OK, l’industrie agro-alimentaire dans les pays les plus
riches produit et fait consommer trop de viande, et surtout de la mauvaise
viande.
OK, les systèmes industriels ont changé l’animal en machine
à transformer la cellulose des plantes en protéines bon marché pour le plus
grand profit des multinationales et au détriment des paysans, des
consommateurs, des sols, de l’eau et des animaux.
OK, le bilan sanitaire et écologique de ces méthodes est
aussi mauvais que celui du reste de l’agriculture productiviste : on empoisonne
les consommateurs avec de la mauvaise viande, de mauvais légumes et fruits, en
dégradant l’environnement et la condition paysanne.
Mais il n’y a pas si longtemps, les hommes et les femmes mouraient de maladies infectieuses, de la guerre et de la faim. Or, depuis la fin
du 19ème siècle, il n’existe plus de
famines liées à un manque de ressources. Les famines qui adviennent sont des
armes politiques. Quand des gens meurent de faim quelque part, c’est parce que
d’autres l’ont décidé. Renoncer à consommer de la viande ne changera rien à cette réalité. C’est même exactement l’inverse. Si les famines ont
disparu, c’est parce que le dix-neuvième siècle a connu la plus grande
révolution agricole après celle de son invention : l’agronomie, et la
polyculture-élevage, qui fournit ce qui se fait de mieux pour nourrir un sol,
le fumier.
Quant à l’industrialisation de l’élevage, elle n’est pas née
après avec le productivisme agricole. Elle a été pensée en parallèle avec le
développement du capitalisme industriel. Les animaux sont alors devenus des
machines dont la seule utilité est de générer des profits, aux dépens des
paysans et de l’environnement.
L’agriculture sans élevage, c’est l’agriculture de la famine
parce qu’elle épuise les sols. Ce sont des rendements ridicules pour un travail
de forçat car le compost de légumes est bien moins efficace pour faire pousser
des légumes que le fumier animal. A moins de forcer le sol par de la chimie et
de labourer bien profondément. Mais, dans ce cas, on abîme les sols, en
désorganisant l’écosystème.
Avec le retour au naturel, l’écologie n’est pas sauvée, car
en expulsant les animaux domestiques, il n’y a plus rien pour maintenir les
paysages ouverts, ceux des prairies, des zones humides, des montagnes et des
bocages. Sauf à obliger chômeurs, prisonniers et clochards à faucher et à
couper les herbes, ou à produire des robots brouteurs. Les vaches et moutons
sont les garants de la diversité paysagère qui est aussi celle de notre assiette. Les
animaux et leurs éleveurs sont les premiers aménageurs du territoire.
Défendre une agriculture sans élevage et un monde sans
animaux domestiques, c’est-à-dire sans vaches, ni chevaux, ni chiens, c’est se
mettre encore plus dans les serres des multinationales et accroître notre
dépendance alimentaire à ces lobbys. Le grand danger de d’une agriculture sans
élevage, c’est de produire de la « viande » en cultivant en laboratoire des
cellules musculaires de poulet, de bœuf ou de porc ou produire du lait et des
œufs à partir de levures OGM. Les promoteurs de cette agriculture cellulaire se
recrutent au sein des grandes firmes (Gafa, milliardaires et fonds
d’investissements puissants). Les premières viandes artificielles pourraient
être introduites sur le marché sous forme de carpaccio avant que soient
commercialisés avant dix ans de « vrais-faux » morceaux produits in vitro. Des
amas de protéines qui auront poussé à grands jets d’hormones pour favoriser la
croissance et d’antibiotiques pour éviter les contaminations.
C’est le triomphe du transhumanisme.