Votre explication était courante dans le premier tiers (ou jusqu’à la première moitié) du siècle dernier. Elle faisait déjà fureur au 19e siècle. Mais elle est actuellement complètement abandonnée en anthropologie.
Vous imaginez, vous, des porcs et des sangliers courir en Arabie sous 50ºc ?
Mais je ne comprends pas le sens de votre dernière phrase : " Il y a de l’excès des deux côtés.
C’est du bon oeucuménisme suivi d’une sympathique charité chrétienne
Bref, de bons sentiments qui peuvent être tempérés par les apports critiques de tout le monde (mais je pense que le fil va être très vite trollé par les usual cybermuslims).
- dans les années 80, la pratique du jeûne chez les jeunes "issus de l’immigration" était entre le négligeable et l’inexistant ; du moins, elle était marquée par une forte pudeur et discrétion. Ce n’est plus le cas maintenant.
Il faudrait rappeler le côté "rite de passage" que sanctionne le Ramdan dans les communautés musulmanes : ça marque indirectement votre acceptation dans le monde adulte.
... mais comme vient de le faire remarquer Lambert, la bêtise est la chose la mieux partagée dans cette affaire : grande nervosité des jeûneurs, insultes au volant, petites (et parfois grandes) disputes dans les places publiques, individus transformés en suc gastrique ingurgitant des tonnes de sucreries, travail au super ralenti (9h-15h) ... bref, un pays au bord du dépôt de bilan quoique les spéculations sur les aliments atteignent des sommets d’indignité et ce avec la complicité active ou passive des Etats musulmans.
Lambert pointe un fait bien réel : l’excès de zèle qui porte à contourner les mesures légales (islamiques) qui offrent au le moyen de se dispenser de cette pratique (pour raison médicale, professionnelle, etc.)
On voit clairement que le jeûne est fait "pour les autres" et n’a plus cette dimension privée (chose que l’Islam ignore d’ailleurs ; c’est une religion tellement communautaire et les Etats n’y font que renforcer ce côté surveiller et punir).
J’ai mentionné Primo Levi surtout dans l’axe identification lecteur/narrateur. Car dans la vraie vie, les commanditaires nazis ne se comportaient pas tous comme notre "héros" :
- ils ont nié
-ils ont minimisé
- ils se sont enfuis
-ils se sont donnés la mort
Ça nous change de l’adresse du narrateur au lecteur aux accents vaguement térenciens.
Lorsque le Mal est donné à penser sous l’angle métaphysique, il y a place à l’oubli de la responsabilité historique. On est alors happés et appelés à se faire bourreau de soi-même le temps d’un caprice littéraire.
Merci, Gazi, pour la liste de films (je dois d’ailleurs en [re]voir certains).
Aveu : ce n’est que l’hiver dernier que j’ai consenti à voir La liste de Schindler. J’ai trouvé Le pianiste plus poignant.
Pour l’inspiration : l’univers axiologique de Littell est surtout sadien, vaguement "postmoderne" (après-culture, post-humain) avec un bon coup de pioche dans la fausse du Kulturpessimismus.
Comme le remarque Armand, on ne touche pas du doigt le Zeitgeist qui devrait marquer ou construire le personnage principal.
L’univers sadien (Littell a traduit du Sade) est en revanche là : inceste et culotte de fillette gazée, pénis turgescent et dégoulinant de sperme pour le supplicié, etc.)
(pourquoi pas une branlette dans les cavités orbitaires, histoire de mieux voir l’étendue du désastre ?)
Littell abuse de la figure du Civilisé barbare (le cruel marquis) amateur de Bach et de bon vin alors que les goûts frustres des nazis allaient surtout pour la musique (marches) militaires.
... et là on touche un point essentiel : la Culture. Il est peut-être plus gratifiant de se laisser piéger par l’identification entre un lecteur et le narrateur aryen qu’avec un bon massacreur de jeu video, un tueur en série de mégapole américaine, ou un tyran africain ou asiatique ...
Cette caricature de Übermensch nous survivra sans doute tant que de tels livres trouveront des oreilles attentives.