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Bérenger

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  • Premier article le 13/08/2007
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  • Bérenger 3 septembre 2007 11:13

    Je crois qu’on n’est jamais informé que sur ce qui nous intéresse, selon les sources qu’on se choisit en fonction de sa propre sensibilité, de ce qu’on a d’abord envie d’entendre, qu’il s’agisse des blogs, des médias parallèles, alternatifs ou de ceux que l’on qualifiera d’officiels.

    Je sais des braves gens qui, à longueur de matinée, écoutent leurs semblables réagir « à chaud » sur l’actualité par le truchement de la ligne surtaxée de RMC INFO et du bagou lénifiant de son animateur-journaliste-vedette. Cette radio, ils n’en décrocheraient pour rien au monde car elle est la seule à dire tout haut ce que « tout le monde » pense. Cette radio sévit dans beaucoup de bistrots et de petits commerces. Elle se veut le reflet de l’opinion de la « France d’en bas » sur tout ce qui fâche, sépare, fédère les braves gens, cimente ou détruit leur petit monde. En fait elle n’informe pas, elle fabrique des parts de marché à partir d’une matière pas chère et rentable, l’opinion populaire. Si cette radio informait réellement, dans le sens le plus pointu, le plus documenté, le plus froidement objectif du terme, l’écouterait-on ? Je ne le pense pas, parce que d’après moi, la plupart de nos semblables se foutent de savoir ce qui se passe vraiment dans le monde qui les entoure. Seul les intéresse ce qui touche à leur petite vie, et ce dans quoi ils peuvent trouver matière à projection de leur narcissisme. Pourquoi voulez-vous qu’on s’étende des heures sur la voiture piégée qui a tué deux cents personnes à Tikrit, quand le téléspectateur préfère qu’on lui parle des vacances de son idole du moment dans un coin perdu du New Hampshire ?

    A part quelques vieux croûtons liquéfiés du bulbe, personne n’est encore dupe aujourd’hui de la validité de l’info dispensée au JT, n’importe lequel. Sachant quel est le niveau de collusion entre les intervenants, les chaînes qui les emploient et les pouvoirs en place, c’est en connaissance de cause, en toute conscience qu’on se laisse vendre du non-évènement trafiqué, frelaté, mis en scène et complaisant. A ce stade-là, on ne peut même plus parler de propagande idéologique. C’est de la caricature pure et dure, qui a plus à voir avec la série des « Gendarmes » qu’avec le bourrage de crânes. L’ubiquité de tel président jogger, ses attitudes d’acteur calculées comme pour séduire un public plutôt que des administrés ; l’accent mis sur le caractère bon enfant du sport et des sportifs, cette camaraderie de façade dans une sorte de vaste cour de récréation où on se balance des vannes avec l’accent et où on se tape les endosses en s’efforçant de ne pas avoir l’air de trop se prendre au sérieux ; les pauvres qu’on nous montre sous des traits néandertaliens, comme jadis les cirques montraient des négresses callypiges, et qu’on nous présente qui comme une faune parasitaire qui comme des exemples de rédemption (parce qu’ils « acceptent » des stages, « font des formations », « veulent s’en sortir ») ; ces micro-trottoirs où les gens du commun ont des allures si communes, c’est à dire si ordinairement moches, et qui ne semblent capables que de proférer lieux communs et banalités sur les choses communes et banales qui composent l’ordinaire des micro-trottoirs, comme pour pour nous incliner à faire la comparaison entre eux et les people, cette élite médiocrasse éternellement jeune et désinvolte, avec ses filles à la plastique irréprochable et ses minets aux silhouettes élancées. Voyez comme vous êtes, regardez ce qu’ils sont.

    Et je m’en tiens là aux exemples les plus significatifs.

    Alors oui, s’abstraire de ce monceau d’ordures pour lire des essais, des romans, voir des spectacles dont on ne nous matraque pas les promos, tâter soi-même du réel en le parcourant à pied, tenter d’y comprendre quelque chose avec le recul que confère l’exil, géographique ou intérieur. Faire abstraction de ce qui est dit, commenté, expliqué de source officielle. Car au fond on n’est jamais informé. Apprendre en léger différé qu’il s’est passé quelque chose de terrible à New York un 11 septembre 2001 n’implique pas que l’on sache ce qu’il en est du pourquoi du comment du 11 septembre 2001, comme de l’explosion d’AZF à Toulouse dix jours après. Je sais qu’il s’est passé ceci, mais je ne saurai sans doute jamais pourquoi cela s’est passé. Je ne suis donc jamais véritablement informé. Et le serais-je, cela me donnerait-il davantage de prise sur ces évènements ?

    C’est là que s’exprime un conflit entre stoïcisme et indifférence. On peut se dire qu’on s’en fout, que le monde peut tourner sans nous, qu’on ne peut rien y faire, que c’est comme ça, que les gens sont ceci ou cela. Et se replier sur soi, son propre quotidien, là ou on est. Dont on ne sait rien de plus, là encore, sur quoi on n’est pas plus informé. Car la presse locale, à part les accidents de la route, les fêtes patronales, l’Etat-Civil, les petites gloires autochtones du sport et de l’art, que nous dit-elle de ce qu’on aimerait apprendre des questions d’intérêt général tels que le pourquoi du choix de telle compagnie plutôt que de telle autre, fait par une municipalité pour ce qui concerne la distribution de l’eau ou le ramassage des ordures ? Et des implications de pareils choix en termes de coût pour la collectivité ? Pourquoi la ville voisine a t-elle choisi de se doter d’une régie municipale autonome, et pourquoi la nôtre a préféré se joindre à une communauté de communes favorable à des options disons libérales ? Et quand bien même cette presse locale remplirait-elle le rôle que nous aimerions lui voir tenir, qu’est-ce que ça changerait à l’augmentation annuelle de la TEOM ou de l’abonnement forcé à la compagnie des eaux choisie par le conseil municipal de la ville, du village où on est ?

    Rien, puisqu’on est désespérément seul à râler dans son coin.

    J’ai le sentiment que cette solitude que nous pouvons ressentir devant les évènements ici ou là bas, et la sensation de flou écoeuré que l’on peut retirer à côtoyer l’information sont deux phénomènes liés. Que je sois informé ou désinformé, c’est toujours en vain. Quoi qu’il se passe, que cela me passionne, me fascine, m’indispose ou m’indigne, je suis seul avec ça. S’il peut y avoir échange autour de ce semblant de fragment de réel supposé, ce sera pour meubler, comme on parle de la pluie et du beau temps. Cela n’est porteur d’aucun projet, ne saurait suffire à fédérer autour d’une action. On en parle pour se dire quelque chose mais ça ne va pas plus loin, et on passe bien vite du stoïcisme à l’indifférence.



  • Bérenger 3 septembre 2007 07:43

    J’ai collaboré plusieurs années à une assos’ dont le but était de fabriquer un petit journal pas cher que les SDF de ma région pouvaient vendre à la criée. Une feuille sympa, locale, avec de la BD, des poèmes et des nouvelles pondus par eux, et les lecteurs soutenant cette initiative. Parallèlement je récoltais des couvertures pour les clodos, les vrais de vrais, qui dormaient en bas de chez moi, et à qui je proposais, avec l’accord de mon proprio (ancien déporté qui en avait vu d’autres), de venir passer la nuit dans le porche fermé de mon immeuble (ce à quoi ils se sont toujours refusés). Je dirigeais les malades vers des dispensaires gratuits, avec un plan et un petit mot pour ceux qui ne maîtrisaient pas notre langue. Action individuelle et irréfléchie de ma part. Je percevais l’existence d’un problème, je disposais de temps pour aider à le résoudre à mon petit niveau, point barre. Je précise au passage que ça se passait à Cannes, où les autorités municipales RPR de l’époque (fin des années 90), étaient assez tolérantes à l’égard des SDF. J’ajoute qu’en six ans de présence « sur le terrain », je n’y ai pas vu l’ombre d’un travailleur social, pas l’ombre non plus d’un militant à keffieh.

    Les gars et les filles qui vendaient le journal à la criée (et croyez-moi, pour certains d’entre eux cela représentait un gros effort, et un appréciable gain d’estime de soi quand au bout d’un moment le passant les accostait pour leur demander quand sortirait le prochain numéro) n’auraient pas demandé mieux que de retrouver un travail. Mais pas en passant par la case ANPE : les « petits boulots » réservés aux RMIstes, avec salaire remboursable l’année suivante à la CAF pour cause de barème de ressources, ils avaient donné. Certains ont obtenu un job chez les commerçants du coin. Quant aux clodos de chez Clodo, il y en avait. Des camés, des alcoolos terminaux, des malades mentaux. Ceux que certains d’entre vous qualifient d’irrécupérables. Mais là, c’est le système médico-social qui est en cause, pas le bon vouloir de ces gens-là à s’insérer. L’incapacité à soigner, à prendre en charge sur la durée, à traiter les maux qui font la marginalité dure, dans un contexte où l’hôpital est devenu une entreprise et où dispenser des soins se doit d’être une activité rentable. Si ces personnes commettent un trouble à l’ordre public, elles sont dirigées vers un service psychiatrique qui va les garder une semaine, un mois, selon leur état, avant de les relâcher dans la rue, faute de structures, de moyens, de personnel qualifié. Après, il est vrai que l’institution peut agir au compte-gouttes, question de moyens là encore. Un ami SDF, un guitariste qui se produisait chaque soir à la terrasses des cafés, s’était vu proposer un logement par le CCAS à l’issue d’une longue procédure, et avec l’appui d’une assistante sociale. Mais il avait fait l’effort de monter un dossier, ce qui n’avait pas manqué d’être « reconnu ». Pourtant, le guitariste en question était un alcoolo invétéré, et il lui arrivait de délirer des heures à haute voix.

    Dans le domaine de l’exclusion, on frise bien souvent l’irrationnel, on a affaire à des cas de figure singuliers, c’est trop facile de schématiser et de qualifier tous ces gens de fainéants, d’épaves, de parasites. On a des accidentés de la vie, on a des cas pathologiques que les structures existantes ne suffisent pas à traiter, on a des désaffiliés, c’est à dire des gens qui ne pousseront plus la porte d’un bureau, qui n’effectueront même pas les démarches nécessaires à l’obtention de leurs droits, tout ça parce qu’ils auront été reçus, un jour, par un fonctionnaire qui les aura tutoyés, rudoyés, déconsidérés.

    Il faut voir comment sont reçues certaines personnes handicapées, parfaitement intégrées, ayant un logement et s’impliquant dans la vie associative, par les agents administratifs des Cotorep pour qui elles ne représentent qu’un dossier assorti de certificats médicaux soupçonnés être de complaisance. J’ai connu un jeune, venu se renseigner dans le but de créer sa boîte, à qui son interlocutrice a demandé s’il savait lire et écrire. Un gars, convoqué à une commission d’obtention du statut de « travailleur handicapé », s’était entendu dire qu’« on avait décidé pour lui » de son orientation dans quelque lointain centre de rééducation (où au final il n’a jamais mis les pieds), vu qu’il n’était pas en mesure de décider tout seul. Il faut voir aussi comment certains responsables de structures relevant de l’insertion traitent les RMIstes qui viennent les trouver, quels gadgets de misère, du genre « mise à niveau » ils leur proposent, moyennant la très hypothétique perspective d’un petit boulot de plus. Il faut voir avec quelle lenteur sont instruits les dossiers d’allocation, le mal qu’ont certaines personnes à la rue, et désireuses de s’en sortir, à obtenir une HLM... pendant que certains dossiers « appuyés », touchant à des familles nettement moins défavorisées, aboutissent en quelques semaines (je pense à certaine cité HLM de Grasse, dans les Alpes-Maritimes, où ont trouvé aisément à se loger des profs, des cadres hospitaliers gagnant 2500 euros par mois, plusieurs responsables de MJC, certaine animatrice d’une « radio libre » financée par la CAF et la CGT, et quelques cadres retraités de la Fonction publique, assez aisés pour posséder un camping-car... ).



  • Bérenger 3 septembre 2007 06:38

    Bon, la LDH y est tout de même allée de son petit paragraphe, histoire de ne pas voir trop d’affiliés rendre leur carte à la prochaine assemblée générale. D’habitude, quand il y a infâmie, y compris en République des passe-droits de l’Homme, on se porte partie civile à la LDH. A part ça, Attac, le MRAP, les alters, Noël Mémère, ceux de la petite gogôche clientéliste, l’Armée du Salut, les collectifs de ceci et de cela, Emmaüs (!)... silence radio. Mais c’est vrai qu’ils auront à faire d’ici quelques semaines, entre l’élection de Miss France et les fêtes de fin d’année, époque où traditionellement le peuple y va de sa petite larmichette à la santé de ces pauvres z’SDF qu’ont même pas de domicile fixe ni de boulot ni rien. Y’aura des quêtes, des déclarations et des télés sur le terrain qui nous montreront de ces gueules à faire peur au travailleur un peu retors (s’il en reste) qui serait tenté de la ramener. Car au fond ça sert à ça, les SDF. Ils ont beau puer, il ont un rôle social à tenir. Celui d’épouvantail à revendic’.



  • Bérenger 2 septembre 2007 11:01

    Détrompez-vous. Si le système que vous décrivez fonctionnait si bien, le RMI appartiendrait au passé et le gouvernement en place n’aurait pas besoin d’un alibi social du genre Martin Hirsch pour y aller de sa petite mesurette (RSA) en faveur de la réinsertion des exclus, mesurette promise au même destin que toutes celles qui ont précédé (CIE, CES, CRE, RMA).

    Au fait, M.Borloo a t-il publié un bilan de cette dernière mesure ? Non. Il a sagement évité de nous dire qu’elle s’était soldée par un échec retentissant. Et on passe à la suivante. A laquelle d’autres succèderont.

    L’éternel marronnier du « volet insertion »... ou comment s’avouer, et l’avouer aux uns comme aux autres, que l’insertion professionnelle du pan le plus déshérité de notre population ne relève jamais que de la mythologie. Comment insérer quand il n’y a pas de boulot ? Ou qu’il est impossible d’en créer parce que ça coûte cher et qu’on sait ne pas pouvoir attendre de travail de qualité de la part de quelqu’un qu’on n’a pas les moyens de rétribuer décemment ? Quand l’accès à la formation, décrite comme la panacée, se révèle être un véritable parcours du combattant pour quiconque n’a pas occupé d’emploi depuis longtemps, et dont le niveau d’études est insuffisant ? Les entreprises d’insertion ? Fussent-elles gorgées de subventions, elles ne proposent que du petit boulot sous-salarié, bref, de la misère en tranches, des bouts d’emploi, et encore même pas sur la durée. S’ajoutent des problèmes de mal-logement, d’impayés chroniques, d’endettement, de santé, et d’une impossible mobilité. A t-on seulement prévu un dispositif permettant aux RMIstes et autres bénéficiaires de minima sociaux de passer leur permis de conduire à moindres frais ?

    Les pis-aller associatifs. Les vains mots majuscules. Les bonnes intentions réitérées à perte de salive. Et cette vieille incapacité de notre archaïque bureaucratie française à produire du concret dès qu’un problème est central, crucial, vital. Incapacité noyée dans la salutaire parlotte.

    On refile aux recalés du système à peine de quoi survivre. On se plaint que ça coûte cher à la collectivité (qui contribue déjà, il est vrai, au train de vie princier de ses élus). Les politiciens démagos appellent ça de l’assistanat et nous ressortent à l’occasion la vieille parabole du poisson et de la canne à pêche. Pendant ce temps, rien ne bouge. On en est toujours à inventer de nouveaux noms au sous-emploi et aux demi-salaires. Et l’exclusion en France va sans cesse s’aggravant. Heureusement qu’il y a des bénévoles, se félicite t-on. Et la bonne conscience est sauve, même si rien ne bouge.



  • Bérenger 2 septembre 2007 09:51

    Tous tant que nous sommes, nous voilà à épiloguer à qui mieux mieux sur ce qui ne PEUT ni ne DOIT être assimilé à un banal fait-divers, et qui relève du fascisme pur et dur. Cela s’est produit en France. Molthron est un élu du peuple français, membre d’un parti politique majoritaire à l’assemblée nationale française. Et nous nous contentons de disserter. Nous débattons.

    Je trouve que ce serait à Molthron et à ses acolytes de devoir se débattre devant une cour de justice, de préférence supranationale.

    Si les faits reprochés à cet individu s’étaient produit au Maghreb, à Cuba, au Texas ou en Corée du Nord, nous aurions des dizaines d’associations et de représentants de partis de gauche dans la rue, armés de banderoles dénonçant une intolérable atteinte à la dignité humaine. Des pétitions seraient organisées, les autorités tutélaires des Droits de l’homme saisies. Mais c’est en France que ces choses-là se sont produites. Chez nous.

    Et on se contente d’en parler.

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