Voyons... si j’ai bien compris, aux dernières élections (septembre 2006), la CDU, parti de ce maire illustre et bienfaiteur désintéressé des causes les plus inspirées, obtient 15 sièges sur les 30 du conseil municipal (ou équivalent institutionnel en Allemagne), contre 12 à son adversaire direct et trois autres sièges à des listes croupions avec lesquelles il faut donc transiger pour conserver une majorité stable...
A mon avis, l’élection se joue donc à une poignée de voix. Et même s’il n’y avait que cinq ou six espérantophones, ça coûte toujours moins cher de se déclarer ville espérantiste que de refaire les trottoirs...
Cette solution n’a évidemment aucun avenir en France, où les communes comptent en moyenne plus d’admirateurs éclairés de Kalon et Morgoth que baragouineurs d’espéranto...
Tout ceci (tant la rumeur que les réactions qu’elle suscite, et jusqu’à notre présent échange de propos) ne témoigne, une fois de plus, de la maestria des équipes en place pour occuper un maximum d’espace médiatique. Cela pollue et ne vise qu’à diluer les vraies informations – la liquidation des retraites, les luttes sociales, l’atrophie des libertés, la confiscation des outils étatiques de solidarité par des élites bourgeoises au service des intérêts financiers – afin de briser dans l’œuf toute velléité de résistance, d’organisation de la lutte, etc.
Oser penser la rébellion fait illico jaillir des réactions apeurées, sur la fuite des capitaux, l’évasion fiscale, la perte de compétitivité, la montée de la précarité, les fermetures d’usine, le chômage, l’appauvrissement des générations futures...
Sans compter que ces peurs mêmes sont noyautées par d’autres craintes moins rationnelles mais parfaitement alimentées : peur du progrès, peur de la stagnation, peur de l’immigration, peur de la délinquance, peut des jeunes, peur du gendarme, peur de l’obésité, des maladies, des microbes, peur de certains accoutrements vestimentaires exotiques... Buvons ce calice jusqu’à la lie : on a même peur du climat, et – je vous laisse admirer comment s’agence le sens des mots – peur du terrorisme. Et dire qu’on nous vend que ce gouvernement est « sécuritaire » et lutte contre le terrorisme. Il en vit. Il survit de l’existence même des peurs qu’il prétend combattre. De quel côté est la terreur et duquel sont les terroristes ?
Ce ne serait qu’un juste retour des choses si, à la tête même de l’Etat,
les paranoïas et les théories du complot brisaient, là aussi, les
solidarités qui nous nuisent tant. Mais paranoïa pour paranoïa, rien
n’interdit de croire que tout ça est encore savamment orchestré – ou
sinon habilement récupéré – pour encore occuper le terrain et,
notamment, distraire les journalistes d’investigation de faire autre
chose que du people (On aimerait leur faire réécouter Potemkine, du regretté Ferrat).
Les démocraties s’accommodent mal des dictateurs, mais des micro-dictateurs, eux, ont appris à bien utiliser les démocraties...
Quelqu’un croit-il encore que Sarko à fêté son élection sur le Yacht de Bolloré ? Ou n’allait-il pas plutôt y prendre ses ordres ? Cette question me semble plus essentielle que la taille des cornes qu’il porte ou non au front.
Un sport comme le foot, c’est des équipes qui rivalisent. Elles ont des intérêts nécessairement divergents. Le sport est une allégorie pacifiée de la guerre et de l’affrontement. L’antagonisme est dans sa nature.
Cet antagonisme est canalisé par des règles. Vous faites erreur en disant que seul l’arbitre les connaît. Tous les joueurs sont supposés les connaître et les appliquer. L’arbitre n’est là que pour valider ce respect. Les règles permettent d’objectiver la mesure de la supériorité d’un camp sur un autre. Les équipes sont égales face aux règles et inégales en qualités, en force, en stratégie, en tactique... Les règles facilitent la hiérarchisation des équipes entre elles.
Bon, à ce stade, une incise : vous aurez compris que le sport est aussi une allégorie de la hiérarchisation sociale, de l’inégalité, de l’affrontement et de la domination. Son essence est le classement vertical selon une échelle de valeurs unique. C’est par construction l’antithèse d’une anarchie. Vouloir lui appliquer une dérégulation autogestionnaire, c’est méconnaître la nature sociale et politique du sport. Le sport n’est pas de gauche. Le baron de Coubertin, auteur du serment olympique, ne fait nulle part figure de gauchiste, bien au contraire. On approuve ou pas, mais si l’on désapprouve, c’est le sport dans son ensemble, ou plutôt toute forme de compétition sportive qu’il fait remettre en question. A cet égard, vive la plongée sous-marine : un sport sans compétition, où, qui plus est, le but ultime est d’économiser ses forces. Voilà, personnellement, le sport qui me plait !
Bref, dans le foot et la plupart des autres sports, la compétition est la nature même de l’activité. C’est un affrontement selon des règles, où tout n’est pas autorisé, mais ça reste intrinsèquement, dans sa substance profonde, dans sa matière, un affrontement, un antagonisme, une opposition. Supposer que des gens qui s’opposent ainsi sur le terrain seront à même de ne pas s’opposer sur la compréhension des règles et leur application, c’est une douce utopie.
Qui dit opposition dit donc nécessité de trancher, de décider à un moment qui à tort et qui a raison. En français : un arbitrage. C’est à ça que sert l’arbitre.
L’arbitre a nécessairement raison, parce que c’est dans sa fonction. Point. Quoi qu’il dise, il a raison. C’est la règle numéro un. Règle numéro deux : s’il a tort, la règle n°1 s’applique. Il le faut. Qu’on fasse mine, un jour, quelque part, de remettre ça en question et le lendemain, partout dans le monde, tous les petits arbitres amateurs seront contestés pour qu’on remettre en question leurs jugements.
Les fédérations sportives ont cette responsabilité, non seulement vis à vis du sport professionnel, mais aussi de tous les sportifs amateurs qui s’affrontent partout dans le monde, presque dans chaque ville et à chaque instant. Partout, il y a des arbitres, dont la légitimité est toujours plus ou moins remise en question, par les joueurs, les supporters, le public, les bookmakers, les sponsors, etc.
Les fédérations sportives, qu’elles soient locales, nationales ou internationales ne peuvent en aucun cas donner l’impression de déjuger un arbitre, et a fortiori si le match est largement retransmis : elles entraineraient aussitôt un décuplement des pressions exercées partout dans le monde sur tous les arbitres. Il est impératif de ne jamais donner l’impression que l’arbitre peut revenir sur son jugement si on lui met la pression.
En cascade, ce raisonnement permet de comprendre aussi que les fédérations sont réticentes à accepter l’assistance à l’arbitrage par la vidéo ou la collégialité des arbitres. Les moyens ne permettent d’instaurer ça que pour les « grands matchs ». Cela fragiliserait mécaniquement la crédibilité de l’arbitrage des « petits matchs ». Solution contreproductive, à écarter impérativement.
Donc, oui, les Français ont bénéficié d’une erreur d’arbitrage et non, cette erreur, même connue et reconnue, ne changera pas le résultat du match. Et il ne sera donc évidemment pas rejoué.
Ca n’est pas honorable, mais ce n’est pas non plus totalement déshonorant.. En tout cas, c’est irréparable. Tout ce qu’on peut proposer, éventuellement, si l’on veut défendre un « panache » à la française, c’est que l’équipe nationale dédie les matchs qu’elle gagnera aux Irlandais anormalement ; mais irréparablement, évincés de la compétition. Un tour de terrain avec un drapeau vert ou un maillot vert ferait l’affaire... Mais encore faut-il qu’ils gagnent...
Article passionnant et salutaire en ce qu’il nous oblige à décrypter la propagande qui nous est servie en faveur du Tibet.
Mais je connais mal le Tibet et la Chine. Je regrette que nos sinologues émérites soient si peu sinophiles. Lorsqu’ils se piquent de l’être, c’est souvent pour définir comme seule « vraie »culture chinoise, celle d’avant la révolution culturelle.
Je connais mieux l’occident, et l’Europe en particulier. J’étais globalement favorable au traité « constitutionnel », et je conserve l’impression qu’il aurait fallu l’adopter. Mais l’un des points qui me faisait le plus frissonner, c’était l’obligation faite aux gouvernants des Etats membres d’entendre les responsables religieux. Ô, la sinistre obligation, mais il fallait bien ces contreparties (ou compromissions ?) pour forcer les bigots polonais à se rallier au traité malgré la fin de la PAC.
Athée résolu et militant, j’avais cet os en travers de la gorge. Je place aussi le Pape et le Dalaï Lama sur le même plan : ce sont des chefs religieux, c’est à dire des tenants d’ordres anciens, moraux, reposant sur des interprétations plus ou moins « magiques » du monde. Je ne les dirais pas « irrationnels » mais ils fondent quand même leur approche dogmatique du monde sur des présupposés « sacrés ». Et surtout, comme toute religion, ils s’allient objectivement, dans les faits, à des intérêts de classe, pour conserver des structures sociales très inégalitaires.
En tant que citoyen attaché à la démocratie, et toujours à la recherche de modèles d’organisation sociale qui émanciperaient le mieux un maximum de citoyens, je crois qu’il est plus intéressant d’observer l’évolution de la Chine que les velléités réactionnaires d’une monarchie cléricale tibétaine, si folklorique soit-elle...
Le bon Négus, en son temps, joua aussi de la sympathie que les opinions publique des anciennes nations coloniales entretiennent pour le folklore. C’est ce sentiment qu’il inspirait lorsqu’il se présentait en costume traditionnel à la tribune de la SDN. La cause qu’il défendait était certainement juste. Le moyen, pour légitime qu’il soit, était suspect en ce qu’il flagornait avec nos nostalgies d’un monde bigarré et riches de milles cultures qui, toutes, reconnaîtraient l’Occident « civilisé » pour centre et pour modèle.
C’est marrant, cher Aum de Tokyo, que tu cites Rousseau, à cet égard, puisque le charme du Dalaï Lama opère de même : il attire notre sympathie en se présentant comme le « bon sauvage », détenteur de vérités et de sagesses ancestrales et luttant contre une modernité urbaine, corruptrice, polluante et oppressante, qui oblige - quelle horreur - à changer les modes de vie, de consommation, de production et d’exercice du pouvoir. Il perpétue le mythe d’un retour à la nature, d’une restauration de valeurs « simples » et « de bon sens »...
Sauf que l’on n’assure pas la survie (étape préalable - on l’oublie - à toute possibilité de recherche du bonheur) de plusieurs milliards de Chinois en bonne intelligence avec ces valeurs passéistes. S’il reste aux Français, aux Européens, aux occidentaux, un peu de cette curiosité ouverte et sans préjugés qui permit « les lumières », ils s’intéresseront à la mentalité chinoise en ce qu’elle peut avoir de meilleur et aux modes d’organisation qu’elle génère et dont nous pourrions nous inspirer, plutôt que de prendre parti, contre elle et par préjugé imbécile, pour un régime théocratique réactionnaire. Certes, la société chinoise n’est pas parfaite, mais elle, au moins, elle bouge, elle vit, elle avance, elle progresse, elle construit, elle invente, elle innove, elle va de l’avant. Où qu’elle aille, nous ne la freinerons pas, et il n’est pas forcément souhaitable qu’elle y aille sans nous... sauf à nous condamner, dans quelques temps, à défendre nos « identités nationales » dans nos propres costumes folkloriques...
Il me semble qu’une bonne compréhension des aspects les plus positifs d’un universalisme rationnel, que je persiste à vouloir défendre, devrait s’accommoder de l’idée que la civilisation chinoise doit être observée, comprise si possible, et qu’elle doit utilement nous inspirer nos propres évolutions historiques futures. Pas nous les dicter, mais nous les inspirer, dans l’optique d’un « vivre ensemble » en grande partie négociable.
Bien vous, L’Ankou (qu’on appela en son temps Karma Tsering Samdroup, ou KTS)