@Krokodilo
Je crains que nous ne parlions pas exactement du même sujet.
Lorsque j’évoque une Russie « largement imaginaire », je ne dresse pas l’inventaire des œuvres diffusées sur Netflix ni des spectacles du Bolchoï. Je parle d’un imaginaire politique et symbolique, d’une représentation condensée en quelques figures rassurantes.
Il n’est d’ailleurs pas indifférent que l’image de couverture de mon article associe Tolstoï et une ballerine russe. Ce choix était délibéré : il matérialise cette Russie patrimoniale, sublimée, culturellement admirée — celle que l’on convoque spontanément dans nos débats.
On pourrait même observer que cette culture « Tolstoïevski » est souvent brandie comme vitrine morale, y compris — et peut-être surtout — par des personnes qui n’ont jamais ouvert Guerre et Paix ni Les Frères Karamazov. Elle fonctionne comme un label de profondeur spirituelle, plus que comme une expérience de lecture. Mais le sujet n’est pas là.
La question est celle du décalage entre cette Russie imaginaire et la réalité contemporaine.La culture qu’un État projette ne se limite pas à son patrimoine littéraire. Elle s’exprime aussi par les actes qu’il exporte.