Je ne suis pas du tout convaincu par l’assimilation du
bon cheval à l’affect et du mauvais cheval à la conation. Pourquoi l’affect
serait bon et la conation mauvaise ? Il y a ce que Spinoza appelait les « passions
tristes ». Une phobie par exemple pourrait être considérée comme un affect
négatif (une peur disproportionnée, paralysante de quelque chose). On pourrait
parler de la jalousie, l’envie, lorsqu’elles atteignent certaines proportions. Dans
ce passage de Phèdre
sur le cheval ailé, Platon écrit que « l’envie réside loin du chœur
céleste » : l’envie n’est-elle pas un affect ?
Et si « Le bon cheval représente les affects,
c’est-à-dire, l’énergie disponible, docile car soumise aux volontés du cocher »,
en quoi considérer que ces volontés, du domaine de la conation, seraient
mauvaises ? Après, pour justifier cela, la volonté est réduite à la « volonté
rétive ».
Bref, je ne vois pas comment réduire la conation, le « désir »
au « désir des choses terrestres », alors que la cognition serait
céleste : « c’est parce que la contemplation de ces réalités ultimes
que sont les idées le remplit de joie que le cocher s’efforce de s’en approcher
en conduisant l’attelage vers le Ciel » : il peut y avoir la conation
de faire le bien, comme la connaissance de choses médiocres. Il y a là une
praxéologie de la cognition et de l’affectivité bonnes, et de la conation mauvaise.
(Il est remarquable que dans ce passage sur le cheval
ailé, Platon définit Dieu : « Quant à celui d’immortel, il n’est
point le résultat d’une démonstration, nous le composons sur de simples
conjectures ; et sans avoir jamais vu Dieu et sans le comprendre suffisamment,
[246d] nous disons que c’est un être vivant immortel dont le corps et l’âme
sont de leur nature éternellement unis. ».)