@ l’auteur
Pour le poète, nazisme et colonialisme c’est kif kif bourricot et, c’est connu, les poètes ont toujours raison :
(. . .) "Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les
démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué,
très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui
un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi,
c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme
blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne
relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et
les nègres d’Afrique.
Et c’est là le grand reproche que j’adresse au pseudo-humanisme :
d’avoir trop longtemps rapetissé les droits de l’homme, d’en avoir eu,
d’en avoir encore une conception étroite et parcellaire, partielle et
partiale et, tout compte fait, sordidement raciste.
J’ai beaucoup parlé d’Hitler. C’est qu’il le mérite : il permet de voir
gros et de saisir que la société capitaliste, à son stade actuel, est
incapable de fonder un droit des gens, comme elle s’avère impuissante à
fonder une morale individuelle. Qu’on le veuille ou non : au bout du
cul-de-sac Europe, je veux dire l’Europe d’Adenauer, de Schuman, Bidault
et quelques autres, il y a Hitler. Au bout du capitalisme, désireux de
se survivre, il y a Hitler. Au bout de l’humanisme formel et du
renoncement philosophique, il y a Hitler." (. . .)
Aimé Césaire - Discours sur le colonialisme - 1950