Ho ho ho ! quelle subtilité dans l’humour ! Quelle profondeur ! quel esprit, vraiment !
Sinon, pour information, Mayotte, c’est sur l’autre hémisphère par rapport à l’Algérie. Autant les Algériens avaient effectivement voté pour leur indépendance, autant Mayotte a voté pour sa transformation en département français. Oh, je sais, ça s’est joué dans un mouchoir : le Oui n’a remporté que 95,25% des suffrages.
Vous faites famélique, effectivement, d’une certaine façon, mais pas forcément du côté du bedon.
« nous voulons croire que derrière chaque psychanalyste, chaque praticien, chaque soignant, il existe une personne qui doit ou devra prendre ses responsabilités et reconnaître ses torts. »
Hélas ! On dirait que vous n’avez jamais eu à lutter contre le dogmatisme, l’endoctrinement et l’obscurantisme... Nous avons affaire à des gens convaincus. Et comme dit Nietzsche : « Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges. »
Pourtant, il ne manque pas de sorties honorables pour qu’ils renoncent sans déchoir, à se mêler de l’autisme.
Beau père d’un enfant « extra-ordinaire », j’aurais tendance à suggérer l’une de ces sorties honorables : - La psychanalyse est une thérapie de communication verbale entre le patient et son thérapeute. - L’autisme, dans ses formes les plus graves, porte une atteinte rédhibitoire aux capacité de communication verbale. La psychanalyse est donc inopérante.
Pas nécessairement parce qu’elle repose sur des fondements fallacieux, mais avant tout parce que les conclusions qu’elle pourrait tirer de ses méthodes d’approche (à supposer qu’elles ne soient pas viciées par les présupposés de la communication verbale), n’ont juste aucune traduction clinique possible. Quoi qu’elle puisse comprendre aux causes, elle n’est juste pas équipée pour influer sur les effets...
On ne demande pas à un pâtissier de faire de la maçonnerie, entre autre, et principalement, parce qu’il n’est pas équipé pour. Ca ne remet pas en question la pertinence de ses outils, ni la validité éventuelle de son savoir-faire dans son domaine, mais il n’y a pas de honte, pour lui, à constater que toutes les activités humaines ne sont pas de sa compétence. On devrait pouvoir clore ainsi le débat sans se fâcher ou se vexer et passer à plus constructif !
L’essai de Todd et Le Bras m’a très profondément marqué. Il est recommandé aux étudiants en sociologie pour appréhender le fait social par l’exemple. J’en ai adoré la lecture.
Replacé dans le contexte actuel, ce livre contient un antidote puissant contre deux travers, deux réductions, deux appauvrissements courants : d’une part la bipolarisation, qui raisonne en termes de bien et de mal, logique binaire, manichéenne... d’autre part la hiérarchisation linéaire, qui raisonne sur une échelle unique de valeur et qui présume que certains sont supérieurs aux autres, qu’une supériorité dans un domaine (comme par exemple, l’échelle des revenus) témoigne naturellement d’une supériorité naturelle dans plein d’autres domaines, des droits au pouvoir, à se placer au dessus des lois... c’est la logique des beaux, des riches, des puissants, et, curieusement, une logique admise par des classes sociales qui n’y ont aucun intérêt...
Le bouquin de Todd et Le Bras n’aborde rien de ces questions mais permet de les résoudre en ouvrant l’esprit à d’autres logiques, des appréciations géographiques, notamment, c’est à dire planaires, où il n’y a ni dessus ni dessous, ni infériorité ni supériorité, mais simplement diversité, positionnements différents, spécialisation locale, adaptation spécifique au lieu ou à l’histoire propre, collective ou individuelle...
Et le plus extraordinaire est la possibilité de faire vivre ensemble ces diversités.
Le parti pris de l’ouvrage est ouvertement universaliste. Il est probablement anti-communautariste en ce qu’il indique que les communautés peuvent se dissoudre dans un élan commun sans y perdre leur identité.
Prolongée de nos jours, la démarche de ces chercheurs (à propos, le sont-ils encore ?) conduirait à se choisir des sujets de thèses sur, par exemple, la façon dont les communautés qui paraissent ou prétendent s’isoler de la France et de ses lois, inventent une façon proprement française de le faire, de revendiquer des racines et des influences externes...
Après, il faudrait ouvrir les yeux sur ce phénomènes à ceux qui se prétendent effectivement les gardiens de « notre » culture, pour les convaincre que ne pas « intégrer » ces composantes à ladite culture est une hérésie contre cette culture même.
Un avantage essentiel de ce livre est de priver de fondement l’appropriation du patriotisme par des crétins obtus, chauvins et souvent racistes. Ce patriotisme change alors de camp politique et s’élève en vertu. Par exemple, cette lecture permet d’être de gauche et fier d’être Français, aussi bien que honteux de la façon dont ce patriotisme est confisqué par l’’extrême-droite.
Le problème incident, mais lointain, est que l’universalisme français comporte aussi, dans une certaine mesure, une illusion « civilisatrice » tournée vers l’extérieur et qui a pu, par le passé, légitimer un colonialisme. C’est à mon avis la décolonisation qui a pu faire basculer certains vers le repli nationaliste et qui l’a droitisé résolument. C’est ce qui a affaibli les convictions pour une France d’intégration, et qui conduit plus ou moins à une construction « à l’américaine », où la mondialisation pousse à la constitution de communautés assez étanches au lieu de conserver une unité de destin.
Et donc, le trouble mental en question serait l’homosexualité ? L’homosexualité est une maladie mentale qu’il faudrait soigner et prévenir ? Je ne lis rien de tel chez John Bowlby. Quelqu’un le lui fait dire. Il est assez probable que ce quelqu’un projette ses frustrations et ses phobies dans l’interprétation de la théorie de l’attachement (théorie qui, par ailleurs, reste une proposition scientifique parmi d’autres, toutes soumises à la critique raisonnable).
A mon avis, si trouble mentale ou maladie psychique il existe, elle est à rechercher plutôt du côté de l’homophobie, de l’intolérance, de l’inculture, de l’absence d’ouverture d’esprit et de la frustration mal assumée. Ses symptômes sont le dévoiement de théories psychologiques comme celle de l’attachement, interprétées de travers et de façon tendancieuse pour justifier des comportements frustrateurs et paranoïaque.
Vous croyez vraiment qu’en collant un gamin dans une chambre d’isolement sans doudou, sans peluche et sans musique, on en fera un bon citoyen épanoui et, accessoirement, hétérosexuel ?
Que croyez-vous qu’un tel ascétisme produise à l’âge où le cerveau est le plus disponible non seulement à l’acquisition des connaissances, mais aussi à l’acquisition des méthodes d’acquisition.
A cet âge là, toute sollicitation induit des processus cognitifs en cascade, qui sont cruciaux non seulement pour les informations acquises, mais bien plus encore en ce qu’elles éclairent comment en acquérir d’autres plus facilement.
Allez donc sur le site du collège de France pour vous en assurer : il y a les cours de Stanislas Dehaene en ligne pour la somme faramineuse de gratos (TTC) !
Et vous voudriez débarquer dans ce processus cognitif qui vous dépasse totalement avec vos ciseaux de censeur ? Pourquoi pas avec une blouse de chirurgien et un scalpel pour une bonne lobotomie aussi ?
Le monde futur sera meilleur s’il est composé d’artistes épanouis et de gens cultivés et ouverts d’esprits, et capables d’assumer librement leurs orientations sexuelles, plutôt que s’il est composé de censeurs frustrés et d’homophobes incultes.
La bonne question est une question d’échelle pertinente. A quel niveau la démocratie doit-elle s’exercer pour être la plus efficace ? Personnellement, je n’ai rien contre le fait qu’elle s’exerce plus à une échelle européenne que nationale.
Vous raisonnez sans doute en digne représentant d’une majorité au pouvoir depuis trop longtemps, aux dépens de minorités qui en sont désespérément exclues. Pour celles-ci, la dictature majoritaire ne fait guère de différence, qu’elle s’exerce au niveau national ou au niveau international.
En toute objectivité, et toute servilité nationaliste mise à part, l’Europe est l’échelon pertinent pour traiter des questions de défense, d’industrialisation, d’endettement public, de politique des prix, d’aide au développement, d’infrastructures routière, ferroviaire, aériennes, d’énergies, d’immigration, etc.
Les émissions télévisées et l’informatique déversant quotidiennement un modèle occidental commun et normalisant, nous avons plus d’affinités entre occidentaux qu’un Basque pouvait en avoir avec un Breton au dix-neuvième siècle, ou même qu’avec nos grands parents qui n’avaient ni you tube ni TGV, ni smartphone. Dr House, Jethro Gibbs ou le procureur Mc Coy si fictifs soient-ils, évoluent dans des mondes qui me sont plus familier que la boutique de Maître Panisse. Avoir des ancêtres Allobroges a-t-il encore un sens face à ses affinités ?
L’Europe n’est une perte de souveraineté que pour le souverain et l’oligarchie qui lui fait (basse-)cour. Pour les serfs indifférents ou disciplinés, ce n’est un changement de maître. Pour les hommes véritablement libres, c’est une démocratie qui change d’échelle pour assurer les conditions optimales de sa survie et la défense de ses valeurs.
Avec en plus la garantie que cette Europe ne sera pas un empire mais, à l’image du monde, un réseau multipolaire à capitales multiples. Je sais que ça peut choquer les jacobins, mais par bonheur, notre identité culturelle n’est pas faite que de d’aristotéliciens psychorigides.
Le fédéralisme est un avenir possible et mille fois plus souhaitable qu’un morcellement d’Etats impuissants et provinciaux.