@Eric F
A mon avis, sans l’Euro, la contrainte monétaire aurait très certainement arrêté net ce projet des 35 heures en France à l’époque. Si ce projet avait été mis en œuvre avec simplement la monnaie nationale, les marchés financiers auraient anticipé une baisse de la compétitivité de l’économie française, entraînant des ventes de francs et donc une dépréciation de la monnaie nationale. Un franc plus faible aurait immédiatement rendu les exportations françaises moins chères à l’étranger, annulant mécaniquement le surcoût de la réforme sur les marchés export. Mais on aurait eu une inflation sur les produits importés : pétroles, matières premières, biens d’équipement, etc. Cette inflation importée aurait pesé sur le pouvoir d’achat des français, risquant de créer des tensions revendicatives sur les salaires et d’enclencher une spirale inflationniste que la politique du « franc fort » des années 1990 s’était efforcée d’éradiquer. Si le gouvernement avait maintenu sa réforme malgré la chute du franc, la Banque de France aurait été contrainte d’augmenter fortement ses taux d’intérêt pour défendre la monnaie et stopper l’inflation. Cette hausse des taux aurait étouffé la croissance et fait monter le chômage, annulant l’objectif initial de la réforme (créer des emplois), sans parler du secteur financier (banques, assurances qui aurait été mis en difficulté. Les entreprises dépendantes des importations (énergie, composants, équipements) auraient vu leurs marges s’effondrer. L’augmentation du coût du crédit aurait entraîné une hausse des faillites d’entreprises, augmentant ainsi le volume de créances douteuses dans le bilan des banques. Les compagnies d’assurance et les banques auraient aussi subi de lourdes pertes en capital sur leurs portefeuilles d’obligations d’État françaises (OAT - Obligations Assimilables du Trésor).
En conclusion avec une monnaie nationale dans le régime des changes flottants, la France n’aurait pas pu faire la réforme des 35 heures. Et il faut rappeler qu’elle a fait cette réforme au moment l’Allemagne faisait l’inverse (une dévaluation interne pour accroitre la compétitivité). Il était facile de prévoir les conséquences, sauf pour ceux qui nous dirigent malheureusement !