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L’Ankou

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Derniers commentaires



  • L’Ankou 28 janvier 2013 20:25

    Aldous, vous nous montrez votre vrai visage ? Louer des ventres ou prendre les enfants des autres pour les adopter ne vous dérange pas tant que ça : puisque ce qui vous dérange c’est que des homosexuels y aient le même accès que les hétéros... Qui est abjecte ?



  • L’Ankou 27 janvier 2013 04:52

    Si. Du moins toutes les objections fondées sur une appréciation rationnelle.

    Bien à vous,
    L’Ankoù



  • L’Ankou 27 janvier 2013 04:50

    Et revoilà sur le terrain l’épouvantail d’un « droit à l’enfant ». Rhétorique facile qui offre le beau rôle à bon compte à ceux qui s’y opposent au nom d’un droit « de » l’enfant. Sauf que l’opposition est factice et la notion de droit « à » l’enfant sans aucune réalité. Il n’y a que les cons - des deux bords, je vous le concède – pour utiliser un tel concept à la place du seul qui vaille : la liberté de faire un enfant. La liberté et non le droit. Et oui, encore une liberté !

    Vous n’avez aucun droit à l’enfant. Vous êtes libre d’en avoir. Je reprends ici ma distinction entre la loi et la nature : les ailes ne vous poussent pas dans le dos et la nature vous interdit donc de voler. Pourtant vous être libre de voler. Ça ne regarde pas l’Etat, qui n’a pas à interférer dans vos efforts éventuels pour voler : si vous le faites naturellement, tant mieux pour vous. Sinon, inventez des subterfuges pour contrer l’impossibilité naturelle. C’est une liberté, et à ce titre, l’Etat n’a ni à mettre à votre disposition les moyens de le faire si le marché s’en charge, ni à vous les interdire sauf à tirer de la violation d’une autre liberté, les motifs suffisants pour limiter votre liberté de voler (la sécurité de l’espace aérien, par exemple). Ce qui vaut pour l’envol vaut pour la procréation.

    Suit un long paragraphe, dans l’article de Francis BEAU pour démontrer que le sujet est d’importance. Je ne le reprends pas : l’importance des débats sur le rôle de l’Etat dans l’accès aux artifices de procréation ne m’a pas échappé. Comme je l’ai dit, il y a assez de matière pour qu’on cible un débat entier rien que sur ce point. C’est-à-dire dans le contexte d’une loi qui traiterait spécifiquement de ces problèmes de procréation assistée, ou mieux encore d’une loi pour chacun des type de procréation assistée.

    Notez au passage de ne pas inverser les logiques : Les pratiques sexuelles ne bénéficient pas d’une protection à la condition de rester strictement circonscrites à la sphère privée, mais parce qu’elles SONT une pratique privée. Cela n’empêche pas de rendre votre orientation sexuelle publique ni d’aller assouvir vos pulsions dans certains lieux publics, à vos risques et périls… Je ne vois pas trop ce qu’apporte la mention que plusieurs religions de France la considèrent comme une pratique contre nature et la jugent contraire à la morale. D’autres non, comme le bouddhisme et l’athéisme, lui, s’en fout.

    Ce ne sont pas non plus les religions qui font les lois. Le fait que l’Etat s’interdise de connaître les orientations sexuelles de ses citoyens n’est pas une concession bienveillante faite aux minorités mais une stricte condition de l’Etat de Droit.

    L’article aborde néanmoins le mariage sous un angle voisin du mien : Je vois effectivement le mariage comme une cérémonie publique qui officialise une situation aux yeux de la société. Elle a un aspect contractuel, bilatéral, privé, personnel, et un aspect externe, public, officiel. Comprendre le mariage, c’est comprendre cette dualité. Je compare souvent avec le droit des brevets : vous pouvez protéger un secret de fabrication en le dissimulant. Cela ne regarde pas l’Etat et cela présente des risques, que vous pouvez assumer. Mais l’Etat vous propose de choisir librement une autre possibilité : trahir votre secret ! Le rendre public, le faire connaître à tous. En contrepartie, il vous en garantit la reconnaissance de paternité (Voyez qu’on est bien dans le sujet). Telle est la valeur du mariage : rendre une situation opposable aux tiers. C’est ce qui le distingue d’un simple contrat qui ne vaut qu’entre les parties. Dans le mariage, je l’ai évoqué, les effets opposables aux tiers sont principalement patrimoniaux. Les effets matrimoniaux concernent déjà le nom des époux, bien avant de s’intéresser au nom que porteront les enfants s’il y en a. Et il y a aussi les effets sur la présomption de paternité que j’ai déjà évoquée sous l’angle d’une fiction juridique.

    Dans un premier temps, Monsieur Beau reconnait que les couples de même sexe doivent jouir de leur liberté sexuelle sans souffrir de discrimination dans leur vie publique. Leur ouvrir le choix de bénéficier d’une officialisation comme alternative au secret ou à la discrétion d’une union libre, ou en remplacement de l’humiliant ersatz de mariage édulcoré qu’est le PACS me semble d’assez bonne politique pour y parvenir en toute simplicité.

    Dans un second temps, selon lui, ce qui s’y opposerait serait le droit, pour les couples de sexes différents, de se différencier. C’est l’un des plus mauvais arguments que j’ai entendus. C’est, en quelque sorte, être contre les discriminations à condition qu’on les conserve ? Pour un peu c’est comme êtes parfaitement favorable au changement… à condition que les choses restent exactement comme elles sont, bien sûr.

    Il faudrait craindre que les couples hétérosexuels ne se reconnaissent plus dans le mariage des personnes de même sexe ? Mais qui le leur demande ? Les uns et les autres auront accès au même dispositif d’officialisation, mais rien ne les oblige pour autant à adopter quoi que ce soit des mœurs des autres, ni à se reconnaître dans le mariage des autres ! Quelle idée ! Quelle idée, aussi, d’aller se projeter dans le mariage des autres, seraient-ils de mêmes mœurs que vous ? Chaque mariage n’est-il pas unique et les époux aussi peu interchangeables avec des tiers que possibles ?

    Et inévitablement, Francis BEAU aborde ce qui devient un poncif : l’épouvantail du droit « à » l’enfant, dont j’espère avoir présenté une critique assez virulente. Parce qu’une fois son argumentaire dégraissé des contresens, force est de constater que ce qui reste ressemble à s’y méprendre à des préjugés, des idées préconçues et des jugements à l’emporte-pièce.

    Voilà où cela culmine : « mais surtout et enfin, le bien-être des enfants doit primer (…), afin d’éviter tout risque qu’ils en soient des victimes innocentes. » Mais une fois pour toute, victime innocente de quoi ? Vous n’en avez pas marre d’insulter des centaines de milliers de parents responsables et aimants, qui élèvent pour la plupart leurs enfants de façon exemplaire, au seul motif qu’ils sont de même sexe ? Par quelle déformation de l’esprit supposez-vous que la faculté de prodiguer de l’amour, de la paix, de la protection, du secours, de l’instruction, de la compréhension, de l’attention, des conseils, des valeurs, de la culture, une langue, des projets, un soutien psychologique, moral, financier, affectif, serait atteinte et remise en question par l’orientation sexuelle ? Ne cherchez pas plus loin le fondement des accusations d’homophobie qui sont adressées aux opposants s’ils n’ont pas de meilleurs arguments ! La source profonde en est ici et la honte devrait leur en couvrir le front d’écarlate.

    Appelez-moi « bien pensant », pour ça, mais ce raisonnement même est une insulte à ceux qui sont différents et je ne leur pardonne pas ces préjugés. La morale qu’invoque M. Beau n’est pas juste et n’a pas de « justes exigences » au sens de la déclaration universelle. Elle ne rend pas justice de cet amour parental. C’est trahir l’esprit et la lettre des textes que invoqués que de dénoncer comme amorale ou immorale les velléités maritales d’une catégorie de citoyens identifiée par ses orientations sexuelles. Et c’est reconnaitre un pouvoir d’ingérence excessif et liberticide à l’Etat que de le laisser plus longtemps s’y immiscer. Si ce n’est pas un fond de préjugés homophobes qui y pousse, c’est alors probablement une terreur néophobe ou une méfiance réactionnaire pour l’idée même que le parlement puisse faire des lois qui s’opposent aux traditions. Je veux bien me forcer à ne pas en invectiver les tenants, mais admettez que cela puisse m’être dur.

    La définition juridique que cite M. Beau de l’autorité parentale mentionne des qualités dont je vous mets au défi de démontrer que les homosexuels sont dépourvus. Notez que les parents qu’elle vise sont les parents « légaux » et non les géniteurs. Si des fictions juridiques du même ordre permettent à des personnes de même sexe de se trouver en situation de parents, et il y en a, rien sauf vos prétendues « valeurs » si respectables ne s’oppose, dans l’intérêt de l’enfant, à ce que la liberté d’avoir un enfant soit reconnue et affirmée avec la même force que la liberté de choisir entre l’union libre et le mariage. Ces valeurs si respectables me semblent avoir à défaut des mêmes causes, au moins les mêmes effets que l’homophobie. C’est tout de même un peu suspect.

    Si l’on avait écouté les thuriféraires du principe de précaution que mentionne l’article, on n’aurait probablement pas aboli l’esclavage, ni avant lui le servage, ni les privilèges de la noblesse, ni accordé le droit de vote aux femmes ou aboli la peine de mort. Si les résistants s’étaient « donné le temps de réfléchir au problème » de l’occupation « de manière plus approfondie », c’est peut-être en Allemand que nous tiendrions cette conversation.

    Francis BEAU déplore que sa morale n’ait pas toujours bonne presse, dans nos sociétés modernes. Mais concevez que ce puisse être parce que cette « morale » s’avère finalement opposée à deux libertés au moins, ainsi qu’antidémocratique en ce qu’elle conteste au peuple souverain le droit de légiférer en certaines matières. Voulez-vous priver la Nation de sa souveraineté quand ça va à l’encontre de la tradition, de la nature, des usages, de la science, de la morale, de la religion, et qui sait quoi d’autre encore… ? Êtes-vous bien sûr d’être démocrate ?

    Les efforts sincères et notables que fait M. Beau pour concéder effectivement un possible régime – discriminatoire mais d’une certaine tolérance – l’honorent probablement un peu mais changent peu de chose au fond. J’ai surtout l’impression que, braqué dès le départ contre cette réforme ou contre ce gouvernement, certains se sont bâti un monde de représentations qui légitime leur opposition par tous les moyens. De proche en proche, de controverse en controverse, les voilà obligé de remonter de plus en plus loin dans la recherche des socles les plus anciens des sagesses capables de justifier cette opposition de principe. Or, clairement, cette réforme trouve ses sources dans la philosophie des lumières, dans l’Enlightenment, l’Aufklärung. A vouloir retrouver les racines ancestrales desquelles ces modernités prenaient le contrepied, on en vient à défendre des obscurantismes et à puiser ses sources dans des logiques d’ancien régime. On passe très vite de conservateur à réactionnaire dans ces conditions.

    Comme je l’ai déjà dit, ce sont les députés et les sénateurs qui font les lois. Ce n’est pas non plus l’IFOP : d’autres lois injustes que nous rougirions d’avoir conservé ont pu être soutenues par une minorité bruyante, voire par une majorité des citoyens, lors de leur abrogation.

    Francis BEAU le dit dès son introduction : la manif contre le mariage pour tous défendait principalement ces « valeurs ». En l’occurrence, les « valeurs » sont des imprécisions, du ressenti, un attachement peu rationnel pour un passé mythifié, pour un « naturel » idéalisé, une peur de la liberté en général et de celle des autres, en particulier. Pas un manifestant n’était personnellement lésé, dans des conditions qui puissent être reconnues comme préjudiciables par un juge. Voilà donc ces belles valeurs, un alibi pour contester une évolution dont les seuls risques sont purement abstraits ou éventuels, et dont l’idée même ne peut naître sans le préjugé que des personnes qui n’ont pas les mêmes orientations sexuelles que soi seraient de facto de mauvais parents. Bravo ! Belle mentalité ! Désolé mais si nous partageons des valeurs qui fondent notre destin commun, ce ne sont certainement pas celles-là !

    Bien à vous,
    L’Ankoù



  • L’Ankou 27 janvier 2013 04:44

    Argumenté, certes, mais pas pour autant valide. Souffrez que je vous le démontre.

    Il y a des éléments pertinents dans vos analyses. Effectivement, il est question de donner les mêmes droits et les mêmes libertés aux couples de même sexe et aux couples de sexes différents. Effectivement, il y aura des enfants avec deux papas ou deux mamans. Il y en a déjà et ça ne se passe pas mal. Mieux que dans les couples où un alcoolique violent bat sa femme, même si dans la durée, on ne peut exclure qu’un mari bourré batte son mari aussi.

    Par contre, je tique sur l’idée qu’il s’agirait, comme Francis BEAU le dit, de « répondre au désir d’enfant tout à fait compréhensible ». On est libre d’avoir un enfant, on est libre de ne pas en avoir. Que cette liberté soit reconnue sans discrimination ne me semble pas hors de propos.

    Francis BEAU convoque « nos » traditions pour « démontrer » que l’union de deux personnes de même sexe diffère de celle d’un homme et d’une femme. Si c’est au nom des traditions que perdure une discrimination, c’est sans doute une tradition mauvaise. Remontons un peu dans le temps pour trouver des traditions plus convenables : Les celtes faisaient de telles orgies entre adultes consentants, lors des fêtes à la fertilité, que neuf mois plus tard, bien malin qui aurait pu dire quel enfant est de quel père. La solution évidente fut d’abandonner le lignage paternel, trop incertain. C’est donc la femme celte seule qui transmettait son lignage, les droits, les titres, le patrimoine… Magnifique idée, je trouve. C’est beau, la tradition. Celle que nous avons héritée des Francs saliens et des Romains tente tant bien que mal de remplacer cette incertitude par l’appropriation de la femelle et un contrôle strict sur sa fécondité. Dans cette optique, il est essentiel de la posséder, de la tenir pour mineure, de la maintenir sous clé et sous tutelle…

    Heureusement les temps changent et cette époque est révolue. Finalement, la présomption de paternité dans le mariage est un héritage de ce droit, que nos sociétés heureusement plus libérales et plus égalitaires (ce n’est pas un gros mot ; Aucun des deux ne l’est) ont conservé. Non pas pour rendre compte de la « Vérité », mais justement pour étouffer sous le boisseau d’une présomption les cas explosifs d’infidélité conjugales et le risque qu’un mari suspicieux, à tort ou à raison, se défile de ses responsabilités parentales.

    Cela peut étonner les simples, de savoir que le droit prône ainsi une contrevérité, quand la vérité est susceptible de nuire à l’ordre public ou à l’intérêt de l’enfant. Les progrès de la recherche ADN n’y changent rien : l’intérêt de l’enfant commandera toujours de préférer comme père le mari de l’épouse qui crée avec elle et leurs enfants présumé un cadre stable et pérenne, capable d’affection, d’intérêt, de dévouement, et d’apporter à l’enfant sécurité, amour, soutien, culture, confiance, gite, couvert, argent de poche, encouragements, consolations, assistance… quand le géniteur, ce coup d’un soir vite oublié, ne s’est jamais manifesté. Et oui, l’intérêt de l’enfant ne commande pas toujours que la vérité soit établie. La présomption de paternité sert à ça. Oui, c’est une fiction juridique, comme le lien de parenté reconstitué par une reconnaissance de paternité : rien ne dit que le géniteur se dévoue à chaque fois. Une fiction parmi d’autres : ne me dites pas que vous pensez que la ligne blanche entre deux voies est vraiment infranchissable… Donc, voilà, le droit ne dit pas des vérités, il n’est pas fait pour ça.

    Il n’est pas fait non plus pour bégayer les lois de la nature. Vouloir que la loi rende compte du « réel » est un contresens d’une grande puérilité. Les lois de la nature se passent évidemment de la loi des hommes. L’attraction universelle n’est pas sanctionnée par la loi. Si vous violez la loi naturelle, vous risquez de vous casser la gueule, et ce n’est pas un juge qui prononcera la sentence. Si vous êtes si certain que la nature toute puissante empêchera la procréation, alors qu’est-ce que ça vous coûte de la laisser régler le problème ? En quoi une loi viendrait l’y aider ? Et quelque part, si il y a besoin d’une loi, c’est bien que la nature n’y suffit pas et que la loi naturelle n’est pas si universellement vrai qu’on le prétend, sinon on ne pourrait la transgresser. Mais que signifie, pour l’homme, transgresser une loi naturelle ? N’est-ce pas en transgressant les lois naturelle (et les traditions) qu’on a inventé la roue, le feu, l’arc, l’élevage, l’électricité et Internet ?

    Et que signifie cette idée de laisser la nature dicter ses lois sinon une renonciation à la souveraineté de l’homme sur son destin ? Bord d’aile ! Une fois pour toute, on est en démocratie ! Ce n’est pas la nature qui fait les lois mais les députés et les sénateurs !
    Voilà ce que la philosophie des lumières a à répondre aux accusations de pien-pensance, de supercherie, d’escroquerie et de subterfuge : les subterfuges que dénonce M. Beau ne sont que les rouages d’une construction faite par les humains par les humains.
    Ce cadre posé, reprenons ses arguments : tout part d’un article de la DUDH qu’il a trouvé, et qui légitime à ses yeux de subordonner les lois à la Morale. Il omet évidemment la condition de « juste exigence » qui figue dans le texte.

    Est-on bien certain, demande-t-il, que tout le dispositif ainsi modifié n’entrera pas en conflit avec l’article 29 ? Il me semble au contraire qu’elle en corrigera la violation actuelle qui en est faite. « satisfaire aux justes exigences de la morale, de l’ordre public et du bien-être général dans une société démocratique » dit le texte. La jouissance de la liberté de se marier est en cause, et c’est donc la loi actuelle qui viole cet article. Les exigences de la morale ne sont peut-être malmenées que pour ceux qui voient encore l’homosexualité comme une perversion et un pêché. On ne peut pas dire que cette morale ait de justes exigences quand elle commande l’injustice et la discrimination. Quant au bien-être général, justement, il doit être général. Je ne vois dans vos fantasmes horrifiques d’apocalypse morale que la volonté de faire prévaloir votre petit bien-être conservateur et non un bien-être général. Et allons jusqu’au bout de l’article : « société démocratique »… ça veut dire que ce n’est pas la tradition ni la coutume, ni le roi, ni les usages qui font les lois, mais le peuple, exerçant sa souveraineté par la voix de ses représentants légitimement désignés par un vote. En réclamant que la tradition, les usages, les coutumes et même un hypothétique « droit naturel », prévalent sur la volonté du peuple, ce sont les valeurs démocratiques elles-mêmes que M. Beau remet en cause.
    Il dit cependant une chose très juste à propos de l’indépendance du mariage par rapport à la religion, c’est que c’est une liberté individuelle relevant de la sphère privée qui doit être impérativement respectée. Oui, comme la croyance. Il s’embarque ensuite dans un parallèle qu’il juge lui-même incongru et qui lui permet de démontrer par l’absurde que… que quoi déjà ?

    Il y aurait une minorité de prêtres et ils pourraient vouloir se marier… à condition qu’on ne leur impose pas de relations sexuelles avec leur conjoint ? Quel accueil, se demande-t-il, l’opinion publique ou le législateur réserverait à une demande de modification du mariage pour que les prêtres puissent en bénéficier à ces conditions ? La réponse est simple : il n’y a rien à modifier. Déjà, la loi n’interdit pas aux prêtres de se marier, sinon entre eux. Pour l’instant. Ensuite la loi n’oblige personne à avoir des relations sexuelles avec son partenaire et encore moins à avoir un enfant. Qu’on se sorte ce contresens de la tête, une fois pour toute ou alors montrez-moi une loi qui indique la parentalité autrement que comme une éventualité purement optionnelle dans le mariage ! Ni la stérilité, ni la chasteté, ni l’infécondité ne donnent droit à la dissolution du mariage. Notre prêtre ne doit qu’à lui-même, c’est-à-dire éventuellement à la croyance qu’il a que son dieu l’exige, de ne pas se sentir le droit de se marier. En réalité, il fait ce qu’il veut. Ah, je vous confirme : c’est un raisonnement par l’absurde et ses conclusions sont bien à la mesure de ce raisonnement.

    Mais alors, dit-il, « pourquoi en effet vouloir consacrer un engagement solennel pris par deux personnes à se devoir mutuellement respect, fidélité, secours et assistance, si l’union ainsi consacrée n’était pas destinée à fonder une famille et à protéger les enfants qui en sont issus ? » Ben, les raisons ne manquent pas… par exemple pour que les personnes qui unissent leur patrimoine restent solidaires, que le plus riche des deux n’abandonne pas l’autre à sa solitude, sa vieillesse et sa pauvreté ? Le respect mutuel, c’est par exemple pour éviter les drames, les heurts, les violences conjugales, l’asservissement d’un conjoint par l’autre, une inégalité trop manifeste dans la répartition des tâches ménagères ? Fidélité, parce que l’époux trahit est blessé, que la blessure c’est mal et que quand on se marie, ce n’est pas pour faire mal à son conjoint ? L’assistance et le secours, pour que le conjoint d’un malade reste à ses côtés et appelle les pompiers au lieu d’aller se plaindre au service après-vente que son conjoint est cassé et qu’il doit être remplacé parce qu’encore sous garantie ? Un mariage même sans enfant n’est pas pour autant inutile ni dévalorisé. Même pour les tiers : pensez aux créanciers de l’un des époux qui va pouvoir maintenant faire saisir les biens communs en paiement de sa créance… Les raisons patrimoniales entrent pour une part non négligeable dans la nécessité d’informer les tiers par une cérémonie publique et la publication des bancs.

    « l’institution républicaine du mariage ne peut pas empêcher que la pratique de l’homosexualité interdise de procréer et de fonder ainsi une famille : la nature ne le permet pas. » Si la nature se charge de l’interdire, il est inutile que la loi soit redondante. Et si l’on peut un jour ou l’autre ou par quelque création artificielle, contrevenir à cette loi naturelle, ce n’est pas à la loi de se mettre a priori en travers du génie humain. Elle peut le faire, certes, mais a posteriori, au cas par cas, et si, par exemple, la bioéthique ne nécessite. Mais on ne peut présager globalement et préalablement des décisions qui se prendront au cas par cas, selon la nature des procédés mis en œuvre.

    Peut-on faire en sorte que cette institution républicaine ne soit pas discriminatoire à l’égard des homosexuels ? oui ! Peut-on ne pas la leur interdire en la transformant en simple union de deux personnes sans distinction de sexe et sans vocation naturelle à fonder une famille ? Oui ! Est-ce que ça en modifie l’essence même ? Non, dès lors qu’on s’est détaché du préjugé stupide que la vocation du mariage était la famille. La procréation n’est une condition ni nécessaire ni suffisante au mariage. Il y a des couples mariés sans enfant et sans projet d’en avoir et des couples avec enfants non mariés. Il n’est pas interdit d’épouser une femme ménopausée. Il me semble que c’est suffisant à démentir cette idée stupide. Tout ce que le mariage fait à la procréation, c’est que dans l’éventualité d’une naissance, le mari va avoir du mal à se défiler de ses obligations paternelles, même s’il n’est pas le géniteur.

    Ces contresens poussent à voire de l’incohérence où il n’y en a pas. F. Beau a raison quand il convient que l’orientation sexuelle, la sexualité, et j’ajoute même l’appartenance à un sexe est une affaire privée, impliquant l’exercice de libertés individuelles fondamentales. C’est parfait. L’état avait, jusqu’alors, l’obligation d’aller farfouiller dans vos culotes (administrativement, certes) pour vérifier de quel sexe vous êtes avant de vous marier. Recul de l’Etat, conquête de liberté, l’ingérence administrative est repoussée un peu plus loin. On a une contrainte en moins, on a une dépendance de moins vis-à-vis de l’arbitraire étatique. On a un peu moins de barrière, un peu plus de liberté et le fait qu’on n’en ait pas personnellement l’usage n’y change rien : c’est bel et bien de la liberté en plus. Et certainement pas de l’incohérence. Vous pourriez vous en effaroucher, selon un processus que l’existentialisme sartrien avait bien mis en évidence : la peur de la liberté. M. Beau agence ses arguments comme si ce gain de liberté était l’introduction, dans le mariage, d’une admission à ne pas procréer, alors que cette admission existe bel et bien dans le régime actuel.

    Je ne vois donc d’incohérence que, sauf votre respect, Monsieur Beau, dans la logique que vous adoptez. « L’inanité » que vous dénoncez est du même tonneau ! Quoi ? Deux personnes de même sexe se promettraient respect, fidélité, secours et assistance, et tout à coup, les parents hétérosexuels perdraient le sens de leurs propres engagements au point de mettre en péril la stabilité des familles ? Mais quels montages logiques invraisemblables vous obligez-vous donc à construire pour refuser la liberté ! C’est… puéril.

    L’accusation de supercherie ne tient guère non plus. Qu’est-ce qui est supercherie ? Le fait que le droit puisse, par nécessité d’intérêt général, instaurer des fictions juridiques ? Oui. Appelez-ça supercherie si ça vous fait plaisir, mais ce sont des fictions utiles et il y aurait grand préjudice pour notre culture si ces dénonciations devaient aboutir à supprimer toutes ces fictions.

    Certes, le législateur prend bien soin de ne faire aucune référence formelle à la sexualité ni à l’orientation sexuelle, puisque ce sont des éléments intimes qui ne regardent pas l’Etat et la puissance publique. En revanche, si le terme « homosexualité » n’apparaît logiquement pas, le texte annonce ouvertement la couleur en parlant de mariage entre personnes de même sexe… Oh, quel beau subterfuge ! Oh, quelle sournoiserie subtile, Monsieur Beau !… Certains pourraient s’imaginer que le texte ne concerne que les mariages… entre hétérosexuels de même sexe ? Allons !

    L’autre supercherie, selon lui, consiste à accoler « subrepticement » des dispositions relatives à l’adoption. Il n’y a rien à accoler. Les adoptions par une personne célibataire existent déjà et il a été jugé illégal et discriminatoire de refuser l’adoption aux personnes en raison de leur orientation sexuelle. Donc, l’adoption par des personnes homosexuelles est déjà dans le droit. Il reste à régler l’adoption par des couples mariés de même sexe. Ça tombe assez bien puisque la loi sur les mariages de personnes de même sexe est en débat. Quel est le problème ? Où est la supercherie ?

    Je poursuis dans un second message...



  • L’Ankou 25 janvier 2013 15:26

    Ah ? un président aurait « refusé le droit de vote 60 millions de Français » ? Tiens. Moi j’ai toujours le droit de vote. Au passsage, 60 millions d’habitants ne font pas 60 millions d’électeurs, ne serait-ce qu’à cause des mineurs.
    « Cette dernière formule (...) illustre (...) le problème du Président de la République, du Gouvernement et de la coalition qui détient le pouvoir législatif. » Ah, oui ? Tiens ! Ah, ben ça nous change du président qui disait « Ce n’est pas la rue qui gouverne » ; « Je ne céderai jamais à la rue » ; « Moi je suis à l’écoute de ceux qui ne manifestent jamais » ; « J’ai été élu pour faire des réformes » !

    A) Il n’est pas faux de dire que l’élection se décide sur des programmes : si l’électeur vote pour une personne, c’est une personne soutenue par un parti, une personne qui a reçu ses parrainages, une personnes qui a remporté des primaires dans son camp, une personne au profit de laquelle des milliers de gens compétents ont accepté de ne pas se présenter... Toutes ces conditions ne peuvent être rénunies que par des personnes qui vous jugent bien au delà de la personne, mais aussi en fonction des idées que vous défendez, des compromis que vous pouvez faire pour obtenir leur appui, de celles de leurs idées que vous acceptez d’intégrer à leur programme.

    Les engagements de campagnes y sont inclus, évidemment, dont chaque ligne est susceptible à elle seule d’avoir rapporté les voix qui manquaient pour avoir la majorité. Et y compris aussi, évidemment, les rectifications d’entre-deux-tours, exactement pour les mêmes raisons.

    Donc toutes ces promesses sont également importantes, et si certaines n’étaient peut être pas réaliste ou atteignables, celle du mariage pour les personnes de même sexe n’en fait pas partie. Il n’y a donc aucune excuse à ne pas tenir cet engagement.

    Bien sûr que les électeurs se sont repliés au deuxième tour sur un choix par défaut. Mais ce n’est pas parce qu’un choix est par défaut qu’il ne faut pas l’assumer.

    Dire que la majorité des Français n’a pas ratifié, par son vote, le programme de Monsieur Hollande relève donc d’une incompréhension de nos institutions, des logiques politiques et de la démocratie majoritaire. S’appuyer sur cette faute de compréhension pour dire qu’il faut appliquer les idées du candidat qui a perdu, c’est juste du foutage de gueule. C’est se foutre ouvertement de la gueule du peuple souverain qui s’est prononcé par trois fois dans ce sens, puisque le camp qui soutient le programme est majoritaire à l’Elysée, à l’Assemblée et au Sénat. Mais bon, je ne voudrais pas vous offusquer... c’est juste que votre titre me faisait croire que vous défendiez le respect du droit de vote.

    B) Ne pas accomplir le programme sur lequel on a été élu, est-ce grave ? Dans une dictature, non. Merci d’avoir posé la question. Dans une dictature, ou un régime autoritaire de type Napoléonien, mais ça marche aussi dans la Russie Soviétique ou l’Italie Mussolinienne, on désigne un CHEF, et après il fait ce qu’il veut. C’est sûr que le précédent a été élu un peu avec cette logique. Heureusement que les électeurs ont changé, hein ?

    Dès lors, déononcer une « posture idéologique » pour réclamer qu’un élu ne tienne pas ses promesses, c’est ça qui est curieux. Voire très suspect quand ça vient de l’opposition.

    C) Réponse à la petite incise : si le programme électoral d’un candidat à la Présidence était suffisant, il ne fait certainement pas l’économie d’un Parlement (Assemblée Nationale + Sénat), puisqu’il y a toujours la possibilité que le peuple ne donne pas tous les pouvoirs au même camp. Ca s’appelle une cohabitation. C’est vrai qu’on est passé au quinquennat justement pour éviter les cohabiitation. Qui a eu cette idée géniale de cette réforme ? Vous vous en souvenez ?

    D) Il me semble à l’heure où vous écrivez ces lignes, l’assemblée nationale a intauré une commission pour recevoir et entendre en auditions toutes les parties en présences, y compris les reliigions y compris chrétiennes, les associations y compris de défense de la famille, et des spécialistes divers, y compris des psychologues très réticents sur le mariage pour tous. La position des opposants est maintenant connue et analysée. Elle s’avère tellement infondée, reposant sur des préjugész, des fantasmes, une méconnaissance de la loi et une néophobie réactionnaire que les députés sont maintenant convaincus qu’il faut faire cette réforme. Y compris plusieurs députés UMP.

    Ce n’est pas le tout de vouloir se faire entendre : encore faut-il avoir raison. Dans le cas contraire, on peut toujours prétendre n’avoir pas été entendu parce que ça permet de se plaindre, de ne pas se remette en question et de faire passer l’autre pour un sourd, mais la vérité c’est que c’est bon, on vous a entendu. Au bout d’un moment, ce n’est pas à force de répéter une connerie qu’on en fait une vérité.

    Pour ce qui est de ne pas être reçu par les autorités, de s’en plaindre et de recevoir une explication cinglante, justifiée et méritée, je ne résiste pas au plaisir de vous renvoyer aux échanges entre l’IPJ et le président de l’Union Syndicale des Magistrats :
    http://www.maitre-eolas.fr/post/2012/11/09/Institut-contre-la-justice


    E) L’obstination des manifestants à s’opposer aux décomptes policiers n’est pas nouvelle. Il se trouve cependant que les gens de la préfecture de police ne peuvent être suspectés d’être de dangereux gauchistes, et qu’i y a plus de chance pour qu’ils minorent les manifestations contre les violences policières... De son côté, le pouvoir en place, justement parce qu’il est au pouvoir, en place, a beau avoir plusieurs sources de décompte possible, il reste un peu tenu par ses fonctions à se fonder sur celui des services policiers. Pas de quoi fouetter un chat.

    F) Je confirme qu’il est faux de dire que débat a eu lieu. Il vient à peine de commencer à l’assemblée nationale après les travaux en commission. Il aura lieu ensuite au Sénat et nous occupera un moment encore, jusqu’à ce que le texte, de navette en navette et d’amendements en amendements, soit voté dans les mêmes termes par les deux chambres. Même vous, je suppose, finirez par vous en lasser de ce débat bien avant qu’il ne soit fini...

    G) Les constituants de la cinquième république ont inscrit le référendum dans nos pratiques institutionnelles pour une seule raison : permettre à l’exécutif de contourner un blocage de la loi à l’assemblée ou au sénat. Ce n’est pas le cas. Le référendum a malgré tout été utilisé par le président dans d’autres circonstances, et notamment pour donner plus de légitimité à une réforme, même si elle était acquise dans les deux assemblées. C’est l’utilisation du référendum comme plébicite. Or le peuple français est assez caractériel pour savoir se tirer une balle dans le pied quand on lui pose des questions au mauvais moment, et aime à contrarier les gouvernants qui lui demandent son avis. Ca s’est passé avec de Gulle et avec Chirac. Vous devinez que ce n’est pas prêt de se reproduire. En tout cas, une certitude s’impose : le référendum n’a jamais été prévu dans le but de permettre à une opposition boutée du pouvoir à coup de tatane dans les parties charnues, de se venger de l’affront (et de faire oublier ses questions d’élections internes et ses démélées sur le financement des campagnes) en tentant de se faire passer pour les seuls vrais défenseurs de la démocratie du peuple national de la république qu’on aime avec la main sur le coeur et le nez au drapeau.

    Il y a un grand principe dans la Démocratie : le respect des élections. Parce que quand on y réfléchit, c’est vrai que « la légitimité vient du peuple, et les élus ne sont que les mandants d’un peuple souverain. »

    Il y a un autre grand prinicpe de la démocratie, ou plutôt, en l’occurrence, de l’Etat de Droit, c’est que le pouvoir que le peuple confie au gouvernant ne les autorise pas à violer la constitution. Et il est donc antirépublicain de suggérer qu’on fasse un référendum hors du champ d’application prévu. La seule voie de droit consiste à modifier la constitution ou à en changer. Il est admis qu’on puisse le faire par une révolution, mais j’ai cru comprendre que ce n’était pas d’actualité. On peut aussi voter pour quelqu’un qui met le passage à une sixième république dans son programme. Je pense que je vais faire ça, plutôt... si toutefois le reste du programme me convient.

    H) Le comportement de certains « porte-flingues » officiels résulte assez naturellement non pas d’une vision autoritaire mais du fait que les personnes en face ont plus de convictions profondéments implantées que d’arguments discutables. Les manifestants m’on semblé vouloir imposer leur point de vue, ce qui n’est certainement pas l’idée que je me fais d’un débat. Il suffit de tenter d’entrer en dialogue avec eux pour comprendre rapidement qu’il y a pour eux des choses indiscutablesz. Littéralement indiscutables. Ben voilà, quoi...

    Si vous voulez des échanges d’arguments, des raisonnements critiques et des controverses documentées, commencez donc par rédiger un argumentaire construit et à nous le soumettre. Nicopol l’a fait, récemment, et nous nous sommes, je crois, bien enrichi l’un l’autre de nos échanges, même si nous n’avons pu nous convaincre mutuellement. Au moins, c’est un débat et nous en sortons au moins éclairés sur les sources de nos désaccords. Mais il faut pour cela de la matière et vous-même, ici, n’en fournissez guère.

    Quant à l’aphorisme de Laignel, il était politiquement inaudible mais juridiquement exact.

    Bien à vous,
    L’Ankoù

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