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Daruma

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  • Daruma 9 janvier 2020 12:15

    @Pierre

    Il est intéressant d’observer que personne, du moins à ma connaissance, ne s’est penché sur le cas des anti-complotistes intégristes. Leur virulence à condamner et leur rapidité à dégainer l’anathème « complotiste » ou « conspirationniste » est suspecte, sans parler de la malhonnêteté intellectuelle de certains qui, pratiquant sciemment l’amalgame, mettent dans un même panier ceux qui pensent que Kennedy a été victime d’un complot et ceux qui croient que la Terre est plate. Mais personne ne s’interroge sur le caractère suspect de ce conformisme spontané.

    Ce qui est frappant chez les anti-complotistes c’est leur schizophrénie : ils sont d’un scepticisme extrême envers les thèses qu’ils jugent fausses car trop dérangeantes ou trop invraisemblables à leurs yeux, mais sont d’une confiance quasi aveugle envers ceux qui nous dirigent : les versions officielles sont vraies car ils ne voient pas pourquoi on (les gouvernants et les médias) nous mentirait ; la magie du consensus qui vient d’en haut a le même pouvoir de persuasion que celui des parents pour leurs enfants : papa et maman l’ont dit, donc c’est vrai. Cette confiance aveugle relève non pas de la raison mais de la foi. Pour moi elle s’apparente au fanatisme religieux. C’est un nouveau fanatisme mais sans religion. Le terme « complotiste » est alors l’équivalent, dans sa valeur d’usage, du terme « hérétique » : dénoncer une théorie du complot s’apparente furieusement à la dénonciation d’une hérésie. Petit aparté : leur dire que le terme « conspirationniste » a été créé à dessein par la CIA (pour discréditer toute contestation des mensonges officiels) n’a quasiment aucun effet sur eux. Un petite lumière s’allume mais cela ne dure que quelques secondes.

    On peut penser que je vais trop loin, que j’exagère. Mais ça n’est pas tant que ça de l’exagération quand on observe les choses de manière globale. La vision du monde de l’anti-complotiste s’appuie sur le postulat implicite que l’humanité est gouvernée par le vrai et le bien, et que le mal n’est qu’un ensemble de phénomènes à la marge, une sorte de déchet dans la production globale du vrai et du bien, et que donc le complot est l’exception et non la règle. La vision du monde du « complotiste », à l’opposé, s’appuie sur le postulat que l’humanité est dirigée par la fausseté et le mal, que le complot est la règle et non l’exception, et que le bien n’est qu’un ensemble d’intermèdes très courts et vite réprimés, un ensemble de foyers de résistance attendant patiemment que le mal soit vaincu ou dépassé, que ce soit sous la forme d’une libération personnelle ou sous la forme d’une libération collective.

    Pour ma part, je pense qu’il est plus sain et plus prudent de considérer, dans une forme de pessimisme rationnel fondé sur un examen lucide du réel, que le triptyque sexe/argent/pouvoir est trop puissant pour permettre un monde transparent dans lequel la vérité des versions officielles serait plus plausible que leur fausseté. C’est un principe de précaution.



  • Daruma 13 décembre 2019 23:14

    @samy Levrai
    Les ultra-nationalistes et les pro-occidentaux ukrainiens (Dieu merci encore minoritaires) sont aussi fous que les Démocrates aux Etats-Unis. Les défaites d’Ilovaïsk et de Debaltsevo, ce doit être pour eux un sujet tabou, comme parler d’Alésia à Abraracourcix. Ils ont choisi de vivre dans un monde parallèle et dans une histoire parallèle Avec eux, après deux bouteilles de vodka, tu peux leur dire que le petit chaperon rouge était une fillette ukrainienne et que le loup était russe, ça passe...



  • Daruma 13 décembre 2019 22:52

    Comme je le prévoyais, le sommet au format Normandie a accouché d’une souris. Comment pouvait-il en être autrement ? L’État profond américain a retiré, contraint et forcé, ses sales pattes de la Syrie. Il fallait être bien naïf pour s’imaginer qu’il allait retirer, de son plein gré, ses sales pattes de l’Ukraine…
    Les enjeux géopolitiques sont trop importants pour la mafia globaliste qu’on appelle le Deep State. Ils ont fait tant d’efforts et investi tant d’argent pour déstabiliser l’Ukraine puis pour s’en emparer... George Friedman, du Stratfor Institute (agence de renseignement privée déguisée en think tank), l’a même avoué il y a quelques années :


    “Russia calls the events that took place at the beginning of this year a coup d’etat organized by the United States. And it truly was the most blatant coup in history.”


    Bref, nous avons un sommet au format Normandie dans lequel on fait semblant de ne pas savoir qui tire les ficelles. Ce conflit a été préparé de longue date par Washington et il continue à l’alimenter, même si Trump est « au pouvoir ». Le Deep State n’a pas retiré ses griffes de l’Ukraine, et Trump n’a apparemment pas les moyens de s’opposer à lui. Donc on assiste à un jeu de dupes dans lequel les participants nous font croire qu’ils peuvent régler le conflit sans s’attaquer à la cause du problème, c’est-à-dire sans mettre hors d’état de nuire celui qui s’oppose à la résolution pacifique du conflit.
    Je pense que tant que l’État profond américain n’aura pas été vaincu, ou au moins sérieusement affaibli, il n’y aura pas d’avancée significative dans le processus de Minsk.



  • Daruma 27 septembre 2019 20:43

    @Daruma Je voudrais ajouter que les gens ici qui ont le câble reçoivent les chaînes de télé russes. Ma femme et moi nous n’avons pas la télé depuis plus de dix ans (nous nous en portons très bien car nous lisons beaucoup) et nous nous informons sur internet. Mais mes beaux-parents regardent les chaînes ukrainiennes et également les chaînes russes sur le câble, comme beaucoup de gens. Ils savent très bien qui leur ment et qui leur dit la vérité : il leur suffit de comparer le traitement de l’information côté chaînes ukrainiennes et côté chaînes russes.
    Je voudrais également dire que j’en ai vraiment marre du relativisme qui consiste à dire qu’il n’y a pas d’agresseur et d’agressé, que les torts sont partagés, que tout le monde fait sa propagande, et qu’il faudrait donc faire une espèce de moyenne entre ce que disent les uns et ce que disent les autres pour s’approcher de la vérité. Il est vrai que la réalité est souvent quelque chose de complexe, mais pas toujours, pas ici : quelquefois les choses sont très simples, et l’agresseur est facilement identifiable, sauf à verser dans un relativisme qui confine au nihilisme. Cette rhétorique du « tous coupables » m’insupporte. C’est la rhétorique du discours consensuel qui se pare de tolérance pour paraître raisonnable, du discours pondéré qui se donne bonne conscience en se faisant passer pour impartial, du discours qui permet de nier la réalité à peu de frais pour la conscience, du discours du paresseux qui croit s’en tirer à bon compte en ne froissant personne, en ne se mouillant pas. Les bombardements des FAU (Forces Armées Ukrainiennes) sont quasi quotidiens, et les tirs de riposte de la part de la RPL et de la RPD, qui sont tout à fait légitimes, ne sauraient être traités sur un pied d’égalité avec les bombardements kiéviens qui visent indistinctement militaires et civils du Donbass, et dont le seul but est de terroriser et de décourager les populations visées. Ironie suprême, de type orwellien : l’opération s’appelle OAT (opération anti-terroriste) alors qu’elle n’a d’autre but que celui de terroriser les populations civiles afin de, au mieux les tuer, au pire les faire fuir.
    Bien sûr, la fabrication du consentement, mise en lumière et dénoncée par Noam Chomsky et Edward Herman, existe partout, et elle n’est l’apanage d’aucun pays en particulier. Mais, dans la guerre civile ukrainienne, ce qu’il faut bien comprendre c’est que la Russie n’a même pas besoin de mentir ni de travestir la réalité, elle a juste à rapporter les faits : quand on voit une baboushka morte, les pieds explosés jusqu’aux tibias par une mine installée pendant la nuit dans son jardin potager, on n’a pas besoin de faire des mises en scène comme le font les casques blancs en Syrie. Qui peut dire qu’il s’agit là, non pas d’un acte de guerre mais d’un crime de guerre ? Quand un obus atteint une cour d’école et tue quelques enfants, là non plus on n’a pas besoin de fabriquer une « narrative » pour accuser le coupable, les faits parlent d’eux-mêmes.



  • Daruma 27 septembre 2019 16:31

    @REMY Ronald Il n’y a pas de conflit entre la Russie et l’Ukraine. Je vis en Ukraine. Les gens, ici, ne sont pas dupes, ne sont plus dupes : ils savent très bien qu’il s’agit d’une guerre civile entre une petite partie de l’Ukraine, le Donbass, qui est soutenue par la Russie, et le reste de l’Ukraine, qui est contrôlé par les USA.
    La majorité des Ukrainiens (voyez le score de Zelenski) en ont assez que leur pays serve de bélier contre la Russie. Ils n’ont pas besoin d’adorer la Russie pour ça, il leur suffit de voir que leurs conditions de vie se sont fortement dégradées. Je vois tous les jours des gens qui fouillent dans les poubelles pour trouver de quoi manger. Ma femme m’a dit qu’elle n’avait pas vu ça depuis la perestroïka. Les gens sont parfaitement conscients du fait que les Américains et l’OTAN se fichent complètement de leur sort, et ils savent aussi qui dirige en réalité leur pays. À part les nationalistes fanatiques, il n’y a personne ici pour penser que le Maïdan a été une bonne chose. Le problème est que c’est cette infime minorité soutenue par l’occident qui impose le conflit et la haine de la Russie.
    Le magasin où nous faisons nos courses c’est un Wellmart (genre d’Intermarché), alors qu’avant le Maïdan c’était un magasin ukrainien. Et les policiers portent le même costume que les policiers américains. Mais même sans ça les gens comprennent ce qui se passe.

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