« ... Mais aussi, dans les colonnes du Nouvel Observateur, Delfeil de Ton, qui accuse depuis longtemps Val d’entraîner Charlie dans un combat sionisto-islamophobe.... »
Olivier Cyran,auteur d’un livre sur La Face cachée de Charlie Hebdo qui n’a jamais été publié, assure que la ligne éditoriale a changé depuis son départ : « Raciste, Charlie Hebdo ne l’était assurément pas du temps où j’y ai travaillé. En tout cas, l’idée qu’un jour le canard s’exposerait à pareil soupçon ne m’a jamais effleuré. (...) À peine avais-je pris mes cliques et mes claques, lassé par la conduite despotique et l’affairisme ascensionnel du patron, que les tours jumelles s’effondrèrent et que Caroline Fourest débarqua dans votre rédaction. Cette double catastrophe mit en branle un processus de reformatage idéologique qui allait faire fuir vos anciens lecteurs ».
« Philippe Val n’a pas créé Charlie-Hebdo. Il a repris l’enseigne et, à mon humble avis, a peu à peu dévoyé l’esprit originel de ce canard libertaire et lucide,implacable avec les puissants. Au fil des ans, il a utilisé Charlie pour mener un combat, non pas contre l’Islam clérical, radical, fondamentaliste, mais contre tous les Musulmans, sans discrimination, stigmatisant en particulier ce grand nombre de musulmans qui composent l’une des plus grande partie de notre »prolétariat« actuel, abandonné depuis 40 ans par nos gouvernants.
Philippe Val a fait de Charlie Hebdo un organe de combat contre les plus fragiles sociologiquement. J’ai eu peu à peu l’impression, en lisant le Charlie »formule Philippe Val« , d’avoir entre les mains un ersatz de Minute ou un tract du FN. Car le Charlie originel s’en prenait aux vrais pouvoirs aliénant ou coercitif, aux véritables puissants. Quand, dans les années 70, Charlie Hebdo tapait notamment sur le catholicisme, c’était pour dénoncer son intolérable influence auprès des potentats de la République laïc, son rôle envahissant de directrice de conscience dans le débat public. Charlie ne s’en prenait pas à »la foi du charbonnier« des humbles. Il s’en prenait aux puissants calotins qui avait l’oreille des puissants. »
L’arme policière et judiciaire est évidemment indispensable pour réprimer et sanctionner les actes terroristes commis et tenter de dissuader les candidats potentiels à la violence. Mais, contrairement à d’autres activités criminelles, le degré zéro du terrorisme relève du »procès d’intention« . C’est une notion qu’il serait dangereux de généraliser dans nos démocraties et dont on a pu constater les dérives aux États-Unis avec le »Patriot Act« . Sur le territoire national comme à l’étranger, il est préférable d’agir le plus en amont possible, par des mesures sociales, éducatives, culturelles susceptibles d’assécher le vivier potentiel des volontaires et, surtout - en ce qui concerne la violence islamiste -, de s’attaquer aux »parrains« idéologiques et financiers qu’on ne connaît que trop bien... »