Aux Lecteurs. Ce texte, de D. Werner
A la fin du Noeud gordien, un de ses essais, Ernst Jünger observe
que "la perte de la liberté provoque un engourdissement dans l’espace,
dans l’esprit et dans l’âme"*, dit le Visiteur. Cela étant, les gens,
parfois, se réveillent.
Vous parlez de Verdun, dit l’Etudiante ?
C’est
très rare que le pouvoir recule, dit le Visiteur. Surtout quand des
symboles sont en jeu. En règle générale, il ne cède pas. Là, en
revanche, il a cédé. Cela mérite attention.
Expliquez-moi, dit
l’Etudiante.
La peur est le commencement de la sagesse, dit le Visiteur.
Ces personnels, je pense, ont eu peur : peur pour eux-mêmes, tout
simplement. Peur qu’il ne leur arrive quelque chose. Juste quelque
chose.
Ils sont habitués à prendre des risques, dit l’Etudiante.
Quand, dans ce domaine-là, les gens se réveillent, en règle générale cela fait particulièrement peur, dit le Visiteur. On ne sait jamais où cela mène, je veux dire : jusqu’où. Certains précédents le montrent : parfois, en fait, assez loin.
On dit que les hommes aiment la servitude, dit l’Etudiante.
C’est en
alternance, dit le Visiteur. Comme, justement, la veille et le sommeil.
Les gens dorment parfois longtemps. On croit alors qu’ils sont morts. On
peut aussi les maintenir en sommeil artificiel. Mais vous ne pouvez
quand même pas faire n’importe quoi. Là, ils sont allés trop loin.
* Dans Essai sur l’homme et le temps, Christian Bourgois, 1970, p. 470.
Source : http://ericwerner.blogspot.fr/2016/05/alternance.html