Toutes les idéologies fonctionnent avec une inversion du bien et du mal. Ainsi, celui qui tue ses semblables devient un héros de la cause tandis que celui qui pardonne est une ignoble pourriture qui doit être éliminée au plus vite. Le principal ressort de ce mécanisme est notre grégarité. Nous voulons tous faire partie d’un groupe parce que nous nous y sentons bien, même si c’est au prix d’un renoncement. Un deuxième ressort vient de notre envie d’avoir raison. L’idéologie fournit un prêt à penser qui permet d’avoir raison sans avoir besoin de réfléchir et donc de se valoriser pour pas cher. Les crises accentuent cette tendance ; lorsque tout va bien, on peut faire l’économie de notre perversité.
Les dizaines de millions de morts du stalinisme, du nazisme ou de l’islamisme (en Inde) ne compte pour rien face à la beauté de la cause à défendre. Toutes les utopies sont condamnées à devenir des goulags car il n’existe pas de monde parfait pour tout le monde et il faut bien « calmer » ceux qui ont le plus à perdre.