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jakem 12 janvier 14:36
jakem

@jakem
Suite, 3—

C’est exactement ce qu’on observe : vous avez des Iraniens qui hurlent des slogans contre le Guide, qui demandent la chute du régime, parfois même qui expriment un désir de rupture totale avec l’ordre islamique, et certains vont vous expliquer que ce n’est qu’une manifestation “contre la vie chère”. Comme si le réel devait, coûte que coûte, rester compatible avec la narration. Ce n’est pas une analyse, c’est une traduction idéologique. Et elle a un avantage : elle évite d’affronter l’idée que des peuples peuvent vouloir autre chose que ce que nous projetons sur eux.

Le Venezuela est le même phénomène. Quand un peuple applaudit la chute d’un régime présenté comme anti-impérialiste, une partie de la gauche occidentale ne se demande pas “que veut ce peuple ?” mais “comment préserver la cohérence du récit ?”. D’où ces scènes presque caricaturales : on organise un meeting “de soutien au Venezuela” en affichant très peu de symboles vénézuéliens, mais une multitude d’autres drapeaux, d’autres causes, d’autres appartenances militantes. Le peuple réel disparaît derrière une coalition de symboles. Et le régime est défendu, non pas pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il représente dans la guerre narrative contre l’Occident.

Donc, au fond, la difficulté d’analyse vient d’une chose simple : reconnaître la réalité iranienne telle qu’elle est oblige à reconnaître que la fameuse “fin de l’Histoire” n’aura pas lieu comme certains l’imaginent. Pas au sens où l’histoire s’arrêterait, mais au sens où l’émancipation n’est pas un scénario unique, et où les peuples ne se soulèvent pas toujours contre le même adversaire.

Et ça, pour cette gauche, c’est une remise en cause existentielle. Parce que si l’ennemi n’est pas toujours l’Occident, si les lignes de fracture passent aussi à l’intérieur des sociétés non occidentales, si des peuples peuvent réclamer une modernité politique qui ne correspond pas à la vision militante occidentale, alors il faut refaire tout le logiciel. Or, beaucoup préfèrent préserver le logiciel, quitte à nier ce qu’ils voient.

Ce n’est pas seulement une erreur d’interprétation. C’est une peur de la complexité. Une peur d’avoir à reconstruire une pensée politique qui accepte enfin que le monde ne soit pas une scène de théâtre où l’Occident jouerait toujours le rôle principal, même quand il s’agit d’une révolution contre un régime local, une théocratie, une oligarchie, ou une tyrannie endogène.



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