère pouvoir financer un bureau d’études avec des subventions publiques. Si désormais le « made in France » consiste à refourguer des 4×4 roumains « modifiés » à l’armée française, on comprend que le choix des militaires - pas fous, on leur a déjà fait le coup avec le P4 - se porte sur des concurrents plus légitimes et bien mieux établis dans le secteur des 4x4.
 
Parlez à présent de relocalisation des chaînes de production, de montée en gamme, de qualification de la main d’œuvre, et, soyons fous, de formation des chômeurs, et ces grands patriotes vous donneront aussitôt un cours de « pragmatisme » sur la mondialisation en vous expliquant d’un air subtilement condescendant qu’il faut vivre avec son temps, que le « made in France », vous n’y pensez pas, voyons, c’est vieillot, dépassé, le monde ne marche plus comme ça, etc.

Cette polémique assez révélatrice est d’autant plus détestable qu’elle prend à témoin les salariés précarisés et les chômeurs victimes des choix effectués par ceux-là même qui essaient de surfer opportunément sur le « made in France » à chaque fois qu’un contrat est en jeu, en déplaçant au passage la responsabilité sur l’armée française qui se voit ni plus ni moins accusée de « traîtrise » alors qu’elle n’a pas vocation à financer un véhicule made in Romania « amélioré », surtout dans le cadre d’un « achat sur étagère » même si on peut déplorer par ailleurs le manque de coordination et de planification globale induit par les restrictions budgétaires.

Quant au Kadjar, là encore les cocorico sont un peu déplacés puisqu’il s’agit d’un véhicule conçu à partir d’un châssis nissan et produit en Espagne, contrairement à ce que vous avancez :

http://www.challenges.fr/automobile/20150126.CHA2519/le-renault-kadjar-sera-produit-en-espagne.html

Moi je veux bien qu’on colle un petit drapeau bleu-blanc-rouge sur une caisse franco-japonaise fabriquée en Espagne, mais de là à présenter ça comme du « made in France », c’est quand même prendre les gens un peu pour des imbéciles (ils le sont ?) ou se voiler la face complètement.

Y’a pas de secret monsieur Herblay, pour fabriquer des véhicules de haute qualité en France susceptibles de remplir le cahier des charges de l’armée, il faudrait rapatrier une partie de la production, investir et former de la main d’oeuvre (et pas embaucher 10 intérimaires avec des fonds publics pour les foutre dehors un an plus tard), équiper les usines avec des machines modernes, etc.

Au bout d’un moment, l’accumulation des délocalisations, des plans sociaux, le recours systématique à une main d’oeuvre non qualifiée et précaire couplé à un déficit d’investissement, finit par impacter la qualité des véhicules produits (comparez visuellement un Ford Ranger et un Dacia Duster, y’a pas photo !). Ensuite un cercle vicieux s’installe : étant donné que l’produit des véhicules bas/moyen de gamme en Roumanie et ailleurs, les marges se réduisent, donc on fait moins de recherche&développement, donc on perd des savoirs-faire et la capacité même de répondre au cahier des charges de l’armée française, sauf en passant par du bidouillage industriel (caisse roumaine modifiée par Poclain en France) que l’on essaie ensuite de faire passer pour une politique de « made in France » dans les médias.

Désolé mais je trouve vraiment que l’on fait ici un mauvais procès à l’armée, qui ne peut pas être rendue responsable d’une démission des industriels et des politiques français qui ne misent plus sur l’hexagone en termes de production, au-delà des discours hypocrites. Toutes les études marketing montrent que la marque France est (encore) associée à l’image du luxe et de la qualité, mais nos industriels préfèrent se présenter comme des « marques internationales » et proposer du milieu de gamme made in romania, algeria, india, pour faire baisser les coûts.
 
Monsieur Herblay, il faut ouvrir vos yeux : les 4x4 comme les Américains, on peut pas faire. Le patriotisme économique, c’est bien, sauf quand c’est totalement irréaliste, là ça devient ridicule.



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