@Gollum
L’Hébreu n’est pas le Grec et, comme toutes les langues sémitiques, un même mot peut avoir plusieurs sens et plusieurs interprétations simultanées. Cela occupe bien les Juifs actuellement lorsqu’ils étudient la Bible. Mais admettons que vous avez raison et que c’est bien « j’établis la paix et suis l’auteur du mal » que l’auteur a voulu écrire.
Premièrement, la Bible ne peut se comprendre dans une perspective statique. Les écrits se sont succédés sur plus de 1000 ans et aucun n’a été directement dicté par Dieu. Chaque livre représente la compréhension de l’auteur de ce dont il est témoin et un auteur de l’époque d’Isaïe ne pense pas comme un auteur du XXIème siècle. De plus, nous ne savons pas quand ces prophéties ont été mise à l’écrit. il n’est pas impensable que des erreurs se soient glissé dans les répétitions ou les recopies, d’autant plus que cette manière de voir les choses est une exception dans l’Ancien Testament.
Deuxièmement, comme je l’ai déjà écrit, la Bible dans son ensemble nous montre un passage d’un hénothéisme à un monothéisme. A cette époque, il fallait combattre le dualisme, le combat du bien contre le mal, partiellement hérité du zoroastrisme. De ce fait, il ne pouvait y avoir qu’un seul et unique Dieu. La notion de Satan, ange déchu et auteur du mal n’était pas encore bien établie à cette époque. Il faudra attendre le livre de Job pour que cela soit parfaitement compris. La situation intermédiaire présentée ici est logique dans cette perspective dynamique. Elle figure comme une exception dans l’Ancien Testament avec l’Ecclésiaste 7, 14.
Troisièmement, pour un chrétien, l’Ancien Testament se lit à la lumière du Nouveau Testament. Il ne viendrait à personne, après avoir entendu l’enseignement de Jésus, de penser que Dieu est l’auteur du mal, même après avoir lu ce texte. En ce sens, la traduction officielle de l’Eglise Catholique est plus proche de la manière de penser Dieu à la lumière de l’enseignement de Jésus. Il ne s’agit bien sûr pas d’une version de travail pour les philologues qui préfèreront l’Hébreu.