Comment les scores de confiance sont-ils calculés ? Je sais, moi, que l’énoncé « Les mouches du temps aiment une flèche. » est peu vraisemblable. C’est ma connaissance du monde qui me fait dire que le sens de cette phrase est peu vraisemblable ; la forme, elle, est tout à fait crédible. Comment une machine peut-elle juger que cette phrase est invraisemblable, et lui donner un faible score de confiance ?
« Il suffit d’apprendre au modèle à réagir correctement (algorithme à réseaux de neurones et phase d’adaptation) aux habitudes du locuteur »
Si je comprends bien, la machine apprend par imitation du locuteur, comme un perroquet. Mais de l’imitation à la réflexion, il y a un gouffre. Et la machine qui réfléchit, un cerveau en somme, elle n’est pas pour demain.
L’idée d’une traduction automatique performante (vocale ou pas) relève du rêve. Il y a des énoncés qu’une machine ne sait pas traduire correctement. L’exemple type est la phrase « Time flies like an arrow. ». Un humain comprend la métaphore et traduira « Le temps file comme une flèche. ». Une machine ne peut pas comprendre la métaphore et ne saura donc pas traduire cette phrase correctement. Elle ne saura pas choisir entre la bonne traduction et les mauvaises, par exemple « Les mouches du temps aiment une flèche ». La puissance de calcul de la machine ne change rien : pour pouvoir traduire la phrase, il faudrait que, comme un humain, elle en comprenne le sens.
Et malgré ce cercle vicieux, il y a tout de même une certaine activité en espéranto (Wikipédia, Libera Folio, Le Monde diplomatique... )qui fait plaisir à voir et qui donne à lire en espéranto à ceux que ça intéresse.
L’espéranto a 120 ans d’existence, c’est vrai, mais je pense que l’apparition relativement récente d’Internet peut changer les choses. Internet en mettant en contact des gens de langues différentes, augmente le besoin d’une langue commune facile à apprendre. Auparavant, c’est surtout les élites voyageuses qui avaient besoin d’une langue commune, maintenant tout le monde est en contact avec tout le monde. Internet permet aussi aux espérantistes des quatre coins du globe de communiquer facilement, sans congrès, sans les lenteurs et les coûts du courrier papier. Que pouvait faire, jusqu’ici, un espérantiste isolé ? Moi-même je ne suis jamais allé à un congrès et je n’irai probablement jamais.
Je préfère donc considérer l’âge modeste d’Internet. Ensuite, savoir combien de personnes parlent espéranto et dans quelle mesure, savoir quelle est l’évolution de l’espéranto au cours des dernières années, c’est bien
difficile à évaluer.
Ce qui est sûr, c’est que l’énoncé « c’est un échec » est autoréalisateur : les gens pensent que c’est un échec, donc s’en désintéressent, donc c’est effectivement un échec. Cercle vicieux.
« Les plus ridicules d’entre eux sont probablement les esperanteux, dont l’unique argument peut se résumer à »Ouin, c’est pas juste, ça favorise ces salauds d’anglais/americains !« . »
C’est pas tout à fait ça...
On peut distinguer deux types d’arguments pour ou contre une langue donnée :
- les arguments intrinsèques : les caractéristiques propres d’une langue : syntaxe, formation des mots, richesse de l’expression, orthographe, prononciation...
- les arguments extrinsèques : la langue est-elle beaucoup parlée ? Est-ce la langue des milieux économiques ? Des milieux scientifiques ?
Les arguments en faveur de l’anglais sont essentiellement de ce dernier type : l’effet réseau, le poids de l’anglais dans le monde économique... L’auteur en fait abondamment la promotion.
Les principaux arguments des espérantistes sont au contraire de type intrinsèque : ils mettent en avant la régularité de l’espéranto à tous les niveaux (formation des mots, prononciation, intonation... ), la simplicité qui en résulte, la richesse d’expression que permet le caractère combinatoire de cette langue.
Il est certain qu’une langue (bien) construite l’emporte sur ce terrain par rapport à toute langue naturelle formée et déformée par les aléas de l’histoire. Et ces arguments intrinsèques resteraient valables même si tout le monde sur Terre parlait anglais.
On est donc loin de « Ouin, c’est pas juste, ça favorise ces salauds d’anglais/americains ! » comme unique argument.