@Eric F
La guerre d’attrition imposée par les russes a un lien, à mon sens, avec la démilitarisation ; où si vous préférez ce que les russes appellent à juste titre le hachoir à viande.
Comme le signale Chapoutier, la Russie n’a pas cherché à prendre du territoire au début du conflit mais à détruire d’abord les bataillons d’origine néo-nazi (Azov, Aidar, ...) mais aussi de détruire un maximum de force armée ukrainienne.
Cette guerre d’attrition est aussi fortement compatible avec la structure du terrain. Dans le Donbass, depuis 2014, l’Ukraine a renforcé les villes pour garantir que les forces autonomistes n’avancent ; ils ont renforcé encore plus quand les russes sont entrés en Ukraine. Mais la technique russe a consisté depuis le début du conflit à créer des chaudrons pour laisser une grande place à l’artillerie ; c’est dans ce domaine que la Russie domine sans partage le conflit, c’est dans ce domaine que la Russie a un avantage considérable, un rapport de feu fortement favorable de 10 à 12.
La préservation des forces russes est un souci, à l’inverse de ce que disent les médias occidentaux et la propagande ukrainienne, aucun pays en déficit de population et n’ayant pas les statistiques d’accroissement favorable enverrait ses hommes à la mort. Les russes s’appliquent depuis le début du conflit à prendre le temps de raser les zones de défense ukrainiennes sans prendre de risque avec l’infanterie, ce qui cause un différentiel du nombre de morts et de blessé très défavorable à l’Ukraine ; dans les conditions actuelles du conflit il est quasiment risible que nous puissions penser que le conflit engendre plus de pertes chez les russes que chez les ukrainiens, le présent est assez significatif, la Russie n’a pas mobilisé depuis 2022 (après l’engagement des occidentaux) alors que l’Ukraine est en mobilisation permanente, allant jusqu’à procéder à des rafles de jeunes ukrainiens pour garnir le front.
Tactiquement, les russes savaient déjà que l’armement anti-aérien fourni par les occidentaux aux ukrainiens (même avant le conflit) leur couterait très cher pour la suprématie du ciel, du moins comme les occidentaux prennent la suprématie du ciel. La difficulté qu’à aujourd’hui l’Occident est de ne pas savoir réfléchir militairement autrement que comme un occidental. Les russes ont prôné une tactique qui leur permet d’avoir l’avantage sur les occidentaux, ils savaient très bien que les occidentaux s’impliqueraient, ils ne savaient pas jusqu’où, mais il ne faut jamais perdre de vue que partout dans le monde les dirigeants gèrent par les risques et anticipent tous les risques qu’ils ont identifié. Or il n’y a pas plus prévisible que les occidentaux.
Autre point important, ce sont les victimes civiles. Il faut bien comprendre qu’il y a très peu de victimes civiles dans ce conflit. En plus de 3 ans de guerre, il y a un peu plus de 12 000 morts civils. En comparaison, si on prend l’Irak, les occidentaux ont tué plus de 20 000 civils en moins d’1 an ; proportionnellement les russes tuent 5 à 6 fois moins de civils que les occidentaux.
J’admets ne pas voir d’autres solutions que d’avancer petit à petit en tuant un maximum de soldats ukrainiens tout en préservant à la fois ses propres troupes et le plus de civils possible.
Mais mon analyse peut souffrir de certaines lacunes. Je ne pense pas que l’objectif de la Russie consiste à avancer rapidement, déjà, comme le signale fort justement Chapoutier, ils ne veulent pas des oblasts tels que la Volhynie et la Galicie, berceau polonais de l’ultranationalisme et du nazisme, et les russes considèrent la guerre comme une prolongation de la politique et la politique comme une prolongation de la guerre, un point qui n’est pas perçu à l’identique chez nous.