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La monarchie, je serais presque d’accord, à la condition de lui adjoindre son complément indispensable pour ne faire le meilleur des régimes, selon Stendhal, c’est à dire de lui administrer une dose périodique de régicide.
Bien à vous,
L’Ankou
Autre temps autres moeurs, il fut une époque où les chrétiens avaient aussi plus d’humour, et acceptaient des films comme Life of Brian, que j’ai revu hier sur Arte. Le documentaire qui suivait était assez instructif sur la tolérance en vigueur à l’époque et sur la capacité d’autodérision des contemporains de ce film.
Always look on the bright side of life...
Bien à vous,
L’Ankou
Merci pour tant de matière à débats...
Vous placez les relations éducatives sous le signe des rapports d’autorité. Soit ! Napoléon et d’autres l’ont compris aussi : c’est en passant par une institutionnalisation de la famille comme relai d’autorité qu’on prépare la Nation à se soumettre à l’autorité de l’Etat (et de son chef, en l’occurrence). Ce n’est pas un hasard non plus, si la devise de Vichy s’articulait autour de la famille, du Travail et de la Patrie.
Dans « patrie’ », d’ailleurs, on retrouve, étymologiquement, cette incarnation du père, du patriarcat. Un père potentiellement hermaphrodite, d’ailleurs, si l’on l’aborde dans l’expression « mère patrie » (à la fois nourricière et autoritaire).
La même relation s’établit dans la racine du mot « autorité », qui recouvre la relation d’un « auteur » sur son œuvre ou sur sa création... Le père n’est-il pas l’auteur de nos jours ? Il y a fusion entre « autorité » et paternité... Et le lien se prolonge jusqu’à ce que recouvrent « les autorités » au sens policier du terme : des personnes auxquelles il faut se soumettre.
Mais cela ne dit rien de la façon dont on exerce cette autorité. On peut exercer sont autorité. On peut aussi « faire autorité », à la manière de ceux qui sont reconnus pour leur savoir et la façon dont ils le partagent. Vous l’envisagez vous-même sous différents aspects, quand vous mentionner que l’enfant peut « reconnaître » une autorité à travers le sentiment qu’il nourrit envers elle, et qui peut être de la crainte ou de l’admiration, qui sont deux aspects possible du « respect » (mais souvent exclusifs l’un de l’autre, selon moi)..
Tant que nous y sommes, rappelons aussi que « éduquer » signifie étymologiquement, « conduire au dehors ». Le projet éducatif parental doit effectivement conduire l’enfant à devenir autonome et à sortir de son cocon familial pour vivre sa vie en société, se préserver seul des dangers et ne pas en représenter un pour autrui. C’est là que l’éducation se charge de toutes les valeurs d’autonomie et de responsabilité, de sociabilité, d’adaptation au milieu et aux situations... de « normalité » au sens du respect des règles de vie en société.
Sortons des considérations terminologiques, pour entrer dans le coeur du sujet : l’enfant est un adulte en formation, un citoyen qui se constitue, un futur membre de la communauté, de qui l’on attend qu’il acquiert les règles communes du « vivre ensemble ».
L’obéissance et la transgression sont les faces d’une même pièce. L’enfant explore l’univers des possibles et prend des risques. L’adulte n’est pas nécessairement là pour empêcher l’exploration, mais pour limiter les conséquences néfastes pour l’enfant, et notamment les accidents domestiques. L’adresse, la coordination psychomotrice, la connaissance des dangers, tout cela s’acquiert par l’expérience. Les limites, les convenances, la décence, la politesse, la sociabilité, les codes sociaux, s’acquièrent également par l’expérimentation et le mimétisme. Il ne s’agit pas de règles naturelles, comme le fait que toucher un objet brûlant fait mal au doigt... Il s’agit de règles conventionnelles, qui nécessitent une observation, un mimétisme, et des transgressions qui donnent lieu à des corrections (pas nécessairement au sens de correction physiques, de celles qu’on administre avec plus ou moins de violence : reprendre une incorrection, expliquer et ajuster un comportement ont leur efficacité aussi).
La fessée n’est qu’une modalité possible de la fameuse « autorité paternelle ». Comme toute violence, elle exprime souvent l’impuissance à expliquer avec des mots, à convaincre. 3la violence est le dernier refuge de l’incompétence« ... c’est une généralité (Merci Azimov) qui dépasse le contexte éducatif, mais qui s’y applique aussi. Ça ne proscrit pas nécessairement la fessée, mais ça peut la reléguer à un usage extrême, pour quand rien d’autre ne peut plus faire l’effet escompter. Mais c’est aussi un grave aveu d’échec de l’éducateur, une marque de ses limites, une reconnaissance de son impuissance. Je ne pense pas qu’il faille l’interdire, mais c’est un dernier recours. C’est un acte excessif. Il peut avoir son utilité dans un contexte excessif, et notamment dans certains cas de caprice caractérisé.
Je ne sais pas ce que vous avez compris de l’éducation... Vous critiquez les spécialistes qui proscrivent la fessée et notamment lorsqu’ils déclarent que »l’enfant (y compris le bébé) a une
personnalité propre et doit comprendre les choses par la simple
discussion« .C’est caricatural : il est évident que le bébé n’est pas sensible à la discussion argumentée, à l’exercice de la raison et du langage... Il est tout aussi évident que lorsqu’un bébé pleure, le rôle de l’adulte est de chercher à en comprendre la cause, et à satisfaire le besoin que le bébé ne peut ni satisfaire lui-même, ni exprimer par des mots. Si la réponse est juste une fessée, administrée à un bébé, c’est une maltraitance caractérisée, qui n’intéresse pas seulement le »spécialiste« mais aussi le juge et les services sociaux !
Je suis le premier, lorsque je vois des gamins piailler en public, à intervenir auprès des parents, voire directement auprès des enfants. Ca m’a conduit parfois à des discussions assez animées avec des parents sûrs, à tort, de leur qualités éducatives. Mais j’estime à la fois de mon droit et de mon devoir de faire savoir aux parents et aux enfants qu’une règle sociale commune a été franchie. Les parents gueulent, mais les premiers à se taire sont les enfants, tout à fait conscients que c’est eux qui ont déclenché l’esclandre. Je vous assure qu’ils retiennent la leçon. Ce qu’il me semble que ça prouve, c’est que le désaveu social et la désapprobation publique sont des humiliations auxquelles les enfants sont bien plus sensibles qu’aux fessées. Cela prouve aussi que cantonner le rôle éducatif et ne pas intervenir est aussi lâche que de ne pas porter assistance à personne en danger. Et je n’ai jamais eu à en venir aux mains, ni avec ces enfants bruyants, ni avec leurs parents...
Il me semble en outre que si nous avons une génération (deux et demi, à mon avis), »d’enfants rois« , une part importante de la responsabilité en incombe aux modèles fournis à ces chérubins. L’éducation n’a peut-être pas fondamentalement changé, mais en revanche, beaucoup de choses ont changé dans le mode de vie et les influences reçues.
Parmi ces influences, je dénoncerai la publicité, d’autant plus omniprésente qu’elle s’affiche sur les meurs, sur les écrans de télé, dans les radios, sur Internet, sur les smartphones, etc. Un enfant renverse sciemment sa crème, pour faire intervenir un éléphant. Un autre accuse son poisson d’avoir mangé sa mousse au chocolat. Une autre menace sa mère des mêmes punitions qu’elle lui inflige, à cause d’un porte-monnaie oublié... Comment voulez-vous que la publicité ait un message »éducatif« , alors que son rôle est de confiner le consommateur dans ses pulsions, de flatter l’égoïsme, de le forcer à céder à ses tentations, à se montrer envieux, jaloux, rusé, gourmand, paresseux (et dépensier).
Mesurez, s’il vous plait, le temps d’exposition de nos chérubins à la publicité, et dites-moi s’il est réaliste de préférer le »spécialiste" et sa proscription de la fessée, comme bouc émissaire des maux de ce temps...
Aucune police de proximité, aucun enseignant ne pourra remplacer le travail des parents.Je suis d’accord avec vous sur un point : c’est probablement aux parents d’adapter leur mode d’éducation à ces influences nouvelles pour en contrebalancer les effets... Mais c’est un effort qu’il faut promouvoir sur le mode d’une adaptation au présent et au futur, bien plus que sur celui d’un retour au passé et aux bonnes vieilles traditions de la fessée et à la gifle.
Bien à vous,
L’Ankou
Boujour Fergus et merci pour ces analyses.
Je les partage entièrement, avec deux arguments qui résument les vôtres :
Demandez à un honnête citoyen s’il préfère être responsable de la libération d’un coupable que de l’emprisonnement d’un innocent. Les « coupables » en liberté, il y en a déjà tellement... un de plus ou un de moins, quelle différence. Mais avoir jeté un innocent en prison, ça... allez vivre avec ce doute...
C’est précisément ce qui différencie la « sécurité » (ne pas être victime d’atteintes aux biens ou aux personnes de la part des autres citoyens) de la « sûreté » (ne pas être victime des abus d’autorités, privatrices de droits et de liberté, de la part des pouvoirs publics.
Au besoin, le « devoir de conseil » de tout professionnel vis à vis de tout profane peut assez facilement calmer l’intégrisme punitif des plus vindicatifs : Rappelez-leur l’affaire d’Outreau aux jurés, et vous verrez s’ils ne mettent pas un frein à leur ardeurs vengeresses. Au besoin, gravez en lettre d’or, la citation de Nietsche sur les murs de la salle des délibérés : « Les convictions sont des ennemies de la vérité plus dangereuses que les mensonges. »
Mais même sans ça... Il faut rappeler un mouvement assez constant, au pénal : la correctionnalisation des crimes. Ca constiste, en présence d’une infraction susceptible de relever à la fois d’une qualification criminelle (à juger aux assises du fait de la lourdeur des peines encourues), et d’une qualification délictuelle (tribunal correctionnel). Beaucoup de magistrats se méfient des jurys d’assises, imprévisibles, parfois laxistes, souvent timorés, et arrivant parfois à des solutions bancales consistant à déclarer quelqu’un « un peu coupable », faute de certitude définitive et de peur que le doute profite à un « monstre »...
L’homme de loi professionnel, qui, lui, sait la valeur des pièces qu’il a sous les yeux et les certitudes qu’elles lui apportent, peut préférer la certitude d’une peine moindre à l’incertitude d’un acquittement. Les faits sont alors qualifiés de délit, et jugés par des pros. C’est plus sûr. Enfin... c’était plus sûr... Avec la réforme, allez savoir...
Je me demande juste (question purement théorique, bien sûr) jusqu’à quel point les atteintes répétées aux principes constitutionnels fondateurs comme la séparation des pouvoirs, par celui qui est supposé en être le gardien et le garant, pourront être qualifiés un jour de trahison. Et en terme de trahison, il n’y a guère plus haut. Même une destitution a posteriori me semblerait opportune, ne serait-ce que pour éviter de salir un siège au conseil constitutionnel, dont les anciens présidents sont membres de droit. Ce serait un comble, vraiment !
Mais bon, ça, c’est une idée en l’air, et sans autre fondement juridique qu’une ardente impatience. (Sinon, il y a le peuple en armes dans la rue, aussi...).
Bien à vous,
L’Ankou
Merci à vous, Monsieur Jebri.
J’aime toujours à lire la prose des gens qui aiment assez la France pour vouloir en faire partie et qui y apportent toute la richesse de points de vue originaux.
Je suis d’accord avec vous sur ce que doit être la laïcité : le respect de toutes les croyances et des incroyances (je confirme qu’il est maladroit de faire de l’athéisme une foi parmi d’autres, mais ce n’est pas un point de désaccord rédhibitoire)
« Toutes les croyances sont sur un même pied d’égalité » ? Oui et non. Des raisons historiques distinguent la façon dont sont gérées les églises catholiques d’une part, et d’autre part, les églises orthodoxes et les temples, qu’ils soient juifs ou protestants, bouddhistes ou autres. Ces raisons forcent les collectivités publiques à entretenir les églises catholiques. Personnellement, je ne demande pas mieux que ce financement cesse, mais j’apprécie cependant la fraicheur tranquille des vieilles pierres par temps de canicule, et je ne suis pas certain que les croyants soient assez nombreux encore pour entretenir et réparer les monuments historiques. Mais du coup, il faut faire preuve de pédagogie pour expliquer aux musulmans pourquoi on ne finance pas aussi leurs lieux de cultes, pourquoi on ne les entretient pas, pourquoi on met des bâtons dans les roues de toute velléité d’implantation... Difficile d’expliquer que ce n’est pas du racisme ou de l’islamo-défiance, d’autant que ces raisons historiques arrangent bien, aussi, les racistes, les islamophobes, la plupart des riverains et la grande majorité des saucissonneurs du dimanche, abrutis d’un patriotisme obtus.
C’est un vrai problème, mais qui, selon moi, ne mérite pas un débat national immédiat et public.
L’histoire de France à sauvagement nivelé des différences ethniques, linguistiques, culturelles, religieuses, pour finalement défendre un modèle commun. On a fait une nation avec des peuples et des cultures assez peu compatibles : des Bretons, des grecs phocéens, des Celtes, des Gallo-romains, des Basques, des Normands, des Burgondes, des huns, des languedociens, des Juifs, des Sarrazins, des cathares, des auvergnats, et, plus récemment, des Alsaciens, des Lorrains, des Antillais, des Guadeloupéens, puis des Niçois et des Savoyards, des immigrés Russes, Portugais, Espagnols, Algériens, Marocains, et tant d’autres. Autant de langues, de poids et mesures, de patois, de croyances, de structures familiales, de récits et de comptines, de plats régionaux, de musiques, de danses, de costumes, de rituels qui ont d’abord cohabité puis qui se sont, pour le meilleur ou le pire, fondu dans une pseudo-culture commune, totalement factice, artificielle, qu’on appelle France. Il y a encore quelques suvivances folkloriques, et quelques militantismes régionalistes et linguistiques pour nous rappeler combien ce fut dur et précaire de faire la France.
On prétend que ce modèle a des vertus universelles. Il en a. Du moins, c’est sûr qu’il est plus syncrétique, « par construction » que la culture de tel ou tel groupuscule ethnique fermé sur lui-même. Il n’est pourtant pas totalement universel : Il a ses partis-pris, ses lourdeurs, ses atavismes. On pourrait le rendre plus universel, et ça consisterait à s’interroger sur son évolution plus que sur sa conservation dans une fixité immuable (et parfaitement fantasmatique) dont rêvent les nationalistes obtus. Pour moi, pas question d’adopter une religion, mais je suis ouvert à faire évoluer le mode de vie français pour y intégrer des arts culinaires, la beauté des meubles orientaux, le raffinement, l’hygiène et le respect des hôtes. La façon dont les femmes noires portent leur bébé mérite qu’on généralise la méthode. Les palabres et le respect dse anciens peuvent aussi nous inspirer des évolutions venues d’Afrique. L’Inde, le Chine, le Japon doivent aussi être étudiés. Je veux bien essayer la toge ou la Kosovorotka, si c’est plus confortable. Pourquoi réserver le boubou ou le sari à certaines populations, si c’est seyant, coloré et pratique ? Vous n’en avez pas marre des uniformes ? Ca ne vous dit pas de briser les marqueurs socio-culturels en adoptant des codes plus colorés ?
D’ailleurs, c’est étonnant : il y a des cultures pour lesquels vous faites l’effort sans même y penser... Il est sans doute inutile de mentionner l’influence possible des Etats-Unis... C’est curieux, mais là, personne ne veut à tout pris conserver le mode de vie national contre l’invasion linguistique, télévisuelle, cinématographique, juridique, culinaire, familiale, venue d’outre Atlantique... Étonnant, non ? Quand on voit comment nos vies ont changé en quelques années sous ces influences (ne dites pas le contraire : vous être internautes, non ?), le conservatisme d’un mode de vie « de nos ancêtres » devient dérisoire et ridicule tant il est évident qu’il relève du fantasme...
Bref, la fidélité à l’Identité française devrait effectivement nous guider ver l’intégration (dans ce qu’elle a aussi de bilatérale), l’universalisme, l’ouverture à l’autre, le partage des différences, mais dans le sens d’une construction commune partagée, et non de replis sur des communautés fermées. Quand on aura posé le débat en ces termes, je veux bien qu’on détermine comment on finance les mosquées et autre lieux de cultes, mais d’ici-là, je considère la question comme prématurée et inopportune. Et je retourne donc à la lutte des classes...
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