oui, et celà rappelle aussi les conditions d’embauches des ramasseurs de latex dans les plantations d’hévéa au Brésil naguère (et peut-être encore aujourd’hui) :
vous aviez des rabatteurs qui parcouraient les régions déshéritées en promettant du travail, et monts et merveilles, aux manoeuvres les plus pauvres ; tout était offert, et les frais du voyage vers les plantations avancés par le futur patron :
c’était le début de la dette, que le cueilleur devait rembourser par son travail, avant de faire fortune !
Sur la plantation, le système était simple : le ramasseur était payé à la pièce, au poids de latex ramassé ; il n’était pas salarié, mais « à son compte », en quelque sorte ; tout son approvisionnement, nourriture, habits, alcools,médicaments, etc, était acheté, d’abord à crédit, au magasin de la plantation ; celle-ci était tellement immense et située dans des zones reculées, qu’il était impossible de s’adresser ailleurs, et chaque cueilleur avait donc son compte dans ce magasin, crédité par ses « gains ».
Et c’est ainsi que, bizarrement, mystérieusement, la consommation de ces pauvres gens dépassait toujours leurs revenus, et donc que, loin de s’enrichir, il s’endettaient toujours plus, à perpétuité...
Celà accompagné, bien sûr, d’une culpabilisation permanente vis à vis du patron tellement généreux, et d’un service d’ordre plus que musclé.
Et voilà comment, astucieusement, on rétablit l’esclavage...
Absolument d’accord avec vous ; mais, curieusement, c’est une chose qui n’est pas « politically correct » aujourd’hui, et qui ne saurait être abordé dans un débat électoral...
perte de vitesse du FMI et de la Banque Mondiale ? Excellente nouvelle, mais seulement si les économies du Tiers-Monde trouvent d’autres sources de financements qui soient fiables et qui leur permettent de rester autonomes ; il ne faudrait pas trop rêver...
Je crois, quand à moi, que ces péripéties sont plus des symptômes que des causes : elles sont le signe d’une continuation de l’érosion de la structure occidentale moderne.
C’est peut-être à court terme plus inquiétant que rassurant : celà peut mener au développement des tendances les plus radicales et les plus belliciste de ce monde occidental ; il ne faudrait pas s’imaginer qu’il acceptera de perdre sa prédominance sans tout essayer pour l’éviter, et la guerre peut devenir son dernier moyen de fuite en avant pour éviter de tomber.
Les dix prochaines années paraissent dangereuses...
Quoiqu’il en soit, on ne peut que constater que les seuls pays non occidentaux à avoir réussi à percer en matière d’économie, essentiellement le Japon, les « petits dragons », et maintenant la Chine, sont ceux qui se sont appliqué des préceptes de développement diamétralement opposés à ceux prônés et imposés par le FMI aux gouvernements trop faibles pour y résister.
La morale de l’histoire, c’est que les pays en émergence, en particulier africains, devraient avant tout suivre une politique d’autonomie vivrière et de production, et conserver un minimum de protectionnisme pour éviter de tout sacrifier à l’exportation ; mais seule une solidarité et une entente commune pourrait leur en donner les moyens.
Et ils devraient aussi se méfier de leurs milieux gouvernants, « noirs dehors et blancs dedans » selon l’expression de Mme Aminata Traoré, trop influencés par leur formation et leurs études dans les universités occidentales...