• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Economie collaborative : les dérives d’un modèle non régulé

Economie collaborative : les dérives d’un modèle non régulé

Uber, Airbnb, Blablacar. Autant de noms désormais extrêmement familiers derrière lesquels se cachent d'autres entreprises, petites et grandes, actuelles ou en devenir, de l'économie dite collaborative ou du partage. Plébiscitées par les usagers, ravis de voir les prix baisser, ces start-ups, qui ont bâti leur succès sur les possibilités du numérique, sont néanmoins de plus en plus critiquées. Entre esprit hautement capitaliste et conditions de travail déplorables, leur image se trouve dégradée… le plus souvent à raison.

Uber, Airbnb : entre atteinte au droit du travail et optimisation fiscale

Géant parmi les géants, Uber attire la lumière sur lui. En France, mais aussi à l'étranger, la mise à sac du secteur des taxis a suscité un engouement populaire à peu près proportionnel à la levée de bouclier politique. Attaquée pour une concurrence jugée déloyale, l'entreprise américaine de véhicules avec chauffeurs est dans le collimateur de la justice et des sociétés établies du secteur, prêtes à en découdre, même physiquement. Principalement en cause : Uber Pop, le service permettant à des particuliers d'arrondir leurs fins de mois et d'utiliser leur propre véhicule pour le transport de passagers, quitte à ne pas avoir une formation suffisante et à effectuer de (trop) nombreuses heures de travail pour une faible rémunération, et une absence quasi-totale de protection sociale.

Autre service dans l'œil du cyclone, plus ancien et jusqu'ici peu contesté : Airbnb, le fameux site permettant à des particuliers de louer leur logement à des voyageurs désireux de payer moins cher ou d'éviter les hôtels. A l'instar d'Uber, le succès d'Airbnb a été fulgurant et l'entreprise est mondialement connue. Toutefois, à l'image de bon nombre d'autres géants du web, sa politique d'optimisation fiscale est aujourd'hui vivement critiquée. Comme l'a découvert BFM Business, l'entreprise n'a en effet payé que 97 000 euros d'impôts en France en 2013.

Un chiffre surprenant alors que Paris, la capitale française, est également la ville où la plateforme Airbnb est la plus utilisée, avec 40 000 logements proposés en Île-de-France et que son chiffre d'affaires dépasse largement les 100 millions d'euros. Le gain d'argent est considérable et rendu possible par une implantation de son siège européen en Irlande, pays aux dispositions fiscales généreuses.

De quoi ternir l'image de l'entreprise phare de l'économie du partage, à un moment où les scandales fiscaux s'amoncellent et suscitent une vague de défiance sans précédent en France et ailleurs en Europe. D'autant qu'Airbnb est également accusée de contribuer à la pression immobilière dans les grandes villes, dont Paris. De fait, la tentation est forte pour les propriétaires d'utiliser leurs logements à cet effet plutôt que de les louer aux résidents locaux. La loi du marché est impitoyable et les gains par ce biais sont supérieurs à ceux qui seraient issus d'un loyer mensuel.

Rien de nouveau sous le soleil capitaliste

Loués pour avoir créé une offre économique alternative et pour participer à l'émergence d'un nouveau modèle plus humain, les grands noms de l'économie collaborative ne seraient donc finalement que des entreprises ordinaires, attirées par la rentabilité. S'il est difficile de leur reprocher leur appartenance au système capitaliste en soit, leur image se doit d'être mise à jour et leurs activités, dans certains cas, davantage régulées. Les entreprises françaises ne devront pas échapper à cette logique.

Fleuron de l'économie collaborative française, Blablacar pourrait ainsi être rappelé à l'ordre. Championne incontestée du covoiturage, la société aurait usé de sa position dominante pour tuer dans l'œuf toute velléité de concurrence. Une manœuvre d'autant plus déplorable que Blablacar a introduit un système de commission sur chaque transaction, accroissant mécaniquement son poids financier.

Terminé le mythe naïf de la bienveillance des grandes entreprises du partage. Ces dernières sont ni plus ni moins des start-ups brillantes, parmi les premiers symboles du changement d'ère économique issu de la révolution numérique, et animées par la quête du succès financier. Rien de nouveau sous le soleil capitaliste donc.

Les ériger en exemple ou au contraire en épouvantails serait dès lors une erreur. L'enjeu pour les pouvoirs publics sera plutôt de créer une régulation cohérente et moderne pour ce nouveau secteur économique – plutôt en phase avec les demandes actuelles des consommateurs et aux bénéfices potentiellement conséquents, notamment en matière écologique – que l’on ne peut désormais plus laisser naviguer sans contrôle.


Moyenne des avis sur cet article :  2.2/5   (5 votes)




Réagissez à l'article

8 réactions à cet article    


  • ben_voyons_ ! ben_voyons_ ! 7 septembre 2015 20:22

    Economie ultra individualiste,
    totalement non solidaire...
    Travail non déclaré.

    Aucune cotisation, aucune taxe, aucun impôt perçu...
    Parasitisme à 100 %.

    Signe évident de la dégénérescence de notre civilisation.


    • ben_voyons_ ! ben_voyons_ ! 7 septembre 2015 20:27

      Economie « collaborative » ?

      Les « collabos »,
      le « marché noir »,
      non déclaré, clandestin, illégal, ...

      Que de parallèles...

      Mais tout inversé, puisque maintenant c’est encensé.
      Totale inversion des valeurs.

      Il ne faut pas s’étonner que tout aille mal ici bas.


      • ben_voyons_ ! ben_voyons_ ! 7 septembre 2015 20:43

        Dans tout ça, qui se frotte les mains ?

        Tous ceux qui ont déjà un boulot stable, des revenus réguliers...
        Et du temps libre (merci les 35 heures)...

        Et qui arrondissent, arrondissent, arrondissent...

        Le « partage », ils n’en ont rien à cirer, chacun pour soi.
        Les chômeurs, ils leur chient dessus.

        C’est l’économie ultra-individualiste, dite l’économie « collaborative » (sic), du « partage » (re-sic).

        PS :
        N’oubliez pas et continuez le décodage, devenu obligatoire en permanence ; malgré les définitions des dictionnaires, dorénavant, il faut comprendre
        particuliers = fonctionnaires et assimilés fonctionnaires.

        PS bis : encore plus étonnant !
        Continuez de chercher dans les méandres de l’économie « collaborative », vous allez y trouver peu d’entreprises réelles et sérieuses, avec multiples emplois à la clef, mais surtout des associations, échappant ainsi aux impôts, taxes et cotisations, avec des « bénévoles », avec à leur tête... des fonctionnaires !!! 

        Qu’en pensent les traditionnelles pleureuses sur les chiffres du chômage en France ?

        Je reste prodigieusement perplexe face à ces scandales puissance 1000.


        • rotule 7 septembre 2015 23:13

          Ces organisations de la location entre particuliers sont efficaces. Et elles arrivent à point pour compenser une baisse de prospérité de la classe moyenne, soit en générant des petits revenus non déclarés, soit en rendant accessibles des services ou des produits (ebay, le bon coin).
          Les politiciens ne vont certainement pas toucher à ce qui permet de calmer leurs électeurs. Et si la sécurité sociale s’écroule, leur but sera atteint sans qu’ils aient même à y travailler et à en porter la responsabilité.
          Que du bonheur ! Du pain et des jeux, sans devoir s’en occuper.


          • MagicBuster 8 septembre 2015 10:40

            Le dogme du libéralisme est que le marché régule le marché.

            Tout le monde voit bien que le marché nuit à la majorité des hommes.
            Pourtant la minorité qui en profite, fait semblant de ne pas le voir ou ne se gène pas pour nuire à l’humanité.

            Dans un monde de libéralisme total - Les hommes n’ont (juste) plus leur place.


            • Céline Ertalif Céline Ertalif 8 septembre 2015 12:58

              Le bon versant de l’économie collaborative, c’est qu’elle est économique tout court. La première chose que le consommateur voit, c’est qu’il dépense moins d’argent. Quand vous faites du covoiturage, vous faites rouler moins de voitures et vous faites baisser la consommation de pétrole, et vous découvrez les vertus de la décroissance du volume économique. On peut dire à peu près la même chose avec Airbnb, wimdu, Guest-to-guest, drivy etc.

              Le versant le plus contestable n’est pas dans l’aspect collaboratif de la pratique des acteurs consommateurs et/ou producteurs eux-mêmes, il est plutôt dans le pouvoir concentré par les plateformes qui permettent la mise en relation des acteurs. Ainsi voit-on effectivement quelques entreprises qui ont trouvé le moyen d’améliorer le service en court-circuitant la chaîne habituelle de production, et les prélèvements fiscaux par la même occasion.
              Uber, Blablacar, Airbnb etc... deviennent des lieux incontournables et monopolistiques parce qu’elles rendent un service d’utilité publique. Pas besoin de se demander quel numéro appeler en arrivant à l’aéroport, un clic sur Uber, et tout est beaucoup plus facile qu’avec les taxis et moins cher... Et on découvre que l’État a lui aussi ses ressources sur les transactions (TVA notamment) mais aussi sur quelques corporatismes installés (licences, droits de place, taxe de séjour, etc). Ainsi les pouvoirs publics sont atteints autant que les entreprises. Il en va de même pour la protection sociale, à partir du moment ces méthodes suppriment des emplois.
              Ces entreprises, souvent californiennes, sont supercapitalistes, elles font de la mise en relation mais... bloquent la communication avant le passage par la case carte bleue pour faire leur prélèvement ! En clair, on ouvre la relation directe et négociée du marché mais l’accès au marché (on disait l’octroi au Moyen-Age) est privatisé. Et c’est cela qui est le plus discutable dans l’histoire : nous avons aujourd’hui des entreprises qui gèrent des plateformes de mise en relation qui sont d’intérêt public et des services publics qui ont partie liée avec capitalisme ancien modèle pour leur financement.
              Et ce n’est pas fini. Ces entreprises rendent certes un service public mais sans contrôle démocratique des usagers, c’est un problème. Mais l’État fait-il encore du service public ? Pourquoi n’est-il pas au rdv de ces nouveaux services publics ? Et est-ce que les services publics qu’il assure sont bien sous contrôle démocratique (Education nationale, Trésor Public, Forces armées, Justice, etc) ?

              Rien de nouveau sous le soleil capitaliste ? Ah si ! Beaucoup de nouveau, et pas que du soleil sans le ciel...

               

               

              • Trelawney 8 septembre 2015 14:06

                L’économie Internet représentait en 2011 4200 Milliards de dollars avec une croissance d’à peu prés 100% par an.

                Si les FAI sont implantés dans les pays concernés paient leurs impôts et taxe dans ces pays, il n’en est pas de même pour les sociétés faisant du business sur la toile. Les principaux responsables de cet état de fait sont les états eux même. Ils se moquent pas mal de cette économie qui représente quand même 12% du PIB mondial, car ils la trouvent trop complexe, trop innovante et surtout n’ont aucun recul sur les mesures à adopter pour taxer ce genre d’entreprise.

                Avant de condamner les Uber, RbenB Blablacar, Facebock, Viado ect, ditent vous bien que si elles ne paient pas d’impôts dans les pays où elles font du businesse, c’est simplement parce qu’on ne les a pas interdit de le faire.

                Pour ce qui concerne Uber, Airbnb, Blablacar, vous avez des opérateurs qui réalisent une opération financière totalement traçable (carte visa ou paypal). Les services fiscaux ont actuellement tous les moyens pour connaitre ces transactions. ils n’ont même pas besoin de loi supplémentaires, car cela fait partie de l’arsenal de contrôle qu’ils possèdent. Et pourtant le chauffeur d’UberPop peut s’il le veut ne pas déclarer sans être inquiété et Uber a sa plateforme de paiement en Californie. Et ça ne gène personne.

                Pour le seul exemple d’UberPop, au lieu de mettre une TVA sur les transactions de ce service, on a préféré interdire le service. Comme les utilisateurs UberPop ne prennent jamais le taxi, ça n’a pas permis de protéger la profession des taxis. Par contre comme les anciens chauffeurs Uberpop sont partis avec un carnet d’adresses d’anciens clients, ils peuvent aujourd’hui faire un mailing et continuer « au black » leur petit business. Aussi quand vous sortez de boites et que vous voulez un taxi, il suffit de le demander au videur, il se fera une joie de contacter un de ses potes ancien Uberpop, mais certainement pas un taxi.

                Airbnb vient de sortir la même chose mais pour les restaurants. Vous mangez chez l’habitant. c’est plus convivial, moins cher. le truc et en pleine bourre et fera du tord au restaurant classique.

                Ornicar vous met en rapport avec des moniteurs d’auto école indépendant. Ca vous fait le permis de conduire à moitié prix. Le politique en a rêvé et ornicar l’a fait.

                Idem pour des solutions de pressing et repassage.

                Itou pour réviser sa voiture, bricolage, jardinage.

                Et il y en a encore qui vont dire : « C’est pas bien ils ne paient même pas de cotisations sociales ». ben oui mais le conseil national de la résistance, c’était il y a 60 ans. Il serait temps de se mettre à la page.


                • Céline Ertalif Céline Ertalif 8 septembre 2015 17:36

                  @Trelawney A propos des cotisations sociales : il y a aussi et surtout que quidam voit ce qu’il paie et a de plus en plus de doutes sur ce qu’il retrouvera en retour. C’est le problème de la solidarité, cela fonctionne bien dans une communauté, pas forcément dans une grande structure anonyme. 

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

Auteur de l'article

Clementlabr


Voir ses articles



Publicité



Les thématiques de l'article


Palmarès



Publicité