C’était ( c’est
peut-être toujours ) le pari de Mélenchon de se retrouver un jour à
la tête d’une Gauche refondée face à une Droite également
reconstituée sur ses bases historiques : le fait que le FN ait
un discours très à gauche sur certaines sujets relève de
l’opportunisme de circonstance et ne doit pas faire oublier la
nature profonde de ce parti incarnée en son temps par le père et
reprise aujourd’hui par la petite fille.
L’irruption de
Fillon rebat les cartes.
Il est quasi
plébiscité par son camp sur des propositions clairement à Droite
dans la droite ligne de ce que fut la Droite catholique d’avant
guerre avant que la lamentable parenthèse pétainiste ne la
fragmentât entre patriotes, collabos et un marais plus prudent dans
ses choix.
Au point qu’à la libération plus personne n’osait
encore se revendiquer de Droite.
On passera sur
l’accusation de populisme, ce gros mot qui accable ceux qui osent
relayer les états d’âme de certaines populations, le concept est
devenu tellement rabâché qu’il ne veut plus rien dire et de toute
manière ce qui parle au peuple n’est pas nécessairement d’une
haute élévation morale et certains discours abaissent autant ceux qui
les entendent que ceux qui les tiennent : c’est pourtant le grand
mérite de la démocratie de les laisser s’exprimer et de laisser
s’exprimer ceux qui les réfutent.
Fillon annonce du sang et
des larmes, ce qui a manifestement correspondu aux attentes
doloristes d’une population imprégnée de catholicisme
traditionnel encore très vivace comme on peut voir : quant à
l’islamisation de la société, ceux qui fantasment sur le sujet
pourront encore s’occuper les méninges pendant quelques siècles à
moins que entre-temps une autre mystification religieuse n’ait pris
le relais.
Fillon opposera sa
construction rationnelle aux simplismes du programme du FN qui donne un
vernis de Gauche à un conservatisme de fait, le tout lié par une
xénophobie agressive.
Le seul intérêt de
la Présidentielle sera de voir Mélenchon briser l’hégémonie du
PS pour prendre rendez-vous pour 2022
Comme on l’a vu avec
Donald Trump, une caricature versatile dans ses engagements peut
terrasser une construction rationnelle des médias.
Madame Clinton avait, il est
vrai, des casseroles et n’était au demeurant pas des plus
sympathiques.
Fillon n’est pas antipathique, il traîne une
réputation de quasi-janséniste, il a des convictions - honorables
comme toutes les convictions - mais on doit à la vérité et à la
simple justice de constater qu’il s’arrange toujours pour ne pas les rendre
rédhibitoires.
C’est le prototype même du parfait honnête homme ( comme in disait au XIXe )
Une défaite devant Marine Le Pen serait
vraiment une bien grande surprise - divine, c’est autre chose ! - mais ouvrirait peut-être une voie
royale en 2022 à un Mélenchon qui aurait réussi à sortir en pole
position de la Gauche en 2017.