@njama
Jérôme a fait un travail sur les versions latines de la Bible, pas sur les versions grecques et encore moins sur les versions en araméen. Il semble que Jérôme ait connu les versions araméennes, car sa version latine corrige des erreurs de la version grecque. Des quatre Evangiles, Matthieu et Luc ont été écrits en araméen et on dispose de l’intégralité du texte original traçable jusqu’à la première moitié du premier siècle (37 pour Matthieu, soit 7 ans seulement après les faits). Il n’y a pratiquement pas d’écart entre les versions araméennes et latines, ce qui laisse supposer que Jérôme a fait un bon travail. On peut lui reprocher une erreur de traduction sur la distance de la ville d’Emmaüs, mais rien sur les dogmes. Pour Marc on dispose de fragments en hébreu et l’Evangile de Jean a été écrit en Grec, principalement pour contrer l’hérésie Ébionite qui sévissait déjà à cette époque. Pour comprendre l’aspect historique des Evangiles, il ne faut pas se limiter à leur seule lecture. Les écrits des opposants du premier siècle au Christianisme apporte bien des éclaircissements. D’ailleurs, ces écrits ne contestent pas les événements, mais seulement la doctrine. Les écrits inter-testamentaires se sont beaucoup enrichis aux premier et second siècles. Ces écrits nous montrent que si tout le monde ne s’est pas converti, tout le monde a été impressionné par ce qui s’est passé. A l’époque de Jérôme, les Evangiles en Grec étaient la référence et les Evangiles en Latin des versions pour le peuple qui ne lisait pas le Grec. Qu’il n’y ait que de mauvaises traductions en circulation n’a rien d’étonnant, mais les lettrés utilisaient les versions en Grec.
Contrairement au Coran, les Evangiles sont remplis d’éléments de contexte comme des noms de personnes et des noms de lieux. Il est donc facile de vérifier ces éléments par des recoupements.
Pour l’ordre des sourates dans le Coran, il est difficile de vérifier quoi que ce soit. La théorie des codes n’a révélé aucun écart dans les signatures du texte en suivant l’ordre chronologique officiel alors que l’évolution de la langue sur une vingtaine d’année aurait du impacter les signatures. Il reste toutefois quelques éléments objectifs comme certains effets dialectiques qui arrivent progressivement pour améliorer l’effet dramatique. On peut également rattacher le début de la sourate 30 à la bataille de Mu’ta autour de 629. Les manuscrits à notre disposition montrent de légères variations dans l’ordre, des versets sont passés d’une sourate à l’autre, mais montrent surtout une variation des dogmes qui a impliqué des grattages successifs. Tous ces manuscrits datent du début du 8ème siècle pour les plus anciens, du moins pour la couche supérieure des palimpsestes et vers la fin du 7ème siècle pour les couches inférieures. L’écriture large sur de grands formats situent l’ensemble de ces textes à la période omeyyade. Il n’y a donc rien qui soit une copie du coran d’Othmân. Les réécritures, en particulier sur le palimpseste de Sana’a montrent l’apparition du dogme de l’incréation et les premières citations de Muḥammad dans le texte (il n’y en a que quatre en tout). Les inscriptions du dôme du Rocher construit en 691 à Jérusalem sont intéressantes puisqu’il n’apparaît nulle part une allusion à l’événement le plus important qui s’y soit passé : la visite de Muḥammad au paradis. Ces inscriptions ne parlent pas non plus de Muḥammad mais de Jésus qui est celui qui était attendu. Ces inscriptions sont en fait parfaitement conforme à la doctrine Ébionite. Donc en 691, la doctrine musulmane n’était pas encore formée, mais il ne faudra plus longtemps pour que celle-ci apparaisse. ʿAbd Al-Malik avait besoin d’une religion qui soit arabe et les références à Muḥammad vont apparaître à partir de 694 chez les Omeyyades (684 pour ʿAbd Allah ibn Al-Zubayr, mais son calfat n’est pas reconnu par la tradition officielle).