@jakem
Suite, 4—
Peut-être plus encore qu’à l’époque du communisme et du bloc soviétique, une partie de la gauche semble convaincue de la fin prochaine du capitalisme et même de la fin nécessaire de la civilisation occidentale ; même quand le réel (Venezuela, Iran, etc) semble donner tort à cette théorie. Pourquoi ? Quelles sont les racines intellectuelles profondes de leur logiciel et où trouvent-elles leurs limites ?
Oui, là-dessus, il faut bien voir la différence de nature entre la période du communisme et aujourd’hui. À l’époque de la guerre froide, on avait un monde structuré, lisible, avec deux blocs clairement identifiés. D’un côté, un bloc qui assumait le capitalisme, de l’autre un bloc qui se présentait comme une alternative totale, idéologique, économique, civilisationnelle, avec ses relais, ses partis, ses intellectuels. La gauche occidentale qui soutenait l’URSS ou ses satellites pouvait au moins dire : « Il existe un autre modèle, il existe un autre camp, et je m’y rattache. » C’était discutable, parfois tragiquement aveugle, mais c’était cohérent dans la logique des blocs.
Aujourd’hui, on n’est plus dans cette configuration. Il n’y a plus de “grand récit alternatif” stabilisé qui se présenterait comme un remplacement crédible du capitalisme à l’échelle mondiale. Et surtout, il n’y a pas, en face, un bloc équivalent qui assumerait explicitement et frontalement : « Nous combattons le capitalisme, nous avons un modèle de remplacement, nous sommes son avenir. » En réalité, même ceux qui critiquent le capitalisme, même certains États qui se proclament anti-occidentaux, ne proposent pas une architecture idéologique aussi structurée que le bloc soviétique. Ils proposent des régimes, des souverainetés, des discours de puissance, des récits identitaires, mais pas un modèle économique universalisable qui ferait système.
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J’arrête là
Olivier Vial est Directeur du CERU, le laboratoire d’idées universitaire en charge du programme de recherche sur les radicalités. Ses différentes publications sont visibles en suivant ce lien