@jakem
( suite — 2) : La compétence peut d’ailleurs servir de masque à une absence de charisme ou à une véritable arrogance : certes, tel homme est suffisant, hautain, désagréable, et regarde le commun des mortels comme une bande de béotiens bouseux auxquels il faut tout expliquer, mais on lui pardonnera, car il est compétent. Il sera en droit, pour cela, de s’affranchir de l’approbation populaire pour piloter directement le destin du pays à partir des grands corps d’État et autres autorités administratives mises en place pour lui permettre de faire carrière.
Cela n’empêche pas de faire un saut un jour en politique : le compétent résiste difficilement au charme des fonctions gouvernementales, qui, inévitablement, lui permettront de s’imaginer un jour un destin. Il rêve moins du premier rôle qu’il n’aime que, dans les conversations mondaines, certains l’y projettent. Qui résiste au plaisir suave de se sentir « en responsabilité » ? Mais, souvent, notre compétent retournera vers les fonctions technocratiques, garantes d’une vie plus agréable, moins mouvementée. N’est-ce pas là son milieu naturel, d’ailleurs ?
On touche peut-être le noyau de la définition de la compétence dans les sociétés qui ont vu se développer un immense appareil bureaucratique, avec la classe sociale qui va avec. Notre définition sera peut-être un peu moqueuse : la compétence ne consiste-t-elle pas aujourd’hui à pouvoir se mouvoir et, surtout, à savoir grimper les échelons dans l’appareil technocratique sans jamais être comptable de leur échec ou, même, sans jamais être tenu responsable des résultats de ces organisations, à tout le moins, ceux qu’on pourrait souhaiter si on se fiait à leur raison d’être officielle.