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Éric Guéguen

Éric Guéguen

Le monde actuel en 20 penseurs :
 
Platon - Aristote - Lucrèce - Farabi - La Boétie - Montaigne - Spinoza - Rousseau - Hegel - Tocqueville - Nietzsche - Ortega y Gasset - Polanyi - Strauss - Arendt - Vœgelin - Villey - Dumont - MacIntyre - Lasch
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« Le citoyen typique, dès qu’il se mêle de politique, régresse à un niveau inférieur de rendement mental. Il discute et analyse les faits avec une naïveté qu’il qualifierait sans hésiter de puérile si une dialectique analogue lui était opposée dans la sphère de ses intérêts réels. Il redevient un primitif. Sa pensée devient associative et affective. »
 
(Joseph Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie, Quatrième partie, XXI, 3 (p.346)).
 
Contact : [email protected]
Le Miroir des Peuples, éditions Perspectives Libres, 2015

Tableau de bord

  • Premier article le 14/08/2012
  • Modérateur depuis le 01/12/2012
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Derniers commentaires



  • Éric Guéguen Éric Guéguen 29 octobre 2012 10:52

    Bien le bonjour Morpheus.

    Je crois pouvoir dire plus précisément en quoi je pense que vous faites fausse route. Et je crois que la quasi-totalité des gens désireux de changer de république font fausse route. Ils sont tous animés d’intentions louables, mais ils se trompent (enfin ce n’est que mon point de vue…).

    Voici (en plusieurs messages, afin de vous permettre de répondre quand vous le souhaitez) :

    1.
    Micnet vous a interpellé au sujet de la notion d’égalité, et je crois que c’est bien là que réside le nœud du problème. Je pense que ce que nous vivons actuellement est tout à fait inédit, car paradoxal. Tocqueville disait, à cet égard, quelque chose d’incroyablement profond : à mesure que les conditions s’égalisent, la moindre inégalité se fait sentir de manière exponentielle (en substance, je précise que ce sont mes mots mais en me replongeant dans son œuvre, je pourrai vous retrouver la citation exacte). Et je pense qu’il a raison, même si c’est difficile à appréhender. Je veux dire par là qu’il est injuste à mes yeux de dire que les inégalités se creusent au regard des décennies qui s’écoulent. Comparez la France actuelle et la France en 2012. Les éléments de confort se sont indéniablement « invités » dans les foyers les plus modestes. Je sais que je parais cynique, même odieux en disant cela, mais le simple fait qu’un rmiste (ou l’équivalent) projette de changer de téléviseur pour des motifs esthétiques (et j’en connais, nous en connaissons tous) est en soi objet de réflexion. Une massification s’est opérée entre-temps, qui a été obtenue au prix de luttes menées surtout à gauche. Nous avons fait d’un certain nombre d’articles des éléments essentiels dans notre vie de tous les jours. Toutes et tous consentons chaque jour à cet état de fait, bien souvent sans en mesurer les inconvénients. Or, cette éternelle surenchère nourrit l’envie, et l’envie, c’est le moteur du capitalisme. Si les gens cessent de consommer, le capitaliste n’a plus sa raison d’être. C’est la raison pour laquelle il me paraît biaisé de voir en le capitaliste quelqu’un désireux de plonger la masse dans la misère. Misère intellectuelle oui – car quand il réfléchit, l’individu ne consomme pas – mais misère matérielle, non. Le capitaliste veut que chacun consomme, que chacun ait des envies, que chacun consomme aujourd’hui ce dont il avait envie hier, et qu’il ait envie demain de consommer autrement qu’aujourd’hui. Et pour ce fait, il faut inévitablement que certains se sentent lésés au vu de l’écart entre leurs envies et ce qu’il est possible de consommer. Je vais être dur : là intervient le socialiste. Ce dernier, en militant façon Sisyphe pour que les envies des plus démunis soient exaucées, devient finalement l’idiot utile du capitalisme.
    Je veux dire par là que l’inégalité matérielle est consubstantielle à notre civilisation, et que le principe même d’égalité est quelque chose de tout à fait relatif. Il ne peut donc constituer la fin commune. Quant à l’égalité intellectuelle, c’est une chimère. J’en viens maintenant à l’égalité politique…



  • Éric Guéguen Éric Guéguen 28 octobre 2012 19:37

    @ Machiavel1983 :

    Oui, au temps pour moi, je suis allé trop vite et me suis emmêlé les pinceaux !!! Désolé.

    Mais je ne suis pas d’accord non plus avec le fait que la professionnalisation en politique soit inéluctable (sinon tout est perdu).
    En revanche, je suis tout à fait conscient que l’amateurisme se ferait assez ressentir dans les décisions prises, du moins au début. D’où deux dangers majeurs : qu’à l’intérieur le peuple perde patience et se révolte, emmené par quelque démago à la manque ; qu’à l’extérieur les dirigeants étrangers ne nous prennent pas au sérieux. Les Relations étrangères sont primordiales.

    De manière générale, je m’étonne que personne ne soulève le problème du temps. La richesse de la future démocratie sera la gestion du temps, tripartite : temps privé, temps professionnel... et temps public. Celui-ci nous fait cruellement défaut.

    @ L’enfoiré :

    Je rejoins à peu près votre diagnostic sur la « complexité des tâches » et « le sujet islandais ». Ce dernier est une curiosité, rien de plus malheureusement.
    Le dilemme, le voici : la politique ne s’improvise pas, or elle doit rester une affaire d’amateur (au premier sens du terme).



  • Éric Guéguen Éric Guéguen 28 octobre 2012 14:10

    @ Machiavel1983 :

    Je ne suis pas d’accord avec vous lorsque vous dites ceci :
    " les lobbies trouvent leur place justement à cause du manque compétence« 

    Pour moi, ce ne sont pas »compétence« et lobbies » qui doivent être corrélés, mais « lobbies » et « professionnalisation ». C’est la professionnalisation qui crée le clientélisme, et qui dit professionnel de la politique ne dit pas forcément compétence.
    Il ne devrait pas y avoir de « professionnels de la politique », tout comme il n’y a pas - je suis d’accord - de science politique à proprement parler.
    La politique est bien trop au-dessus de toutes les autres activités humaines pour être réduite à une vulgaire science positive.


    Malgré tout, à mes yeux, la politique est, entre autres, affaires de « compétences », au sens où certains sont plus aptes que d’autres dans ce domaine, comme dans tout autre domaine. De là à faire de cette activité une profession, non. Là s’intercale la distinction que proposait Hannah Arendt entre le travail, l’œuvre et l’action.



  • Éric Guéguen Éric Guéguen 28 octobre 2012 00:06

    @ Morpheus :

    En ce qui me concerne, comme je le disais plus haut, j’ai réfléchi à ce qui me paraissait le plus sain dans la démocratie athénienne : le fait d’être tour à tour gouverné et gouvernant, ainsi conserve-t-on les bons côtés de la hiérarchie, sans en connaître les méfaits, savoir la sclérose. La reddition de compte, quant à elle, est une évidence.
    Non que je sois obsédé par un besoin de hiérarchie, mais je n’arrive pas à concevoir des communautés d’hommes appelés à ne jamais se fréquenter être autogouvernés sans s’en remettre à un tiers supérieur. On se donne facilement à ceux que l’on aime, jamais à ceux que l’on ne connaît pas, à moins d’avoir en commun le respect pour une institution qui montre la voie.
    Il est tard, je file me coucher.
    Bon courage dans cette quête.

    PS : Enchanté également de notre échange, mais navré néanmoins que votre article, en définitive, n’attire pas les foules, comme pourrait le faire un article polémique et éphémère.



  • Éric Guéguen Éric Guéguen 27 octobre 2012 16:47

    @ Morpheus :

    C’est amusant, ne le prenez pas mal mais j’arrive à savoir à peu quels sont les livres que vous avez lus récemment. Bon, Manin et Hansen, c’est entendu, et puisqu’Alain est la troisième grande référence de Chouard, je pense que vous l’avez lu également. Au paragraphe suivant, je serai tenté de dire que vous avez lu Malinowski, Marcel Mauss, ou Alain Caillé, voir Karl Polanyi ou au moins des gens qui font référence dans leur œuvre à ces derniers.

    Le bouquin d’Hansen est très intéressant, mais étant donné que vous êtes passionné - ou semblez l’être - par l’Athènes démocratique, sûrement avez-vous lu également Thucydide qui, lui, a vécu les événements au plus près. Vous rappelez que la démocratie a fait suite aux tyrannies et aux oligarchies : certes, mais les conclusions ne sont pas si simples. Les Athéniens, comme l’ensemble des Grecs, se sont souvent satisfaits des Tyrans qui, comme à Rome, ont souvent trouvé dans le peuple un soutien massif pour étouffer les aristocraties prétendant au pouvoir. Par ailleurs, la démocratie a disparu en moins de 200 ans, ce qui est déjà une belle gageure, mais c’est là que la lecture des témoignages de l’époque est intéressante : savez-vous pourquoi la démocratie athénienne a fini par disparaître ? Elle s’est corrompue, elle aura été elle-même son pire ennemi, Sparte et Thèbes en ayant profité. Il est intéressant de voir combien Thucydide déplore les mauvais choix de ses concitoyens, leur hybris démocratique, leur expansionnisme, leur monétarisme, leur colonialisme qui, conjugués à l’épidémie de peste, devaient venir à bout de la fameuse thalassocratie. Voilà en partie pourquoi Platon ou Rousseau avaient finalement plus d’égards pour la rigidité et l’austérité spartiates que pour la démesure athénienne, qui ne peut être mise au compte d’un quelconque tyran, pour le coup, mais uniquement à la faculté des gouvernés de se laisser circonvenir et corrompre par les démagogues de tous poils.

    Au sujet du gouvernement représentatif, pour finir, je vous trouve un peu ingrat vis-à-vis de tout ce qu’il nous a apporté. On a tendance à me reprocher de vivre dans la nostalgie du passé, je suis un enfant de cœur à vos côtés. smiley
    La tendance actuelle est de faire passer les Sieyès, les Condorcet et autres Constant pour de parfaits salopards, désireux de spolier les honorables citoyens de leur droit au pouvoir effectif. Je l’ai dit maintes fois ailleurs : confier à l’époque le pouvoir à un peuple de paysans analphabètes, ce en pleine guerre civile et à la veille d’un conflit quasi mondial (1re coalition), c’eût été calamiteux. Que Sieyès se soit méfié de l’inconstance populaire, des démagos à l’emporte-pièce et... de ses intérêts propres, à n’en pas douter ! Mais falsifier l’histoire pour laver le terme « démocratie » de tout reproche, c’est ce qui est fait et je le déplore. Pourtant, je veux moi aussi en finir avec le système électif.
    Nous vivons néanmoins de nos jours en « démocratie », et l’immense majorité de nos concitoyens se satisfont pleinement de ce régime représentatif : ils y trouvent leur compte en confiant un boulot fastidieux à des gens payés pour, tout en ayant l’assurance de pouvoir les virer à échéance régulière. C’est la « politique » du moindre mal, en quelque sorte, et il ne faut pas passer outre non plus...

    J’ai tout une analyse là-dessus, que je ne peux malheureusement résumer au mieux qu’ainsi : l’aristocratie a ses mérites, la démocratie a les siens. Au carrefour de ces deux régimes se trouve la « politie » vantée par Aristote. Pour ce faire, il faut parvenir à arracher à chacune le meilleur et à les combiner. Le gouvernement représentatif a opéré cette hybridation ; malheureusement, ce sont les mauvais côtés des deux qui ont été unifiés, pour notre plus grand dam : la professionnalisation et le relativisme absolu en la « personne » du suffrage universel.

    Cordialement.

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