Il y a un grand angle mort mémoriel que beaucoup s’efforcent d’occulter ici : pour grimper au cocotier de la morale historique, il faut d’abord s’assurer d’avoir le derrière propre.
Ceux qui brandissent la collaboration de certains nationalistes ukrainiens pour disqualifier tout un pays oublient un peu vite qu’entre 1939 et 1941, le premier allié de l’Allemagne nazie s’appelait l’URSS. Le pacte germano-soviétique a permis à Staline et Hitler de dépecer méthodiquement l’Europe de l’Est : partage de la Pologne, invasion de la Finlande, annexion forcée des pays baltes. Pendant près de deux ans, Moscou a alimenté la machine de guerre nazie en pétrole, en céréales et en matières premières.
Pour les Polonais, les Baltes ou les Ukrainiens de l’Ouest, l’année 1945 n’a pas été une libération, mais le remplacement d’un totalitarisme par un autre, ouvrant la voie à cinquante ans d’oppression soviétique. C’est ce traumatisme de la double invasion qui explique le rejet viscéral des symboles soviétiques aujourd’hui. On ne peut pas donner des leçons d’Histoire à géométrie variable en amputant les deux années de complicité totale entre Hitler et Staline.