Si j’émets des papiers disant « gidmoz paye un euro(ou un gramme d’or) contre ce papier » et que mes voisins acceptent ces papiers, j’aurai créé une nouvelle monnaie. Par nature, la creation monétaire est une promesse que chacun peut faire de manière privée. La nature de la monnaie n’interdit pas qu’elle provienne de banque commerciales ordinaires émettant des promesses commerciales ordinaires. ce processus purement privé a existé pendant des périodes de 600 ans dans divers pays. Et cela fonctionne très bien. Donc la banque libre ça marche et ça marche même un peu mieux que la monnaie étatique. Adam Smith en faisait l’éloge au 18e siècle.
Il n’est pas tout a fait exact de dire que chaque unité de monnaie serait une promesse de production. Chaque unité de monnaie est une promesse de la banque qui a émis cette unité de monnaie. Et cette promesse n’est pas exactement une production. Au 19e siècle(jusqu’en 1914), cette unité de monnaie était une promesse commerciale d’or-métal. Au 21e siècle, cette promesse est la promesse politique de pouvoir trouver sur la zone euro des marchandises de cette valeur.
Cependant la valeur de la monnaie émise est garantie par la valeur des reconnaissance de dette signées par les emprunteurs. Et ces emprunteurs produiront suffisamment de richesses pour rembourser leurs emprunts. La valeur totale des reconnaissance de dette est toujours très légèrement supérieure au total des sommes prêtées.
Un prêt bancaire, c’est un emprunteur qui reçoit de l’argent et une banque qui reçoit une reconnaissance de dette. L’argent ainsi reçu appartient à l’emprunteur. La reconnaissance de dette appartient à la banque.
On remarque ici qu’un prêt bancaire n’est pas un prêt, au sens commun d’un pet de livre à un ami par exemple. En effet, l’argent reçu est entièrement à l’emprunteur et il rendra pas les mêmes billets que ceux qu’il a reçu. Et la reconnaissance de dette est un bien négociable que la banque vend souvent. Un billet de banque, une unité de monnaie est une créance sur la banque. La reconnaissance de dette est une créance sur l’emprunteur. Le prêt bancaire est ainsi un échange de créances, et non pas un prêt.
Je reviens maintenant à votre remarque sur mon emploi du mot « valeur » pendant l’opération de prêt bancaire. Pour la banque, la reconnaissance de dette vaut plus que la monnaie versée. Pour l’emprunteur, la monnaie ainsi versée immédiatement vaut plus que sa promesse de rembourser dans un an. Au lieu du mot « vaut plus », j’aurai pu dire « a plus de valeur ». La valeur est un sentiment qui n’existe que dans un esprit humain, et nulle part ailleurs.
La valeur est un sentiment de préférence d’une chose en comparaison d’une autre chose. La valeur n’est pas un nombre. Mais quelqu’un peut comparer la valeur d’une chose à la valeur d’une certaine quantité de monnaie. C’est ainsi que la valeur peut correspondre à un nombre. Dans le langage courant, l’usage est de confondre prix, nombre et valeur. Mais en science économique, de même qu’en philosophie, il faut être très précis sur le sens des mots utilisés pour ne pas se fourvoyer dans des raisonnement faux.
Vous posez la question de savoir pourquoi la banque a le droit de créer de la monnaie et personne d’autre. C’est une bonne question. C’est LA bonne question. En effet, rien ne devrait s’opposer à ce que chacun puisse librement créer sa banque et prêter de la monnaie. C’est la théorie de la Banque libre. Cette théorie économique a fonctionné dans divers pays pendant plusieurs périodes totalisant 600 ans. Ce furent, à chaque fois, des périodes de plus grande prospérité pour le peuple et sans inflation.
Aujourd’hui, l’Etat a le monopole de la monnaie et autre devise, aucune autre monnaie n’est autorisée. Il n’y a pas d’autre raison scientifique d’interdire les autres monnaies. C’est pour mieux voler le peuple que l’Etat a voulu disposer du monopole de la monnaie. L’Etat s’associe aux banques commerciales pour mieux organiser le vol du peuple. Le fonctionnement normal de la monnaie est la banque libre. La banque est un commerce et chacun peut investir, sans autorisation de l’Etat, pour créer sa propre monnaie.
La valeur de la monnaie émise par la banque est inférieure à la valeur de la reconnaissance de dettes signée par l’emprunteur. Sinon, la banque n’aurait pas accepté d’échanger de la monnaie contre cette reconnaissance de dette. Et en effet, parfois la banque revend certaines reconnaissances de dettes de ses emprunteurs.
Votre séparation de la banque en deux établissement différents est astucieux et très pédagogique. Chacun des deux établissements de la même banque fait sa comptabilité. je crois que ikant a compris le mécanisme des intérêts manquants. ikant a aussi compris que si la banque dépense le montant des intérêts dus, alors l’emprunteur les trouvera pour rembourser son emprunt.
@ikant Mais ikant soulève une question connexe à la question des intérêts manquants. ikant soutient que la banque aura la perversité de refuser de dépenser, même pour investir, dans le seul but d’empêcher l’emprunteur de rembourser son emprunt. Cette thèse me semble mal fondée.
La monnaie conserve la même valeur au moment du remboursement du prêt de l’emprunteur. C’est bien la preuve irréfutable que la monnaie ne manque pas pour l’emprunteur. L’emprunteur peut donc acquérir de la monnaie à la valeur normale de cette monnaie.
Si la banque crée et dépense une somme égale aux intérêts dus, les « intérêts manquants » ne manqueront pas. Nous sommes tous les deux d’accord sur ce point essentiel. C’est de la logique élémentaire et de l’arithmétique d’école primaire.
Sur la base de cet accord entre nous, nous nous opposons désormais sur le fait de savoir si la banque a intérêt, ou non, à émettre une telle quantité de monnaie.
L’intérêt et la force probante de mon exemple simple est qu’il est une expérience de la pensée. C’est la méthode ordinaire de travail en science physique. Plus l’exemple est simple, plus la portée des conclusions sera universelle. Cette méthode de pensée est applicable dans mon exemple de la banque « delile ».
Ma banque « delile » peut être située sur une île déserte ou en plein Paris, au milieu d’autres banques et d’autres monnaies. ma banque « delile » peut avoir un seul client, deux ou trois. Mon exemple n’exige aucune référence à quelques théories que ce soit. Ni au freebanking, ni au concept de banque centrale, ni au système monétaire, ni au capitalisme.
Le seul postulat de mon exemple est que la monnaie émise par cette banque « delile » est la promesse de quelque chose. Ce quelque chose peut être un bien quelconque, un bien qui a de la valeur. Pour fixer les idées, on peut supposer qu’il s’agit d’une promesse d’un gramme d’or, ou une promesse d’un euro. Mais un autre bien conviendrait tout autant.
Pour ceux qui souhaitent raisonner sur du concret, ils pourront imaginer que cette monnaie « delile » est une des monnaies que créent certaines municipalités françaises dans un but pédagogique.
Votre argument consiste de remettre tout de suite cette banque delile dans un contexte réel, dans le contexte de l’économie. Je vous demande de surseoir à quitter mon modèle simpliste. En effet, notre désaccord porte sur l’utilité pour la banque « delile » de ne pas dépenser cette somme égale au montant des intérêts dus.
Avant de quitter mon modèle simple, on peut encore en extraire des conclusions précieuses sans changer les hypothèses simples du départ. On s’enrichit plus en dépensant tout de suite qu’en dépensant la même somme plus tard. La différence est une valeur égale au taux d’intérêt. Ne pas dépenser cet argent est une perte séche pour la banque « delile ». Une troisième stratégie consiste à dépenser cette somme en monnaie « delile ».
Mais la banque delile pourrait envisager une stratégie proche de celles que vous évoquez. Elle pourrait renoncer à dépenser ces 20 « delile ». Cette pénurie de monnaie « delile » augmenterait la demande de ces « delile » et donc leur valeur. Une qualité majeure de la monnaie est la stabilité de sa valeur.
Une variation de valeur incite l’usager à choisir une autre monnaie plus stable. Cette stratégie de la banque serait donc suicidaire car elle perdrait tous ses clients. Le directeur de la banque serait fou d’adopter cette stratégie déloyale pour l’emprunteur et suicidaire pour la banque.