« La « sédation profonde et continue » autorisée dans le cadre de la loi dite Cleys-Léonetti de février 2016 consiste en effet précisément à provoquer de manière anticipée la mort d’un patient en phase terminale soumis à des « souffrances réfractaires ».
... arrêter les traitements thérapeutiques devenus vains et, de manière concomitante, à plonger le malade dans un état d’inconscience proche du coma afin de le protéger de toute forme de souffrance ; d’autre part, à cesser de l’alimenter et de l’hydrater jusqu’à ce que mort s’ensuive. »
... Que les praticiens des centres de soins palliatifs l’admettent ou pas, il s’agit bien de pratiquer une euthanasie ...«
Je tiens une fois encore à marquer mon total désaccord avec votre position quand, comme une de mes ex-compagnes en était jadis coutumière, votre militantisme vous pousse à systématiquement confondre les conséquences et les buts.
Le but d’une sédation profonde et continue consiste - comme son nom l’indique clairement - à soulager les intolérables souffrances du patient en phase terminale : qu’il en résulte la mort anticipée de ce patient du fait de l’arrêt de son alimentation et de son hydratation relève de ses conséquences prévisibles. Face au scandale d’une intolérable douleur, notre devoir humain consiste en effet à la soulager de toutes les manières, et il est un certain stade du processus morbide ou seule une sédation profonde y est encore apte : c’est tout l’honneur de l’humanisme et de la science d’en avoir développé les techniques et moyens.
Si même la différence en termes de dose s’avère techniquement infime, il subsiste à mes yeux - et pour ce que j’en comprends pas qu’aux miens - une différence éthique fondamentale entre l’acte de soulager les souffrances et celui de mettre à mort. Autant, au risque prévisible d’entraîner la mort du sujet, je soutiens la nécessité de prendre tous les moyens d’une sédation efficace, autant je m’oppose à cette transgression et cette rupture anthropologique fondamentale que constitue la mise à mort du sujet pour ne plus l’exposer à cette intolérable souffrance : cette dernière enfreint en effet le tabou du meurtre qui, fut-il compassionnel et permettrait-il même d’abréger l’attente des proches quant à l’issue fatale, constitue avec celui de l’inceste un des deux tabous fondamentaux et majeurs commun à toute l’humanité.
Par ailleurs et toujours en regard cette infime différence pratique entre dose sédative et dose létale, je vois d’autant moins d’intérêt à inscrire dans les codes un droit positif à cette euthanasie dont nul n’ignore qu’elle se pratique en toute discrétion et depuis bien longtemps dans l’intimité des foyers, ou encore dans celui du colloque singulier entre médecin et patient. Même remarque d’ailleurs quant à un droit positif à l’avortement, quand sa dépénalisation devrait — hors militants les plus rabiques et acharnés — suffire à satisfaire toute personne directement impliquée.
J’entends bien que vous n’aimez pas l’hypocrisie et ne l’apprécie pas plus que vous, mais je n’en crois pas moins nécessaire au maintien de ce qui constitue notre humanité elle-même d’en maintenir intacts certains des principes les plus fondamentaux, fut-ce au prix du maintien de certaines »zones grises« dans leur application.
Ceci dit et comme je vous en avais déjà fait part ailleurs dans ces colonnes, il sera probablement à jamais impossible de concilier nos philosophies respectives sur ces questions de principes.
»Une chose est sûre : l’extension du droit de chaque malade incurable et en situation de grande souffrance à mourir dans la dignité sans attendre d’être en phase terminale dans une unité de soins palliatifs va dans le sens de l’histoire.«
Le »sens de l’histoire« n’étant jamais que celui qu’on veut bien lui donner, ... ou nous vendre, c’est hélas bien possible mais, en regard de toutes raisons déjà citées plus haut ainsi que l’affranchissement progressif de toutes limites et déterminants anthropologiques, éthiques, moraux et même biologiques caractérisant l’idéologie transhumaniste de rigueur, j’ai tout lieu de n’être en rien rassuré par le »Brave New World« auquel il prétend - pas après pas et d’un »progrès" sociétal à l’autre - nous introduire ! 
Bien à vous, en vous présentant mes cordiales salutations ! 
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