Nabum, je partage votre agacement, même si mes écrits, ici et sur mon blog, sont beaucoup plus occasionnels. J’ai tendance à écrire surtout dans l’ombre de l’intimité, où les trolls n’ont pas d’accès. Il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas laisser à leur portée, tout de même, un peu comme on ne laisse pas un objet contondant ou tranchant à portée d’un petit enfant.
Je vous lis occasionnellement et j’ai toujours trouvé votre style plaisant et votre approche rafraichissante pour un tel site qui s’est uniformisé au fil du temps.
D’un autre côté, je suis pour une forme de trollisme intelligent ou piquant, à condition que l’estoc soit pertinent. C’est malheureusement bien rarement le cas puisqu’on assiste surtout à du dégueulis dépourvu d’argument, ou à de la mauvaise foi parfaitement représentative d’esprits bornés et inconscients d’eux-mêmes, surtout désireux de rester dans des certitudes confortables ou un nombrilisme rassurant.
Il m’est arrivé d’être banni de sites où sévissaient des trolls bien plus moins subtils et infiniment plus acharnés que moi, alors même que je ne cultive en aucune façon cette attitude, d’ailleurs. Mes commentaires y étaient très occasionnels, presque rares, mais toujours assortis de faits ou d’arguments difficiles à retourner. C’est assez révélateur du fait que ces gens ne dérangent pas grand monde au final. Ce sont les moustiques de la toile, déjà bien pris dans celle-ci, qui se croient, à leur corps défendant, libres d’exprimer leur bêtise, alors que celle-ci est déjà en train de les dévorer de l’intérieur. Souvent triste, généralement agaçant, occasionnellement désopilant, car le bon troll est une espèce peu commune. J’entends par là le Diogène qui a quelque chose à dire, propre à déstabiliser les idées reçues et autres opinions faciles, et qui ne craint pas, lui, de payer de sa personne pour donner une petite vérité bien sentie au passage. Non pas pour faire mal, non pas pour le simple plaisir d’exister par la critique facile et médiocre, mais pour susciter la réflexion, bousculer le consensus mou, l’idée bien arrêtée ou l’opinion trop ancrée.
L’exercice n’est pas facile et face à la difficulté, beaucoup choisissent de couper au plus court, d’aller directement au vulgaire et à l’insulte, et de laisser l’argument - s’il existe - en arrière. Autant de raisons de ne les traiter que par le mépris.