Je pense que l’agglomération sans fortification du sommet du Mont-Auxois où se trouve le théâtre doit être vue comme un satellite de l’oppidum principal qu’il faut situer dans le bourg fortifié d’Alise-Sainte-Reine juste en face du camp K. La petite fortification découverte par Garenne à la pointe du Mont-Auxois est l’Arce/Citadelle (VII. LXXXIV.) d’où Vercingétorix observe les combats. L’urbs désigne l’ensemble des constructions du Mont-Auxois.
D’une manière générale, la double question qu’on peut poser aux archéologues est : « Où sont passées l’Avaricum gauloise et la Carthage punique ? »
Du point de vue régional, Alise-Sainte-Reine défend l’accès à une ligne de crête qui permet de relier le bassin de la Seine à celui de la Saône quasiment sans risque. Les Gaulois auraient été bien embêtés s’ils avaient dû mener des actions de harcèlement sur les flancs de l’armée romaine cheminant le long de l’ancienne voie « romaine » menant à Sombernon. C’est cela qui fait d’Alésia un site « stratégique ».
Un intérêt du Camp K au pied de la Montagne de Flavigny est qu’il permet également à César de se ménager une éventuelle porte de sortie le long de l’autre ligne de crête menant à Sombernon. Le but initial de César était peut-être de faire croire aux Gaulois que les Romains allaient poursuivre leur route vers la Saône via Flavigny et inciter les occupants d’Alésia à sortir à leur poursuite ?
@ Etirev
Le plus ancienne Alésia, c’est Chypre entourée d’eau. Sa capitale était Kition alias le monstre marin Céto qui a notamment engendré les Gorgones. Et sur le littoral languedocien les Elysiques ont précédé les Volques Arécomiques. On peut aussi se demander si le nom des rivières gauloises Dubis ne vient pas du Dubh sémitique : l’ours. Les rivières Dubis auraient ainsi été baptisées par les Phéniciens qui suivaient les étoiles du Septentrion...
Du point de vue de l’occupation du territoire, ces « Cités » gauloises remontent probablement au Néolithique. Au fil du temps, le développement des routes et la traction animale ont permis d’augmenter les volume transportés mais pas tellement la vitesse et la capacité de franchissement des reliefs. Le rayon entre la capitale militaire et la frontière oscille généralement entre 40 et 80 kilomètres soit une à deux journées à marche forcée.
Corent est une extension du Crest et s’explique dans le contexte de transition de l’époque. A l’image d’Avaricum, les villes gauloises commençaient à fortement se développer mais il est possible que les élites militaires rechignaient à y transférer le siège du pouvoir. Les sites comme Corent ont pu être imaginés par les Druides pour servir de lieu de débat « neutre ».
Je suis persuadé qu’à l’époque de César, il existait déjà chez les Arvernes une grande métropole commerciale. Si elle n’était pas sur l’actuelle butte de Clermont, elle devait se trouver sur le Puy de Montaudoux ou sur un site tout proche. A partir du IIIème siècle, les grandes agglomérations commerçantes de Gaule se sont emparées du leadership politique de la cité. La nouvelle capitale prenant souvent le nom du peuple qu’elle gouverne.
Je me rends d’ailleurs compte qu’en situant la capitale militaire ségusiave à Donzy du fait de sa proximité avec Feurs, je raisonne à l’envers. Il faut d’abord identifier la capitale militaire puis la trame administrative qui s’est mise en place autour. Bien qu’historiquement intéressant, la configuration topographique du site de Donzy paraît un peu faible comparée au Crest et à Mont-Saint-Vincent. C’est peut-être de l’autre côté de la plaine, au pied du « rempart » des Monts du Forez à Marcilly-le-Chatel qu’il faut situer la capitale militaire ségusiave.
La description que donne Strabon (XII.V.) de la Galatie d’Anatolie peut nous aider à comprendre la fonction des sites gaulois. Situé au bord de l’Allier, au centre symbolique du territoire, Corent apparait comme le Drunemeton des Arvernes. Cependant sa localisation est liée à celle de la capitale militaire de Gergovie au Crest. On trouve un exemple similaire très facilement identifiable chez les Volques Tectosages avec le duo Fanjeaux (capitale militaire) et Bram (Drunemeton). Idem chez les Ségusiaves avec Donzy et Feurs.
Les druides étaient particulièrement portés sur la géométrie et il est probable que non seulement le chef-lieu de cité était situé en un lieu déterminé par leur soin mais également ceux des 3 X 4 pagus qui la composaient. La croix occitane qui orne le blason de Fanjeaux n’aurait-elle pas conservé le souvenir des douze pagus gaulois ? Des sites comme le plateau de Merdogne, Joeuvres (Saint-Jean-Saint-Maurice-sur-Loire), le Mont-Beuvray ou Chateloy (Hérisson) sont probablement d’anciens « omphalos » de pagus gaulois.
Vous avez sûrement raison en ce qui concerne les Ambarri du Livre I et les Ambivareti du Livre VII de la Guerre des Gaules, il s’agit bien du même peuple. Les monnaies montrent que les transcriptions des noms gaulois dans les textes latins étaient parfois approximatives. Si on remonte aux diocèses gallo-romains héritiers des cités gauloises, on constate qu’il n’y a pas plus de place pour les Ambivareti dans le Nivernais que dans le Bourbonnais.
Cette région était à la jonction des diocèses de Clermont (Arvernes), Autun (Eduens), Bourges (Bituriges), et Auxerre (Aulerques Brannovices). Le Mont-Beuvray était sans doute à l’origine un poste frontière des Aulerques Brannovices (capitale militaire à Lormes ?) surveillant la vallée de l’Arroux. Les Arvernes s’en empare, il devient Gorgobina, la petite Gergovie. Les Eduens la récupère, elle devient la Montagne de Bibracte dans le sens où elle dépendait de Bibracte.
Cette logique « diocésaine » donne un résultat particulièrement convaincant chez les Ségusiaves avec la capitale militaire centrale à Donzy (commune de Salt-en-Donzy) juste à côté de l’omphalos de Feurs. Et non pas deux pagus autonomes de chaque côté de la Loire comme je le pensais jusqu’ici.
Ce sont bien les cités gauloises qui formaient un tout cohérent et les pagus n’en étaient que des subdivisions aux contours fréquemment redessinés et dont les grandes seigneuries médiévales étaient les lointaines descendantes. Au Moyen-Age, on aurait pu dire par anachronisme que le territoire ségusiave se partageait entre les quatre principaux « pagus » du Forez, de Lyon, de Beaujeu et de Savigny.